Nouvelles du 22 Octobre 2006

site Fides

AFRIQUE
Les portables en Afrique : un bilan

Rome (Agence Fides)- La diffusion des portables en Afrique a eu un succès qui a dépassé les prévisions de la plupart des experts en télécommunication. Déjà à la fin des années 90 du siècle dernier, les pays les plus développés du continent, Egypte et Afrique du Sud, ont eu un taux de croissance du nombre de personnes ayant un téléphone portable impressionnant. En ce qui concerne l’Egypte on est passé de 39% en 1997/1998 à 430% en 1998/1999. Si en 1997 les égyptiens en possession d’un portable étaient un peu plus de 65.000 (65.400), en 1999 ils étaient devenus 481.000.

En Afrique du Sud on est passé de 56% en 1997/1998 à 103% en 1998/1999. En 1997 les portables sudafricains étaient au nombre de 1.600.000, devenant 5.260.000 en 1999.

Encore plus impressionnant est le développement de la téléphonie mobile dans les pays d’Afrique sub-saharienne. Le Sénégal a enregistré un taux de croissance de 219% en 1997/1998 et de 167% en 1998/1999. Pour la Côte d’Ivoire ces données sont respectivement de 153% et de 182% pour le Zimbabwe de 387% et de 316%. Mais les données les plus significatives sont celle du Bostwana qui en 1997 n’avait pas encore de réseau de portables et en un an, de 1998 (quand a commencé le service de téléphonie mobile) à 1999, le nombre des clients a augmenté de 422%. Les données relatives à l’Afrique toute entière voient une croissance de 66% en 1997/1998/ et de 116% en 1998/1999.

Ces chiffres ont des explications diverses. En premier lieu l’état délabré du réseau fixe de différents pays africains a poussé les clients à miser sur la nouvelle technologie. Les grandes sociétés de communication n’étaient pas intéressées pour investir dans les téléphones fixes africains à cause de la nécessité de grands investissements auxquels ne correspondent pas de retours importants et sûrs. Sur le marché continental de la télécommunication mobile sont au contraire apparu des opérateurs jeunes et dynamiques qui ont parié sur le succès commercial des nouvelles technologies. En 2000 au moins 80 sociétés étaient opératives dans le secteur.

Un succès dû indubitablement à l’initiative privée qui a, dans plusieurs cas, suppléé aux manques de l’Etat. L’exemple de la République Démocratique du Congo est frappante. Le premier réseau de téléphonie mobile, dans ce qui était appelé Zaïre, est installé dans la capitale de Kinshasa en 1986 à partir d’un opérateur privé. Le réseau s’est ensuite étendu en 1992 à Lubumbashi, à Goma en 1993, à Bukavu en 1996. Cela bien qu’entre temps les structures de l’Etat étaient réduites au collapsus. Au cours des années 90 la guerre civile congolaise a empêché le développement des communications mobiles dans le pays. La société congolaise ne s’est pas découragé et a étendu son réseau à d’a! utres pays africains : le Burundi (1993), Madagascar en 1994, la République Centrafricaine en 1995, la Zambie et la Côte d’Ivoire (où elle contrôle 85% du marché) en 1996.

Ces premiers développements ont attiré quelques-unes des multinationales des télécommunications qui à partir de 1994 ont introduit en Afrique le standard européen GSM qui est devenu le plus répandu du continent.

Chronologie de l’introduction du portable en Afrique : Tunisie (1985); Afrique du Sud, Zaïre (actuel RDC), Gabon (1986); Egypte (1987); Maurice, Algérie, Maroc (1989); Nigeria, Sénégal, Ghana (1992); Burundi, Kénya (1993); Angola, Cameroun, Gambie, Ghana, Madagascar, Tanzanie (1994, la même année le système GSM est introduit au Maroc, en Afrique du Sud et au Zaïre) ; Bénin, République Centrafricaine, Lésotho, Namibie, Tanzanie, Ouganda, Zambie (1995); Côte d’Ivoire, Malawi, Mali, Congo Brazzaville, Burkina Faso (1996 la même année le GSM est introduit au Sénégal) ; le Mozambique, le Zimbabwe, la Guinée (1997); le Botswana, Cap Vert, l’Ethiopie, le Rwanda, le Soudan, le Swaziland (1998); le Liberia, l’Ethiopie (1999 la même année le GSM est introduit en Algérie, au Cameroun et au Nigéria) (elle continue) (L.! M.) (Agence Fides 18/10/2006; lignes 48 mots 598)

 

AFRIQUE- Le portable comme instrument de développement pour l’Afrique, mais aussi comme moyen d’un plus grand contrôle social de la part des gouvernants ?

