Missionnaires d'Afrique
Burundi

Elias Mwebembezi, M.Afr

Pour une intégration des Batwa dans la société burundaise

Les Batwa, un peuple sans terre, pauvre et défavorisé, vivent en marge de la société burundaise. Communément appelés pygmées, ils vivent en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, dans les forêts équatoriales de l’Afrique Centrale, c’est-à-dire en R. D. Congo, au Cameroun et au Gabon. Dans notre mission à ce peuple, la question que nous nous posons souvent est : “Quelle Église pour les Batwa du Burundi ?”

Dans un effort d'apprendre à mieux connaître ce peuple, nous avons décidé d'essayer de décortiquer avec eux les problèmes quotidiens auxquels ils font face dans le but de les intégrer dans la société burundaise. Pendant des années, Action Batwa, une ONG que nous avons fondée, en a recensé quelques-uns qui, depuis longtemps, ont été négligés dans un pays en proie aux nombreuses difficultés économiques, sociales et politiques.

Les Batwa font partie de l’un des trois groupes ethniques du Burundi. Estimés à 2% de la population totale du pays, ils constituent une véritable minorité sociale. La guerre civile entre les Tutsi et les Hutu a compliqué encore davantage le problème de cette minorité qui est ainsi devenue la communauté oubliée, marginalisée et pauvre.

La fabrication traditionnelle de la poterie ne peut plus subvenir à leurs besoins.Les problèmes rencontrés par les Batwa se résument en trois axes principaux : la pauvreté, la marginalisation et le mépris à leur égard. Les Batwa sont pris dans un cycle de pauvreté, principalement parce qu'ils ne possèdent pas de terres. Ils éprouvent des difficultés à se nourrir et à s’habiller, à se loger et à obtenir des soins médicaux. Ils sont méprisés par d'autres groupes qui les considèrent comme une classe sociale inférieure. Ceux-là ne se mélangent pas avec les Batwa, ni ne mangent ou ne boivent avec eux, ne se marient pas avec eux ni ne leur rendent visite.

Marginalisés, les Batwa sont exclus de toutes les sphères de la société, de ses organisations et institutions. Décrits par le passé comme forestiers, peuple primitif et infra-humain, ils n’ont jamais obtenu d’allocations pour une meilleure santé, pour l'éducation de leurs enfants, ni d'autres avantages sociaux ou politiques. Ils sont laissés pour compte et dans l’impossibilité de faire face aux défis des réalités actuelles.

C’est sur ce fond pastoral que nous nous sommes engagés pour les soutenir et les aider à surmonter les nombreux obstacles qui les empêchent de regagner leur dignité, après avoir subi tant d’humiliations pendant trop longtemps. Nous sommes devenus la voix de ce peuple sans voix, et sommes prêts à y être assimilés si nécessaire, si cela peut apporter quelques changements. Il faut détruire les murs de préjudices dans la société.

En quête de libération
Les Batwa doivent survivre dans un pays qui est classé comme l'un des plus pauvres au monde. Plus de 90% de la population dépendent de l'agriculture pour vivre là où il est difficile de trouver un espace libre de terres arables. Le Burundi est aussi l’un des pays les plus peuplés d’Afrique, avec 5 à 6 millions d'habitants et une densité de 270 habitants par kilomètre carré. Par conséquent, la majorité des Burundais mènent une lutte quotidienne pour leur survie sur des terres épuisées. Les Batwa, défavorisés, ne sont pas en mesure de rivaliser dans un environnement qui leur est hostile.

Avec la disparition de la forêt, la chasse n'est plus possible, et la fabrication des pots traditionnels ne leur permet plus de subvenir à leurs besoins. Étant donné que les ustensiles modernes en plastique ont pris la relève, la survie des Batwa dépend, désormais, de leur évolution et de leur adaptation à un autre mode de vie. Pour ce faire, nous les soutenons de diverses manières. Nous insistons sur une action positive en leur faveur concernant l'acquisition de terres, l'éducation, la santé, le logement et l’éducation civique. Nous lançons par là un défi aux autres Burundais afin qu’ils changent leur attitude à l’égard des Batwa, espérant qu'il en sortira une nouvelle relation sociale entre les groupes sociaux au Burundi.

Nous insistons sur leur éducation, conscients qu'elle jouera un rôle vital pour élever les futures générations des Batwa et les aider à s'intégrer dans la société. Ils auront la possibilité d'acquérir les outils nécessaires pour faire face à l'avenir avec dignité et sur un pied d'égalité avec les autres. C'est le processus par lequel ils pourront revendiquer leurs droits, leurs aspirations, leurs projets, mais aussi trouver les réponses nécessaires. En effet, seules les personnes qui sont conscientes de leurs droits peuvent se lever pour participer à leur émancipation et trouver la place qui est la leur dans la société.

