Missionnaires d'Afrique
Spiritualité
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Herman Bastijns M.Afr.
Récollection Avent 2010
1. Né dans une étable
Ces dernières années j'ai essayé de vivre l'Avent à la lumière de l'actualité de l'Eglise. En 2006, le theme était la Conversion; en 2007 la Parole de Dieu en lien avec le Synode des éveques sur la Parole de Dieu; en 2008 la Bonne Nouvelle en lien avec l'année jubilaire de S. Paul; en 2009 un Monde nouveau, en lien avec l'encyclique Caritas in Veritate.
Cette année, j'ai choisi le thème: "Né dans une étable" en lien avec la situation actuelle de l'Eglise exposée à un ouragan de critiques, d'incertitudes et de doutes qui attaquent l'Eglise non seulement de l'extérieur, mais aussi à l'intérieur. C'est comme si d'une forteresse vaste et solide, l'Eglise s'était brusquement transformée en un abri provisoire, fragile et sombre, ouvert aux vents froids, refuge aléatoire de personnes déplacées. Bref, une étable.
L'image de l'étable de Bethléem nous permet d'affronter la situation actuelle de l'Eglise dans la perspective de l'origine et de la nature de l'Eglise de Jésus Christ. La sainte famille à Bethléem, qui est le prototype de la famille des disciples de Jésus, se caractérise par trois traits: elle est une minorité marginale dans la masse de la population; elle est une petite communauté vulnérable; elle vit dans une condition provisoire, symbolisée par le séjour passager dans une étable.
Une Eglise marginale
Bien avant le Concile Vatican II, Karl Rahner parlait d'une "Eglise de la diaspora" ou de la situation du chrétien dans un monde qui n'est plus chrétien. Il soulignait les conditions dans lesquelles vivait l'Eglise aujourd'hui: unification du globe, pluralisme radical, sécularisation. Depuis lors, les conditions de vie des chrétiens et des Eglises ont continué à évoluer et semblent atteindre en ce moment un sommet.
Cette situation est incontestablement une dure épreuve, mais elle contient aussi une chance pour l'Eglise, une chance pour redécouvrir sa vocation d'être levain dans la pâte. La diminution numérique des chrétiens ne doit pas entraîner l'abandon de l'évangélisation, bien au contraire. Mais elle appelle une nouvelle expression de la foi. Pour l'Eglise de ce temps, il ne s'agit pas seulement de partir à la recherche de la brebis perdue, il s'agit de répondre, peut-être d'une manière nouvelle, à la faim des troupeaux sans pasteur sous peine de les voir poursuivre leur errance et s'éloigner en silence.
L'étable de Behtléem n'était pas un centre administratif dirigeant le monde entier, mais un petit coin perdu dans la nuit obscure qui attirait tous ceux qui cherchaient la lumière, à commencer pas des bergers marginaux.
Une communauté vulnérable
Durant des siècles l'Eglise a essayé d'établir et d'étendre son pouvoir moral et même politique fondé sur les mérites et les services à l'humanité d'innombrables chrétiens authentiques. Mais elle a aussi connu des faiblesses, des erreurs, des péchés. Paul VI parle des " fumées de Satan " qui, par une fissure, sont entrées dans l'Église. Aussi le besoin de réforme de l'Eglise a été ressenti tout au long de l'histoire de l'Eglise. Ce qui est nouveau, aujourd'hui, c'est que ces fautes et ces crimes sont entrés dans la conscience collective des non chrétiens comme des chrétiens eux-mêmes. Les horreurs colossales commises dans le 20° siècle ont fait de la mémoire un devoir, mais un devoir inséparable du devoir de pardon.
Depuis Jean XXIII, les papes contemporains se sont employés à une "Guérison de la mémoire ". Ils ont demandé publiquement pardon pour les souffrances et les injustices infligées aux Juifs par les chrétiens, pour les violences perpétrées autrefois par des catholiques latins à l´encontre de chrétiens orthodoxes, en particulier lors du sac de Constantinople par les Croisés en 1204, pour les souffrances causées par des prêtres pédophiles.
Faut-il regretter la révélation publique de ces faiblesses et fautes ? Non, ce sont les fautes elles-mêmes qu'il faut regretter profondément et confesser sincèrement. L'Eglise de Jésus doit ressembler non pas à un centre blindé de services secrets, mais à une humble cabane dont les fentes ne cachent rien de sa pauvreté.
Une demeure provisoire
Depuis Constantin, l'Eglise a cherché à exprimer sa foi par la construction en dur de monuments grandioses. Dès qu'elle connaissait un certain succès l'Eglise se mettait à édifier des temples destinés à durer pour toujours.
