L'Année sacerdotale...veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d'aujourd'hui.
Le Sacerdoce, c'est l'amour du cur de Jésus, avait
coutume de dire le Saint Curé d'Ars.
Cette expression touchante nous permet avant tout d'évoquer
avec tendresse et reconnaissance l'immense don que sont les prêtres
non seulement pour l'Eglise, mais aussi pour l'humanité elle-même.
Je pense à tous ces prêtres qui présentent
aux fidèles chrétiens et au monde entier l'offrande
humble et quotidienne des paroles et des gestes du Christ, s'efforçant
de lui donner leur adhésion par leurs pensées, leur
volonté, leurs sentiments et le style de toute leur existence.
Comment ne pas mettre en évidence leurs labeurs apostoliques,
leur service inlassable et caché, leur charité ouverte
à l'universel ? Et que dire de la courageuse fidélité
de tant de prêtres qui, bien que confrontés à
des difficultés et à des incompréhensions,
restent fidèles à leur vocation, celle d'amis du Christ,
qui ont reçu de lui un appel particulier, ont été
choisis et envoyés?.
Je porte moi-même encore vivant dans mon cur le souvenir
du premier curé auprès de qui j'ai exercé mon
ministère de jeune prêtre.
Il m'a laissé l'exemple d'un dévouement sans faille
à son service pastoral, au point de trouver la mort alors
qu'il allait porter le viatique à un malade grave. Me viennent
encore à la mémoire les innombrables confrères
que j'ai rencontrés et que je continue à rencontrer,
même au cours de mes voyages pastoraux en divers pays, tous
généreusement engagés dans l'exercice quotidien
de leur ministère sacerdotal.
Mais l'expression utilisée" par saint Jean-Marie Vianney "évoque aussi le Cur transpercé du Christ et la couronne d'épines qui l'entoure. Et notre pensée se tourne alors vers les innombrables situations de souffrance dans lesquelles sont plongés bien des prêtres, soit parce qu'ils participent à l'expérience humaine de la douleur dans ses multiples manifestations, soit parce qu'ils sont incompris par ceux qui bénéficient de leur ministère : comment ne pas nous souvenir de tant de prêtres bafoués dans leur dignité, empêchés d'accomplir leur mission, parfois même persécutés jusqu'au témoignage suprême du sang?".
Il existe aussi malheureusement des situations, jamais assez déplorées,
où l'Eglise elle-même souffre de l'infidélité
de certains de ses ministres.
Et c'est pour le monde un motif de scandale et de refus.
Ce qui, dans de tels cas peut être surtout profitable pour
l'Église, ce n'est pas tant la pointilleuse révélation
des faiblesses de ses ministres, mais plutôt une conscience
renouvelée et joyeuse de la grandeur du don de Dieu, concrétisé
dans les figures splendides de pasteurs généreux,
de religieux brûlant d'amour pour Dieu et pour les âmes,
de directeurs spirituels éclairés et patients.
A cet égard, les enseignements et les exemples de saint
Jean-Marie Vianney peuvent offrir à tous un référence
forte: le Curé d'Ars était très humble, mais
il avait conscience, comme prêtre, d'être un don immense
pour son peuple.
Un bon pasteur -disait-il-, un pasteur selon le cur de Dieu,
c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse
accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons
de la miséricorde divine. Il parlait du sacerdoce comme s'il
ne réussissait pas à se convaincre de la grandeur
du don et de la tâche confiés à une créature
humaine: Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand! S'il
se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit: Il dit deux
mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme
dans une petite hostie!
Et, pour expliquer à ses fidèles l'importance des
sacrements, il disait: Si nous n'avions pas le sacrement de l'ordre,
nous n'aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui l'a mis là,
dans le tabernacle? Le prêtre.
Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée
dans la vie? Le prêtre.
Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage?
Le prêtre.
Qui la préparera à paraître devant Dieu, en
lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang
de Jésus-Christ? Le prêtre, toujours le prêtre.
