Missionnaires d'Afrique


Leo Van Doninck M.Afr.

Belgique

Aumônier au port d’Anvers

De janvier 2004 à juin 2009, j'ai été aumônier pour l'apostolat de la mer (Apostolatus Maris) dans une équipe œcuménique au Centre maritime d’Anvers (Stella Maris). En raison de la pénurie de prêtres, l'évêque m’avait demandé de faire du ministère paroissial pendant les week-ends. Mais en juillet 2009, la maladie m’obligea à démissionner. J’exerce, depuis, des tâches pastorales moins exigeantes près d'Anvers.

Centre d’Anvers pour les marins de passage. Ayant servi comme Missionnaire d'Afrique en Tanzanie, en Angleterre et, plus récemment, comme aumônier de la communauté francophone africaine ‘Karibu’ à Anvers, j'avais déjà assez de contacts enrichissants avec des personnes de cultures différentes. Cependant, lorsque j'ai commencé à travailler au port d'Anvers, un nouveau monde s’ouvrit devant moi. Anvers est le quatrième grand port maritime au monde, et l'un des trois principaux à côté de Hambourg - Le Havre. En 2009, malgré la crise économique et la diminution du trafic de 15 % par rapport à 2008, plus de 14 000 navires sont arrivés à Anvers, avec au moins 250 000 marins à bord. On dirait une paroisse mobile dont il fallait s'occuper !

Le port d’Anvers est un gigantesque appareil industriel avec ses nombreux terminaux à conteneurs, des installations pétrochimiques de toutes sortes, avec un labyrinthe de conduits de tuyaux, d’énormes portiques dans les terminaux, des géants pétroliers et des navires à dix étages. Au milieu de cet univers, un marin ordinaire est considéré comme étant simplement un petit rouage dans une énorme machine. Tout, ici, tourne autour de l'argent, de l'efficacité et de l’application stricte de la loi, surtout depuis les attentats du 11 septembre, avec l’entrée en vigueur d'un nouveau code de sécurité internationale (ISPS) sous la pression des États-Unis. Les marins ordinaires, en particulier ceux des régions non occidentales ou islamiques, sont souvent considérés comme des terroristes potentiels, et sont soumis à des restrictions sévères quand ils sortent pour les loisirs, les sports ou des contacts avec les services sociaux. D’où l’importance des visites aux navires par les aumôniers et les bénévoles : ils traitent avec les marins, non seulement en tant que travailleurs, mais en tant qu’êtres humains.

Au Centre maritime d'Anvers, mieux connu sous le nom de Stella Maris, nous suivons une vieille tradition de plus de 30 ans de coopération œcuménique. Quatre Églises différentes sont au service des marins sous le nom d’Apostolatus Maris. Les autres sont la Mission aux Marins (Anglicans), la Société Internationale des Marins (Protestants) et la Mission des Marins Allemands (Luthériens). Les aumôniers et bénévoles travaillent ensemble et forment une équipe unie. Chaque semaine se tient une réunion d'équipe où toutes les questions relatives au travail d’aumônerie sont abordées et planifiées. Chaque aumônier s’occupe d’une section du port et, dès que possible, nous visitons chaque bateau qui accoste et invitons les marins au Centre. Une fois par mois, nous organisons un service œcuménique de prière, préparé à tour de rôle par l’un des membres.

D’autre part, nous tenons régulièrement des réunions et des consultations dans le cadre de l'ACMI (Association Chrétienne Maritime Internationale) avec nos collègues norvégiens, suédois et finlandais, qui travaillent plus au niveau national. Chaque année, au mois de septembre, est organisé un service œcuménique sur le thème : ‘dimanche de mer’. Ainsi, d’une manière pratique, nous avons été des pionniers de la coopération œcuménique à Anvers.

Il existe aussi une coopération croissante avec les autres personnalités du port : les autorités urbaines et portuaires, les propriétaires de navires et les syndicats, etc. Unis au sein du ‘Comité pour le bien-être du Port’, nous cherchons ensemble le meilleur moyen de promouvoir le bien-être des marins.