L'aventure de Taizé en apparaît d'autant plus significative pour notre temps. Commencée très modestement au début de la seconde guerre mondiale, cette communauté eut un rayonnement de plus en plus large, attirant des jeunes et des moins jeunes de toutes les nations. Petit à petit les foules devenaient de plus un plus nombreuses. Un vrai succes ! On aurait pu s'atttendre à voir s'ériger à Taizé (tout près des ruines de la prestigieuse abaye de Cluny) une immense église et de vastes structures d'accueil. Il n'en fut rien. Par un choix délibéré fondé sur une "spiritualité du provisoire" Taizé a dressé des tentes et accueille ses visiteurs dans des chambres simples, des cabanes, un petit dortoir ou une tente par famille. Les conditions d'accueil sont très simples. Les visiteurs sont invités à apporter des draps ou un sac de couchage, ainsi qu'un lit d'enfant pour les tout-petits. Et surtout une Bible !
On dit et on répète que nos églises se vident et ne voient plus de jeunes. Mais que dire des milliers et milliers de jeunes qui affluent dans les campings de Taizé ; se pourrait-il qu'ils s'y sentent plus chez eux que dans des cathédrales de pierre et plus proches du Sauveur dans la crèche ?2. Responsables de l'espérance qui nous habite
Suite à ces réflexions, comment pouvons-nous préparer concrètement la venue du Christ ?
L'Avent est un temps d'espérance, particulièrement en ce temps de crise pour l'Eglise et pour le monde. Or, l'espérance n'est pas un optimisme fondé sur des prospectives plus ou moins positives et elle n'est pas une attente de temps meilleurs. L'espérance chrétienne est fondée sur la fidélité du Christ à son Eglise et au monde. Elle est enracinée dans la foi. Eveiller notre foi est la condition première pour cultiver notre espérance. Nous sommes responsables de l'espérance qui nous habite.
Ici nous pourrions nous poser quelques questions:
1. Dans ma prière, est-ce que je parle au Christ de l'Eglise? Nos soucis, peurs et projets concernant l'Eglise nous font parfois oublier qu'au fond l'Eglise est en premier lieu non pas "notre affaire", mais celle du Christ, son unique Pasteur.
2. Comment est-ce que je vis les événements actuels dans l'Eglise: avec un regret stérile et la nostalgie d'un hypothétique "âge d'or" de l'Eglise ou comme un appel à l'humilité et à la "charité dans la vérité" ?
3. Comment est-ce que je parle de la situation actuelle de l'Eglise avec mes frères et soeurs dans la foi ? Nos conversations ne sont-elles que l'écho des dernières "révélations" allarmantes parues dans les médias? Ne devons-nous pas plutôt nous encourager dans la foi ? N'oublions pas qu'à la fin du premier siècle, dans des conditions non moins dramatiques pour les chrétiens, saint Jean parlait également de révélation, mais c'était l'ultime Révélation de la Jérusalem céleste dans toute sa splendeur.
Ce combat pour l'espérance suppose aussi le combat contre trois tentations qui nous éloignent de l'étable de Bethléem.
1. La tentation des nombres
La valeur et la force du levain ne réside pas dans la quantité mais dans la qualité.
2. La tentation du triomphalisme
Nous parlons peut-être trop de l'Eglise. " La vraie question, disait naguère le cardinal Ratzinger, c'est la question de Dieu." Il n'était pas le seul à redouter que l'on passe trop de temps sur l'Église et non sur Dieu.
3. La tentation de la brique
Si les chrétiens perdent l'esprit de pèlerins, leurs églises de pierre deviendront des édifices pétrifiés et vides comme des tombeaux ou des musées. En parlant de "Feu la chrétienté", au début du siècle dernier, Emmanuel Mounier appelait de ses voeux une foi chrétienne renouvelée par le retour à ses sources.Une église de la diaspora est une église en genèse. Mettons-nous donc en route pour Bethléem sur des routes difficiles, mais avec un coeur rempli d'une joyeuse espérance. Joyeux Noël !
Missionaries of Africa
Spirituality
Herman Bastijns M.Afr.
Recollection ADVENT 2010
1. Born in a stable
Over the past few years, I have tried to live Advent in the light of current events in the Church today. In 2006, the theme was Conversion; in 2007, the Word of God, corresponding to the Synod of Bishops on the Word of God; in 2008, the Good News, corresponding to the Jubilee Year of St Paul; in 2009, a New World, corresponding to the encyclical 'Caritas in Veritate'.
This year, I have chosen the theme of 'Born in a Stable', corresponding to the present situation of the Church subjected to a welter of criticisms, uncertainties and doubts that assail the Church not only from outside, but also from within. It is as though the Church, instead of a vast and sold fortress, out of the blue has become a temporary flimsy and dark shelter exposed to the merciless wind, an insecure refuge for displaced persons, in brief, a stable.
The image of the stable at Bethlehem allows us to face the present situation of the Church within the perspective of the origin and nature of the Church of Jesus Christ. The Holy Family at Bethlehem, the prototype of the family of Jesus' disciples, is characterised by three elements. The Church is a marginal minority in the mass of the population; it is a small vulnerable community; it lives in a temporary life context, symbolised by its transient stopover in a stable.
A marginal Church
Long before the Second Vatican Council, Karl Rahner spoke of a 'Church of the Diaspora', or the situation of the Christian in a world that is no longer Christian. He highlighted the circumstances the Church is living in today: globalisation, radical pluralism and secularisation. Since then, the conditions of life of Christians and of the Churches have continued to evolve and seem at this moment to have reached a peak.