Et si cette âme vient à mourir à cause du péché,
qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix? Encore
le prêtre.
Après Dieu, le prêtre c'est tout. Le prêtre
ne se comprendra bien que dans le ciel.
Ces affirmations, jaillies du cur sacerdotal du saint curé,
peuvent nous sembler excessives. Elles manifestent toutefois en
quelle haute considération il tenait le sacrement du sacerdoce.
Il semblait submergé par le sentiment d'une responsabilité
sans bornes: Si l'on comprenait bien le prêtre sur la terre,
on mourrait non de frayeur, mais d'amour. Sans le prêtre,
la mort et la passion de Notre Seigneur ne serviraient de rien.
C'est le prêtre qui continue l'uvre de rédemption,
sur la terre.
A quoi servirait une maison remplie d'or, si vous n'aviez personne
pour ouvrir la porte? Le prêtre a la clef des trésors
célestes. C'est lui qui ouvre la porte, il est l'économe
du Bon Dieu, l'administrateur de ses biens. Laissez une paroisse
vingt ans sans prêtre: on y adorera les bêtes. Le prêtre
n'est pas prêtre pour lui, il est pour vous.
Il était arrivé au petit village d'Ars, prévenu
par son évêque qu'il y aurait trouvé une situation
religieuse précaire: Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu
dans cette paroisse, vous l'y mettrez.
Il était donc pleinement conscient qu'il devait y aller pour
y incarner la présence du Christ, témoignant de sa
tendresse salvifique: Mon Dieu, accordez-moi la conversion de ma
paroisse. Je consens à souffrir ce que vous voulez tout le
temps de ma vie!
C'est par cette prière qu'il commença sa mission.
Le Saint Curé se consacra à la conversion de sa paroisse de toutes ses forces, donnant la première place dans ses préoccupations à la formation chrétienne du peuple qui lui était confié.
Chers frères dans le sacerdoce, demandons au Seigneur Jésus
la grâce de pouvoir apprendre nous aussi la méthode
pastorale de saint Jean-Marie Vianney!
Ce que nous devons apprendre en tout premier lieu c'est sa totale
identification à son ministère. En Jésus, Personne
et Mission tendent à coïncider car toute son action
salvifique était et est expression d'un Moi filial qui, de
toute éternité, se tient devant le Père dans
une attitude de soumission pleine d'amour à sa volonté.
Dans une humble mais réelle analogie, le prêtre lui
aussi doit tendre à cette identification. Il ne s'agit pas
évidemment d'oublier que l'efficacité substantielle
du ministère demeure indépendante de la sainteté
du ministre.
Mais on ne peut pas non plus ignorer l'extraordinaire fécondité produite par la rencontre entre la sainteté objective du ministère et celle, subjective, du ministre.
Le Curé d'Ars se livra immédiatement à cet humble et patient travail d'harmonisation entre sa vie de ministre et la sainteté du ministère qui lui était confié, allant jusqu'à décider d'habiter matériellement dans son église paroissiale: A peine arrivé, il choisit l'église pour être sa demeure. Il entrait dans l'église avant l'aube et il n'en sortait qu'après l'angélus du soir. C'est là qu'il fallait le chercher si l'on avait besoin de lui, peut-on lire dans sa première biographie. La pieuse exagération du dévoué hagiographe ne doit pas nous induire à négliger le fait que le Saint Curé sut aussi habiter activement tout le territoire de sa paroisse. Il rendait visite de manière systématique à tous les malades et aux familles, organisait des missions populaires et des fêtes patronales, recueillait et administrait des dons en argent pour ses uvres charitables et missionnaires, embellissait son église en la dotant d'objets sacrés, s'occupait des Orphelines de la Providence (un Institut qu'il avait fondé) et de leurs éducatrices, s'intéressait à l'éducation des enfants, créait des confréries et invitait les laïcs à collaborer avec lui.