Marins la veille de Noël 2007 après une célébration oecuménique dans le hall.Le Centre des marins d’Anvers est ouvert tous les jours de l'année, de 19 h 00 à 23 h 00. Chaque soir, un bus gratuit, payé par le port et les propriétaires de navires, transporte les marins au Centre et les reconduit à leur navire. En 2009, nous avons pu accueillir quelque 13 656 marins venant de 2 600 navires différents. Là, ils peuvent se détendre au bar, téléphoner chez eux ou utiliser le service Internet gratuit, parler avec l'aumônier présent ou à quelques volontaires, faire des emplettes dans notre petite boutique, ou aller en ville et revenir à temps par le bus.

La veille de Noël et à Pâques, nous organisons, dans la salle, une célébration œcuménique à laquelle participe un grand nombre de marins appartenant parfois à d’autres religions. Entre avril et octobre, les activités sportives ont lieu sur notre terrain de sports. Celles-ci sont très appréciées. Plus de 800 marins de quelque 30 pays y participent, mais ceux-ci ont de plus en plus de difficultés à trouver des temps de loisirs.

Grâce à la ‘Bibliothèque des marins’, et en collaboration avec la bibliothèque de la ville, nous continuons à fournir gratuitement des livres et des DVD au Centre et à bord des navires. Une équipe de bénévoles visite les marins malades dans les hôpitaux d'Anvers ou ceux qui restent à la station portuaire de la Croix-Rouge en attente de leur rapatriement au pays. Le P. Bago, notre aumônier catholique philippin, va les visiter presque tous les jours.

Leo au congrès mondial de l’apostolat de la mer à Gdynia, Pologne, en 2007En juin 2007, lorsque mon collègue philippin et moi avons participé au 22e Congrès mondial de l'apostolat de la mer à Gdynia, en Pologne, il y avait, parmi les quelque 300 participants, des évêques, des promoteurs, des aumôniers et des collaborateurs laïcs d’un peu partout. C'était une occasion propice de rencontres, de partages d’expériences et d'approfondissement de notre sens de la mission. En tant qu’organisation catholique à l’échelle mondiale, nous voulons, à travers toutes nos activités, apporter le message évangélique d'espérance et d'humanité au monde maritime, en défendant et en soutenant la valeur intrinsèque de tous les marins.

Bien que j'aie commencé ce travail lorsque d'autres pensaient déjà à la retraite, j'ai particulièrement apprécié la visite de navires et le contact personnel avec les marins au travail, ne fut-ce que pour une courte durée, car ils sont souvent très occupés. Parfois, s’engageait une longue conversation avec un capitaine ou un officier marin ayant des problèmes personnels ou de famille.

J'ai toujours été touché par la chaleur de l’accueil à bord des navires. Il suffisait de nous présenter comme ‘Mission des Marins ou Club des Marins’, pour que les portes s’ouvrent. Les marins sont contents de recevoir à bord quelqu'un qui vient comme un ami, un membre de la famille, simplement pour leur manifester quelque intérêt en tant qu’êtres humains, et non pour quémander. J'ai été très souvent invité à partager un repas avec eux, en particulier avec les Philippins. On partageait parfois l’Eucharistie à la cantine. Cela n’arrivait pas si souvent, car, vu que la priorité est donnée au travail, trouver une date spécifique et le temps nécessaire n'est pas toujours évident.

Cependant, un petit mot de bienvenue à Anvers, quelques informations sur le transport en ville et le Centre des marins, un bulletin d'informations tiré sur l'Internet dans leur propre langue : russe, polonais, ou tagalog, la vente de cartes téléphoniques à ceux qui ne peuvent aller au Centre : tout cela est très apprécié. Nous vivons ainsi notre mission de manière très holistique en nous occupant du bien-être des marins, de leurs besoins pratiques et, s’ils lancent le sujet, nous pouvons aussi traiter de questions religieuses.

On rencontre ici des gens de partout, principalement ceux de l'hémisphère Sud : Philippins, Indiens, Chinois, mais aussi des Iraniens, Syriens, Égyptiens, Turcs, Algériens ; quelques Africains du Ghana, du Nigeria, du Cap Vert et de l'Éthiopie. Beaucoup d'Européens de l'Est : Russes, Ukrainiens, Roumains, Polonais et, bien entendu, des Européens plus proches de chez nous. En les visitant, on entre directement dans leur habitation, car ils travaillent et vivent là parfois des mois durant sans débarquer.