Rome (Agence Fides)- Un instrument devenu d’usage quotidien pour des millions d’africains est certainement en mesure, s’il est utilisé correctement, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des habitants du continent. Depuis plus de 10 ans le téléphone portable connaît une diffusion croissante même dans les coins les plus reculés de l’Afrique. Construire un réseau de portables est en effet plus rapide et plus économique que poser des milliers de kilomètres de câbles de cuivre (ou même de fibres optiques) dans des régions souvent inaccessibles et manquant d’infrastructures. Avec peu de cellules (répétiteurs de signaux) on peut au contraire couvrir dans des conditions optimales des centaines de kilomètres à des coûts relativement raisonnables.

Surgit ensuite la question de savoir si la diffusion de cet instrument ne comporte pas aussi un plus grand contrôle social de la part des gouvernants qui ne sont pas toujours des exemples limpides en matière de démocratie. Au-delà des interceptions téléphoniques, l’analyse du trafic téléphonique et le contrôle des déplacements des personnes (grâce au fait que tout téléphone doit « s’accrocher » à un répétiteur du système localisé sur le territoire pour pouvoir fonctionner) constituent des instruments désormais indispensables pour les agences d’espionnage et pour les forces de polices du monde entier. S’il est vrai qu’il y a de nombreuses enquêtes légitimes qui requièrent l’utilisation de ces procédures, il est encore plus vrai que les récents scandales arrivé! s dans les pays occidentaux, aux démocraties solides, font surgir un doute quant à la fiabilité des garanties de la vie privée dans les Etats africains.

Quelqu’un pourra objecter que face aux problèmes du continent (faim, maladies, guerres, pénuries), ces questions sont secondaires. Les garanties démocratiques sont fondamentales pour l’Europe, l’Asie, l’Amérique, l’Océanie, autant que pour l’Afrique, pour que ce continent ne vive pas hors du temps, séparé du reste du monde. Les problèmes soulevés par la technologie sont les mêmes en Amérique du Nord qu’en Afrique, même s’il peut y avoir des différences dues à l’histoire et à la géographie. Il est donc incontestable que la diffusion des portables pose un problème pour garantie de la vie privée et en définitive, pour le fonctionnement correct de la société. Ce qui est valable dans le monde occidental l’est aussi en Afrique ou en Asie. A plus forte raison dans le continent af! ricain où la plupart des pays cherchent à faire avancer la démocratie, aussi pour résoudre les graves problèmes énoncés ci-dessus.

La concession des licences pour pouvoir opérer dans un pays déterminé est l’un des moyens possibles pour obtenir la collaboration des sociétés téléphoniques en opération de contrôle de la part des gouvernants. Qu’on n’oublie pas en outre que certaines sociétés modernes de mercenaires, pudiquement définies comme « de conseil pour la sécurité » offrent aussi leur assistance dans le domaine de l’espionnage et du contrôle interne. On ne peut exclure la diffusion de systèmes hardware et software qui, à des coûts relativement raisonnables, sont en mesure de garder sous contrôle un grand nombre d’utilisations ou de créer des schémas comportementaux et sociaux, analysant les flux du trafic (« qui téléphone à qui », pour combien de temps et d’où). Des systèmes de garantie sont en effet élaborés pour qu’en Afrique aussi il y ait un droit de protection de la vie privée de la personne. Et parce que ce sont les prêtres, les missionnaires, les opérateurs humanitaires et les membres de la société civile les plus engagés dans la défense des droits de l’homme, à avoir recours aux téléphones portables, s’ils n’ont rien d’autre pour couvrir les longues distances qui caractérisent souvent la géographie africaine. (L.M.) (Agence Fides 19/10/2006; lignes 44, mots 622)


 


site Fides

Sorry I did not find