Son exemple me pousse à évoquer les espaces de collaboration que l'on doit ouvrir toujours davantage aux fidèles laïcs, avec lesquels les prêtres forment l'unique peuple sacerdotal et au milieu desquels, en raison du sacerdoce ministériel, ils se trouvent " pour les conduire tous à l'unité dans l'amour s'aimant les uns les autres d'un amour fraternel, rivalisant d'égards entre eux.
Il convient de se souvenir, dans ce contexte, comment le Concile Vatican II encourageait chaleureusement les prêtres à reconnaître sincèrement et à promouvoir la dignité des laïcs et la part propre qu'ils prennent dans la mission de l'Eglise. Ils doivent écouter de bon cur les laïcs, en prenant fraternellement en considération leurs désirs, et en reconnaissant leur expérience et leur compétence dans les divers domaines de l'activité humaine, afin de pouvoir discerner avec eux les signes des temps.
Le Saint Curé enseignait surtout ses paroissiens par le
témoignage de sa vie. A son exemple, les fidèles apprenaient
à prier, s'arrêtant volontiers devant le tabernacle
pour faire une visite à Jésus Eucharistie.
On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier, leur expliquait
le Curé. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint
Tabernacle. On lui ouvre son cur, on se complaît en
sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là.
Il les exhortait: Venez à la communion, venez à Jésus,
venez vivre de lui, afin de vivre pour lui. C'est vrai, vous n'en
êtes pas dignes, mais vous en avez besoin! Cette éducation
des fidèles à la présence eucharistique et
à la communion revêtait une efficacité toute
particulière, quand les fidèles le voyaient célébrer
le saint sacrifice de la messe. Ceux qui y assistaient disaient
" qu'il n'était pas possible de voir un visage qui exprime
à ce point l'adoration. Il contemplait l'hostie avec tant
d'amour. Toutes les bonnes uvres réunies -disait-il-
n'équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu'elles
sont les uvres des hommes, et la sainte messe est l'uvre
de Dieu. Il était convaincu que toute la ferveur de la vie
d'un prêtre dépendait de la messe: La cause du relâchement
du prêtre, c'est qu'on ne fait pas attention à la messe!
Hélas! Mon Dieu! qu'un prêtre est à plaindre
quand il fait cela comme une chose ordinaire! Et il avait pris l'habitude,
quand il célébrait, d'offrir toujours le sacrifice
de sa propre vie: Oh! qu'un prêtre fait bien de s'offrir à
Dieu en sacrifice tous les matins.
Cette identification personnelle au sacrifice de la Croix le conduisait
d'un seul mouvement de l'autel au confessionnal. Les prêtres
ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux
désertés ni se contenter de constater la désaffection
des fidèles pour ce sacrement.
Au temps du Curé d'Ars, en France, la confession n'était
pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte
tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé
pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s'est efforcé,
de toutes les manières, par la prédication, en cherchant
à persuader par ses conseils, à faire redécouvrir
à ses paroissiens le sens et la beauté de la pénitence
sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime
de la présence eucharistique. Il sut ainsi donner vie à
un cercle vertueux. Par ses longues permanences à l'église,
devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent
à l'imiter, s'y rendant pour rendre visite à Jésus,
et qu'ils soient en même temps sûrs d'y trouver leur
curé, disponible pour l'écoute et le pardon. Par la
suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de
la France entière, le retint au confessionnal jusqu'à
16 heures par jour.
On disait alors qu'Ars était devenu le grand hôpital
des âmes.
La grâce qu'il obtenait pour la conversion des pécheurs
était si puissante qu'elle allait à leur recherche
sans leur laisser un moment de répit, dit le premier biographe.
C'est bien ce que pensait le Saint Curé quand il disait:
Ce n'est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui
demander pardon mais c'est Dieu lui-même qui court après
le pécheur et qui le fait revenir à lui. Ce bon sauveur
est si rempli d'amour pour nous qu'il nous cherche partout!".
Nous tous, prêtres, nous devrions réaliser que les
paroles qu'il mettait dans la bouche du Christ nous concernent personnellement:
Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours
prêt à les recevoir, que ma miséricorde est
infinie.