La visite des navires est vraiment un apostolat de l'amitié. Il nous arrive parfois de parcourir 25 kilomètres pour constater que le navire s’apprête à lever l’ancre, donc interdiction de monter à bord. Ou on nous refuse l'accès à un terminal parce que le portier n’a pas été averti à temps. Étonnant, peut-être, mais un vrai dialogue de foi avec un musulman ou un hindou, un partage sur le traitement injuste d’un capitaine ou d’un propriétaire, un heureux événement familial ou un problème quelconque peuvent toujours surgir. En outre, chaque fois qu'un accident ou un décès survient, on nous appelle pour un soutien moral et spirituel. Ces rencontres ordinaires, très humaines, sont pour moi très enrichissantes.

On n'a pas à jouer un rôle, ni à porter une tenue religieuse pour trouver le Dieu de la vie, présent au milieu de cette industrie maritime sécularisée. J’ai souvent pensé que j’étais venu donner quelque chose, mais, au contraire, j'ai beaucoup reçu de la foi simple des marins. Je regrette d'avoir eu à abandonner cette mission, mais je suis reconnaissant pour l'expérience vécue !

Leo Van Doninck M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1011 2010/5

 


 

Missionaries of Africa


Leo Van Doninck M.Afr.

Belgium

Port Chaplain in Antwerp


From January 2004 until June 2009, I was chaplain of the Apostleship of the Sea (Apostolatus Maris) in an ecumenical team in the Antwerp Seafarers’ Centre (Stella Maris). Because of the shortage of priests in the diocese, the bishop had asked me to do parish ministry at the weekends. In July 2009, ill-health obliged me to hand in my resignation. I am now continuing with some less demanding pastoral work near Antwerp.

Antwerp Centre for visiting seafarers (Stella Maris).As a Missionary of Africa in Tanzania, England, and more recently as chaplain to the French-speaking ‘Karibu’ African community in Antwerp, I had already quite some enriching contacts with people of different cultures.

However, when I started work in the Port of Antwerp, a whole new world opened up for me. Antwerp is the fourth largest port in the world, one of the three main ports in the Hamburg-Le Havre range. In 2009, in spite of the economic crisis, which meant a decrease in traffic compared to 2008 of 15%, more than 14,000 ships arrived in port with at least 250,000 seafarers on board: quite a mobile parish population to care for!

The port is a gigantic industrial apparatus with its numerous container terminals, petrochemical installations of all kinds, with a labyrinth of pipe ducts, huge gantry cranes and container straddlers in the container terminals, enormous tankers, and container, or roll-on-roll-off ships up to 10 storeys high. In the midst of it all, one finds the ordinary seafarer, who has to turn as a small cog in an enormous machine. The human person really gets into a tight corner here: everything revolves around money-making, efficiency and rule-keeping, especially since 9/11, when a new international security code (ISPS) came into force under US pressure. The ordinary seafarer, in particular those from non-western or Islamic regions, are often treated as potential terrorists, with very great restrictions on going ashore for leisure, sports, or contact with welfare organisations. That is why ship-visiting by port chaplains and volunteers is so important: they deal with seafarers, not just as workers, but as human beings.

In the Antwerp Seafarers’ Centre, still better known as Stella Maris, we have a tradition of more than 30 years in ecumenical cooperation. Four different seamen’s Churches joined forces with Apostolatus Maris. The others are the Mission to Seafarers (Anglican), the International Sailors’ Society (Protestant), and the German Seamen’s Mission (Lutheran). Chaplains and volunteers work together in a really good and united team. Every week, there is a team meeting where all chaplaincy work issues are discussed and planned. Every chaplain has a sector of the port and we visit as much as possible every incoming ship and invite them to the Centre. Once a month, we have a Common Prayer Service, prepared in turn by one of the members.

Furthermore, we have regular meetings and consultation in the context of ICMA (International Christian Maritime Association) with our Norwegian, Swedish and Finnish colleagues, who work more on a national basis. Every year, there is an Ecumenical Service in September on ‘Sea Sunday.’ Thus, in a very practical way, we have been pioneers for ecumenical cooperation in Antwerp.

There is also a growing cooperation with the other stakeholders in the port: City and Port Authorities, Ship Owners and Trade Unions, etc. Together in the ‘Port Welfare Committee’, we look for the best possible way to promote the welfare of seafarers.