This situation is undeniably a severe testing time, but it also contains an opportunity for the Church, a chance of rediscovering its vocation of being the yeast mixed into the three measures of flour. The numerical drop in Christians should not lead to abandoning evangelisation, quite the opposite. However, it calls for a new expression of faith. For the Church in our times, it is not just a matter of going in search of the lost sheep; it is about responding, perhaps in a new way, to the hunger of the flock without a shepherd, at the risk of seeing them continue to stray and distance themselves in silence.
The stable at Bethlehem was not an administrative centre directing the whole world, but a lost little corner on a dark night that attracted all those who were looking for the light, starting with marginalized shepherds.
A vulnerable community
For centuries, the Church tried to establish and extend its moral and even political power, founded on the merits and services to humanity of countless authentic Christians, though it also experienced weaknesses, errors and sins. Paul VI spoke of 'the fumes of Satan', which have entered into the Church through a crevice. Moreover, the need for Church reform has been felt throughout Church history. What is new today is that these faults and crimes have penetrated the collective consciousness of non-Christians as well Christians themselves. The monumental horrors committed in the 20th century have made remembering a duty, but a duty inseparable from forgiveness.
Since John XXIII, contemporary Popes have made use of a 'healing memory'. Publicly, they have begged forgiveness for the sufferings and injustices perpetrated by Christians on Jews, for the violence Latin Catholics once exercised towards Orthodox Christians, in particular during the sacking of Constantinople by the Crusaders in 1204, and for the suffering caused by paedophile priests.
Should we regret the public revelation of these faults and failings? No, it is the faults themselves we must deeply regret and sincerely confess. The Church of Jesus should not resemble a ring-fenced core of secret services, but a lowly shed whose cracks hide nothing of its poverty.
A temporary dwelling
Since Constantine, the Church has sought to express its faith by the solid construction of grandiose monuments. From the time it experienced a certain amount of success, the Church set itself to building temples destined to endure forever.
The adventure of Taizé takes on all the more meaning for our times. Begun initially in a very modest way at the outbreak of the Second World War, this community experienced an ever-increasing influence, attracting young and less young people of all nations. Gradually, the crowds became more numerous. It was a real success! We could have expected to see an immense church and vast structures built at Taizé, so near to the ruins of the prestigious Abbey of Cluny. It was nothing of the sort. By a deliberate choice founded on the 'spirituality of the makeshift', Taizé put up tents and accommodated visitors in simple bedrooms, sheds, with a small dormitory or a tent per family. The welcoming conditions were very basic. Visitors were invited to bring their own sheets or a sleeping bag, as well as a cot for the infants, but above all a Bible!
It is repeatedly said that our Churches are emptying and no longer frequented by youth. However, what can we say of the thousands of young people that stream into the Taizé campsites? Could it be they feel more at home there than in the cathedrals of stone, and nearer to the Saviour in the crib?
2. Taking responsibility for the hope that dwells in us
Further to these considerations, how can we prepare in practice the coming of Christ?
Advent is a time of hope, particularly at this time of crisis for the Church and the world. Now, hope is not some kind of optimism founded on more or less positive perspectives and neither is it waiting for better days. Christian hope is founded on the fidelity of Christ to the Church and to the world. It is rooted in faith. Awakening our faith is the prime condition for cultivating our hope. We are responsible for the hope that dwells in us.
Here, we could ask ourselves some questions:
1. Do I speak to Christ about the Church in my prayer? Our worries, fears and projects concerning the Church sometimes make us forget that at base, the Church is not primarily 'our affair', but that of Christ, its sole Shepherd.
2. How do I experience current events in the Church? Is it with barren regret and nostalgia for a hypothetical 'golden age' of the Church or as a call to humility and to 'charity in truth'?
3. How do I address the present situation of the Church with my brothers and sisters in the faith? Are not our conversations just the echo of the latest alarming 'revelations' appearing in the media? Should we not rather encourage one another in the faith? Let us not forget that at the end of the first century, in conditions no less dramatic for Christians, Saint John also spoke of revelation, but it was the final Revelation of the Heavenly Jerusalem in all its splendour.
This struggle for hope also presupposes a struggle against three temptations that distance us from the stable at Bethlehem.
1. The temptation of numbers
The worth and effectiveness of yeast is not in its quantity but in its quality.
2. The temptation to triumphalism
Perhaps we speak too much of 'Church'. 'The real issue', Cardinal Ratzinger used to say, 'is the question of God.' He was not the only one to be afraid that we spend too much time talking about the Church and not about God.
3. The temptation of the fabric
If Christians forsake the attitude of pilgrims, their stone churches will become petrified and empty buildings like tombs or museums. When speaking of 'the late lamented Christianity' early in the last century, Emmanuel Mounier hoped and called for a renewed Christian faith by a return to its sources.A Church of the Diaspora is a Church of beginnings. Let us therefore set out on the road to Bethlehem on thorny pathways, but with a heart full of joyful hope. Happy Christmas!
Translated into English by Fr. Donald MacLeod, M.Afr