Du saint Curé d'Ars, nous pouvons apprendre, nous prêtres,
non seulement une inépuisable confiance dans le sacrement
de la pénitence au point de nous inciter à le remettre
au centre de nos préoccupations pastorales, mais aussi une
méthode pour le dialogue de salut qui doit s'établir
en lui. Le Curé d'Ars avait une manière différente
de se comporter avec les divers pénitents. Celui qui s'approchait
de son confessionnal attiré par un besoin intime et humble
du pardon de Dieu, trouvait en lui l'encouragement à se plonger
dans le torrent de la divine miséricorde qui emporte tout
dans son élan. Et si quelqu'un s'affligeait de sa faiblesse
et de son inconstance, craignant les rechutes à venir, le
Curé lui révélait le secret de Dieu par une
expression d'une touchante beauté: Le Bon Dieu sait toutes
choses. D'avance, il sait qu'après vous être confessé,
vous pécherez de nouveau et cependant il vous pardonne. Quel
amour que celui de notre Dieu qui va jusqu'à oublier volontairement
l'avenir pour nous pardonner! A celui qui, à l'inverse, s'accusait
avec tiédeur et de manière presque indifférente,
il offrait, par ses larmes, la preuve de la souffrance et de la
gravité que causait cette attitude abominable. Je pleure
de ce que vous ne pleurez pas, disait-il. Encore, si le bon Dieu
n'était si bon, mais il est si bon. Faut-il que l'homme soit
barbare pour un si bon Père. Il faisait naître le repentir
dans le cur des tièdes, en les obligeant à voir,
de leurs propres yeux et presque incarnée sur le visage du
prêtre qui les confessait, la souffrance de Dieu devant les
péchés. Par contre, si quelqu'un se présentait
avec un désir déjà éveillé d'une
vie spirituelle plus profonde et qu'il en était capable,
il l'introduisait dans les profondeurs de l'amour, exposant l'indicible
beauté que représente le fait de pouvoir vivre unis
à Dieu et en sa présence: Tout sous les yeux de Dieu,
tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu. Oh! que c'est beau!
A ceux-là, il enseignait à prier: "Mon Dieu,
faites-moi la grâce de vous aimer autant qu'il est possible
que je vous aime.
Curé d'Ars, en son temps, a su transformer le cur et la vie de tant de personnes, parce qu'il a réussi à leur faire percevoir l'amour miséricordieux du Seigneur.
Notre temps aussi a un besoin urgent d'une telle annonce et d'un
tel témoignage de la vérité de l'Amour: Deus
Caritas Est.
Par la Parole et les Sacrements de son Jésus, Jean-Marie
Vianney savait édifier son peuple, même si, souvent,
il tremblait devant son incapacité personnelle, au point
de désirer plus d'une fois être délivré
des responsabilités du ministère paroissial dont il
se sentait indigne. Toutefois, avec une obéissance exemplaire,
il demeura toujours à son poste, parce qu'il était
dévoré de la passion apostolique pour le salut des
âmes.
Il s'efforçait d'adhérer totalement à sa vocation et à sa mission en pratiquant une ascèse sévère: Ce qui est un grand malheur, pour nous autres curés -déplorait le saint prêtre-, c'est que l'âme s'engourdit. Et il faisait ainsi allusion au danger que court le pasteur de s'habituer à l'état de péché ou d'indifférence dans lequel se trouvent tant de ses brebis. Il maîtrisait son corps par des veilles et des jeûnes, afin d'éviter qu'il n'oppose résistance à son âme sacerdotale. Et il n'hésitait pas à s'infliger des mortifications pour le bien des âmes qui lui étaient confiées et pour contribuer à l'expiation de tant de péchés entendus en confession. A un confrère prêtre, il expliquait: Je vais vous dire ma recette. Je leur donne une petite pénitence et je fais le reste à leur place. Par-delà ces pénitences concrètes auxquelles le Curé d'Ars se livrait, le noyau central de son enseignement demeure toujours valable pour tous. Jésus verse son sang pour les âmes et le prêtre ne peut se consacrer à leur salut s'il refuse de participer personnellement à ce prix élevé de la rédemption".