Seafarers on Christmas Eve 2007 after an ecumenical celebration in the hall. The Antwerp Seafarers’ Centre (ASC) is open every day of the year from 19.00-23.00. A free ‘Seafarers’ Bus’, paid by the port and the ship owners, brings the seafarers every evening to the Centre and back to their ship. In 2009, we were able to give a hearty welcome to some 13,656 seafarers coming from 2,600 different ships. There, they can relax in the bar, communicate with the home front via VoIP telephone or the free Internet service, talk with the chaplain present or some volunteers, do some shopping in our little shop, or go to the city for a while and come back in time for the return bus..

On Christmas Eve and at Easter, we have an ecumenical celebration in the hall, with quite a good number of seafarers, even of other religions, present.

Between April and October, sport activities are organised on our sports field. These are very much appreciated by the more than 800 seafarers joining in and coming from over 30 nations, but who are having more and more difficulty in getting time off for such leisure activities.

Via the ‘Library for Seafarers’, working in conjunction with the City Library, we continue to provide free books and DVDs in the centre and on board the ships.

There is also a team of volunteers visiting sick seafarers in the Antwerp hospitals, or those who stay in the Red Cross station in the port awaiting their return home. Fr. Bago, our Filipino Catholic Chaplain, goes to see them nearly every day.

Leo at the XXII World Congress of the Apostleship of the Sea, Gdynia, Poland, 2007. In June 2007, when I attended with my Filipino colleague the 22nd World Congress of the Apostleship of the Sea in Gdynia, Poland, together with some 300 participants, there were bishops, promoters, chaplains and lay collaborators from all over the world. It was a memorable occasion to meet, share experiences and deepen our sense of mission: as a worldwide Catholic organisation, through all our activities, we want to bring the Gospel message of hope and humanity to the maritime world, in defence and support of the intrinsic worth of all seafarers.

Personally, even though I started this work when others already think of retirement, I especially enjoyed the ship-visiting and the personal contact with the seafarers in their work situation, even if sometimes for a very brief moment, only because they were so busy; at other times for a long conversation with a captain, or the officer of some seafarer with personal or family problems.

I was amazed to find such a warm welcome on board the ships. By announcing our arrival by the simple mention of ‘Seamen’s Mission or Seamen’s Club’, the doors opened. The seafarers are happy to see someone on board who comes as a friend, a family member as it were, not to demand anything, but just to show some interest in themselves as human beings. Very often, I have been invited to share a meal with them, especially with Filipinos. Occasionally, there was a shared Eucharist in the mess. This was not so often, because work always takes priority and arranging a specific date and time is not always easy.

However, even a brief word of welcome to Antwerp, some information about transport to the city and the Seafarers’ Centre, a newsletter taken from the internet in their own language: Russian, Polish, Tagalog or selling telephone cards for those unable to come to the Centre, is very much appreciated.
Thus, we live our mission in a very holistic way, looking after the seafarers’ welfare first, their practical needs, and if they initiate the process, we can also speak about religious topics.

One meets people from all over the world, mainly from the southern hemisphere: Filipinos; Indians, Chinese, but also Iranians, Syrians, Egyptians, Turks, Algerians; a few Africans from Ghana, Nigeria, Cape Verde, and Ethiopia. There are a lot of East Europeans: Russians, Ukrainians, Rumanians, Poles and, of course, Europeans closer to home, too. It is amazing how one steps straight into their living quarters, because their work place is also where they live, sometimes months on end without even once going ashore.

Ship visiting is really an apostolate of friendship. Sometimes we would drive 25 kilometres to find the ship is about to set sail and one cannot go aboard, or we were denied access to a terminal because the gatekeeper was not properly notified for some reason. Also unexpectedly, a real faith dialogue with a Muslim or a Hindu, or a sharing about unjust treatment by some captain or owner, or a happy family event or problem can crop up. Furthermore, whenever an accident or death occurs, we are called in for emotional and spiritual support. It is these ordinary, very human encounters which are the most enriching. One does not have to play a role, not wear a religious outfit to find the God of life present in the midst of that much-secularised maritime industry. So often I have had the experience that I came to give something, but instead, I myself received so much from the simple faith and endurance of the seafarers. I regret having had to abandon this mission, but I am very grateful for the experience!

Leo Van Doninck M.Afr.

From Petit Echo n° 1011 2010/5