Dans le monde d'aujourd'hui, comme dans les temps difficiles du
Curé d'Ars, il faut que les prêtres, dans leur vie
et leur action, se distinguent par la force de leur témoignage
évangélique.
Paul VI faisait remarquer avec justesse que l'homme contemporain
écoute plus volontiers les témoins que les maîtres,
ou, s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont
des témoins.
Pour éviter que ne surgisse en nous un vide existentiel
et que ne soit compromise l'efficacité de notre ministère,
il faut que nous nous interrogions toujours de nouveau: Sommes-nous
vraiment imprégnés de la Parole de Dieu? Est-elle
vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain
et les choses de ce monde? La connaissons-nous vraiment?
L'aimons-nous? Intérieurement, nous préoccupons-nous
de cette parole au point qu'elle façonne réellement
notre vie et informe notre pensée? Tout comme Jésus
appela les Douze pour qu'ils demeurent avec lui et que, après
seulement, il les envoya prêcher, de même, de nos jours,
les prêtres sont appelés à assimiler ce nouveau
style de vie qui a été inauguré par le Seigneur
Jésus et qui est devenu précisément celui des
Apôtres.
C'est cette même adhésion sans réserve aunouveau style de vie qui fut la marque de l'engagement du Curé d'Ars dans tout son ministère. Jean XXIII, dans l'Encyclique Sacerdotii Nostri Primordia, publiée en1959 à l'occasion du premier centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, présentait sa physionomie ascétique sous le signe des trois conseils évangéliques qu'il jugeait nécessaires aussi pour les prêtres: Si pour atteindre à cette sainteté de vie, la pratique des conseils évangéliques n'est pas imposée au prêtre en vertu de son état clérical, elle s'offre néanmoins à lui, comme à tous les disciples du Seigneur, comme la voie royale de la sanctification chrétienne.
Le Curé d'Ars sut vivre les conseils évangéliques selon des modalités adaptées à sa condition de prêtre. Sa pauvreté, en effet, ne fut pas celle d'un religieux ou d'un moine, mais celle qui est demandée à un prêtre: tout en gérant de grosses sommes d'argent (puisque les pèlerins les plus riches ne manquaient pas de s'intéresser à ses uvres de charité), il savait que tout était donné pour son église, pour les pauvres, pour ses orphelins et pour les enfants de sa Providence, et pour les familles les plus nécessiteuses. Donc, il était riche pour donner aux autres, et bien pauvre pour lui-même. Il expliquait: Mon secret est bien simple, c'est de tout donner et de ne rien garder. Quand il lui arrivait d'avoir les mains vides, content, il disait aux pauvres qui s'adressaient à lui: Je suis pauvre comme vous ; je suis aujourd'hui l'un des vôtres. Ainsi, à la fin de sa vie, il put affirmer dans une totale sérénité: Je n'ai plus rien, le bon Dieu peut m'appeler quand il voudra. Sa chasteté était aussi celle qui était demandée à un prêtre pour son ministère.
On peut dire qu'il s'agissait de la chasteté nécessaire
à celui qui doit habituellement toucher l'Eucharistie et
qui habituellement la contemple avec toute l'ardeur du cur
et qui, avec la même ferveur, la donne à ses fidèles.
On disait de lui que la chasteté brillait dans son regard,
et les fidèles s'en rendaient compte quand il se tournait
vers le tabernacle avec le regard d'un amoureux. De même,
l'obéissance de saint Jean-Marie Vianney fut entièrement
incarnée dans son adhésion à toutes les souffrances
liées aux exigences quotidiennes du ministère. On
sait combien il était tourmenté par la pensée
de son incapacité pour le ministère paroissial et
par son désir de fuir pour pleurer dans la solitude sur sa
pauvre vie. L'obéissance seule, et sa passion pour les âmes,
réussissaient à le convaincre de rester à son
poste.
Il montrait à ses fidèles, comme à lui-même
qu'il n'y a pas deux bonnes manières de servir Notre Seigneur,
il n'y en a qu'une, c'est de le servir comme il veut être
servi. Il lui semblait que la règle d'or pour une vie d'obéissance
fut celle-ci: Ne faire que ce que l'on peut offrir au bon Dieu.
Dans ce contexte d'une spiritualité nourrie par la pratique des conseils évangéliques, je tiens à adresser aux prêtres, en cette Année qui leur est consacrée, une invitation cordiale, celle de savoir accueillir le nouveau printemps que l'Esprit suscite de nos jours dans l'Eglise, en particulier grâce aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés.
L'Esprit dans ses dons prend de multiples formes. Il souffle où
il veut. Il le fait de manière inattendue, dans des lieux
inattendus et sous des formes qu'on ne peut imaginer à l'avance.
Il nous démontre également qu'il uvre en vue
de l'unique corps et dans l'unité de l'unique corps. Ce que
dit à cet égard le Décret Presbyterorum Ordinis
est d'actualité: Eprouvant les esprits pour savoir s'ils
sont de Dieu, les prêtres chercheront à déceler,
avec le sens de la foi, les charismes multiformes des laïcs,
qu'ils soient humbles ou éminents, les reconnaîtront
avec joie et les développeront avec un zèle empressé.
Ces mêmes dons, qui poussent bien des personnes vers une vie
spirituelle plus élevée, sont profitables non seulement
pour les fidèles laïcs mais pour les ministres eux-mêmes.
C'est de la communion entre ministres ordonnés et charismes
que peut naître un élan précieux pour un engagement
renouvelé de l'Eglise au service de l'annonce et du témoignage
de l'Evangile de l'espérance et de la charité partout
à travers le monde.
Je voudrais encore ajouter, dans la ligne de l'Exhortation apostolique
Pastores Dabo Vobis de Jean-Paul II, que le ministère ordonné
a une forme communautaire radicale et qu'il ne peut être accompli
que dans la communion des prêtres avec leur évêque.
Il faut que cette communion des prêtres entre eux et avec
leur évêque, enracinée dans le sacrement de
l'ordre et manifestée par la concélébration
eucharistique, se traduise dans les diverses formes concrètes
d'une fraternité effective et affective.
Ainsi seulement, les prêtres pourront-ils vivre en plénitude
le don du célibat et seront-ils capables de faire épanouir
des communautés chrétiennes au sein desquelles se
renouvellent les prodiges de la première prédication
de l'Evangile.
L'Année paulinienne qui arrive à sa fin nous invite à considérer encore la figure de l'Apôtre des Gentils dans laquelle brille à nos yeux un modèle splendide de prêtre complètement donné à son ministère. L'amour du Christ nous presse -écrivait-il- à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts. Et il ajoutait: Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux . Quel meilleur programme pourrait être proposé à un prêtre qui s'efforce de progresser sur le chemin de la perfection chrétienne? Chers prêtres, la célébration du 150 anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney (1859) vient immédiatement après les célébrations achevées il y a peu du 150 anniversaire des apparitions de Lourdes (1858).
Déjà en 1959, le bienheureux Jean XXIII l'avait remarqué: Peu avant que le Curé d'Ars n'achevât sa longue carrière pleine de mérites, la Vierge Immaculée était apparue dans une autre région de France à une enfant humble et pure pour lui communiquer un message de prière et de pénitence, dont on sait l'immense retentissement spirituel depuis un siècle. En vérité, l'existence du saint prêtre dont nous célébrons la mémoire, était à l'avance une vivante illustration des grandes vérités surnaturelles enseignées à la voyante de Massabielle.
Il avait lui-même pour l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge une très vive dévotion, lui qui, en 1836, avait consacré sa paroisse à Marie conçue sans péché et devait accueillir avec tant de foi et de joie la définition dogmatique de 1854. Le Saint Curé rappelait toujours à ses fidèles que Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, veut encore nous faire héritiers de ce qu'il y a de plus précieux, c'est-à-dire sa Sainte Mère. Je confie cette Année sacerdotale à la Vierge, lui demandant de susciter dans l'âme de chaque prêtre un renouveau généreux de ces idéaux de donation totale au Christ et à l'Eglise qui ont inspiré la pensée et l'action du Curé d'Ars. La fervente vie de prière et l'amour passionné de Jésus crucifié ont nourri le don quotidien et sans réserve de Jean-Marie Vianney à Dieu et à l'Eglise. Puisse son exemple susciter parmi les prêtres ce témoignage d'unité avec l'évêque, entre eux et avec les laïcs, qui est si nécessaire aujourd'hui, comme en tout temps. Malgré le mal qui se trouve dans le monde, la parole du Christ à ses Apôtres au Cénacle résonne toujours avec la même force d'actualité: Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage! J'ai vaincu le monde.
La foi dans le divin Maître nous donne la force de regarder l'avenir avec confiance. Chers prêtres, le Christ compte sur vous. A l'exemple du Saint Curé d'Ars, laissez-vous conquérir par lui et vous serez vous aussi, dans le monde d'aujourd'hui, des messagers d'espérance, de réconciliation et de paix!".
Benoît XVI, le Jeudi 18 Juin 2009
* * *
18/06/2009 14:30
Pris sur le journal La Croix
CITE DU VATICAN, 18 juin 2009 (AFP) - Benoît XVI déplore
"l'infidélité de certains" prêtres
Le pape Benoît XVI a déploré jeudi "l'infidélité de certains" prêtres, les appelant à rester "fidèles à leur vocation" malgré "les difficultés et les incompréhensions", dans une lettre adressée aux prêtres du monde entier.
Il "existe des situations, jamais assez déplorées, où l'Église elle-même souffre de l'infidélité de certains de ses ministres. Et c'est pour le monde un motif de scandale et de refus", a déclaré le pape, à la veille du lancement vendredi d'une année consacrée aux prêtres qui a pour thème "Fidélité du Christ, Fidélité du prêtre".
Cette "année sacerdotale" sera placée sous le signe du curé d'Ars (centre de la France), Jean-Marie Vianney, dont le 150e anniversaire de la mort sera célébré en août, et auquel Benoit XVI rend longuement hommage dans cette lettre, affirmant: "la chasteté brillait dans son regard".
Benoît XVI s'est également félicité de "la courageuse fidélité de tant de prêtres qui, bien que confrontés à des difficultés et à des incompréhensions, restent fidèles à leur vocation", appelant l'ensemble de la profession à "vivre en plénitude le don du célibat".
Selon lui, "les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement".
C'est la première fois que Benoît XVI écrit une lettre aux prêtres du monde entier, renouant avec une tradition de son prédécesseur Jean Paul II qui faisait de même chaque année lors du Jeudi saint.
Plusieurs églises catholiques dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique latine, sont actuellement confrontées à la violation du voeu de chasteté par des prêtres.
Ces dernières semaines, le président du Paraguay, Fernando Lugo, 57 ans, a reconnu la paternité d'un garçon de deux ans, conçu alors qu'il portait encore l'habit religieux; l'affaire a déclenché un scandale dans ce pays où 90% de la population est catholique.
Jeudi déjà, le pape avait rappelé aux évêques autrichiens - venus en délégation au Vatican - la signification du célibat des prêtres affirmant qu'il était "possible de consacrer entièrement sa vie à Dieu".
Ce rappel à l'ordre de Benoît XVI intervient alors que le président de la Conférence épiscopale autrichienne Christoph Schönborn a remis un mémorandum signé par les laïcs autrichiens, dont d'anciens responsables politiques, demandant l'abolition de l'obligation de célibat, la possibilité pour les prêtres mariés d'être réintégrés, l'ouverture du diaconat aux femmes et l'ordination de certains laïcs dont la foi est attestée.