Nous insistons pour qu’une nouvelle relation sociale avec les Batwa soit établie. La prise de conscience de la dignité des Batwa doit commencer par les Batwa eux-mêmes. C’est à eux de surmonter leur complexe d'infériorité, et aux autres de se débarrasser de leur complexe de supériorité. En outre, nous essayons de faire comprendre aux autres groupes que les Batwa sont nos concitoyens, jouissant des mêmes droits et de la même capacité que les autres.

‘Accompagner’ les Batwa
Projet de construction de maisons réalisé en faveur des Batwa. Aujourd'hui, les Batwa sont dans une position de faiblesse, en marge de la société, méprisés et exclus. Ils ne possèdent pas encore les outils nécessaires pour pouvoir quitter cette situation déshumanisante. Il revient aux organisations de les soutenir et de les ‘accompagner’ en leur fournissant les outils nécessaires pour qu'ils s’engagent dans ce mouvement de libération. L'organisation Action Batwa a répondu à cet appel. Depuis 1999, elle s’efforce de vivre en harmonie avec les Batwa. Notre rôle est d'amener la société burundaise à changer son attitude vis-à-vis du Mutwa, tout en refusant d'imposer notre propre rythme à ce peuple. Nous n'avons pas peur d'être les amis des Batwa dans leur situation actuelle de misère, ni de partager avec eux le mépris qu'ils subissent. Nous voulons être avec eux afin de les assister à trouver un mode de vie digne et meilleur. De cette façon, nous sommes la voix des sans voix.

Dans cette mission, notre approche méthodologique se définit comme un ‘accompagnement’ permanent des Batwa. Il consiste à établir des liens à travers les contacts personnels dans les villages. Souvent, une simple visite suffit pour redonner l’espoir, sans négliger d’autres activités plus formelles en vue de leur émancipation. Ils nous font confiance et savent que nous sommes leurs vrais amis, et que notre mission est de travailler avec eux afin qu'ils puissent retrouver leur dignité et leurs droits. Nous gardons des contacts réguliers et collaborons avec la société civile, l'administration et les autorités ecclésiastiques, dans le but de trouver ensemble des solutions plus adaptées à chaque situation.

L’espoir est permis
Jeune fille allant vendre sa poterie.Bien que les Batwa aient franchi un pas vers leur émancipation, il reste beaucoup à faire. Le processus de libération de ce peuple est un engagement à long terme. Mais l'espoir est permis, et nous avons le sentiment que les choses pourront changer pour le mieux. Nous espérons que, tôt ou tard, tout le peuple de Dieu viendra remplir nos églises, et que les Batwa feront partie intégrante de cette nation où nul n’est marginalisé.

Bien que timidement, nos évêques et les hommes politiques commencent à se rendre compte qu'il est nécessaire de faire quelque chose pour et avec les Batwa. Au bout de tant d’efforts déployés, nous avons maintenant quelques membres Batwa au Parlement national et au Sénat. Les communautés Batwa avec lesquelles nous travaillons ont redécouvert une certaine joie et de l'espoir. Après tant de souffrances endurées et de marginalisation, certains de nos amis Batwa sont prêts à se tenir debout et dire : “Oui, je suis un être humain, je suis une personne comme les autres”.

La route est encore longue pour nos amis Batwa, mais nous sommes déterminés à poursuivre notre mission et, avec eux, nous pouvons changer leur vie afin qu'ils puissent aussi jouir d’une existence digne.

Elias Mwebembezi, M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1007 2010/1

 

 


 

Missionaries of Africa
Burundi

Elias Mwebembezi, M.Afr


Working for the integration of the Batwa in Burundi

The Batwa, a landless, poor and underprivileged people, live on the margins of Burundi society. The Batwa are commonly known as the Pygmy people, also dwelling in Uganda, Rwanda, and the equatorial rain forests of central Africa: the DR Congo, Cameroon and Gabon. In our mission to this people the persisting question is, “What should be the Church for the Batwa of Burundi?”

In an attempt to know the Batwa, we decided to experience their daily problems alongside them. For years, Action Batwa, an NGO that we started ourselves, has faced up to the problems that the Batwa encounter in their attempt to integrate into Burundi society. These are problems that have been overlooked for a long time in a country that is caught up in many economic, social and political difficulties.

In Burundi, the Batwa are one of the three ethnic groups that form Burundi society. They are estimated to be 2% of the total population, a true social minority. News of the civil war in this country between the Tusti and Hutu communities in Burundi is widely known. This has made it even more difficult to talk about the problem of a minority Batwa community and thus the Batwa have become the forgotten, a poor marginalized community.

Traditional pottery-making can no longer supply their basic needs.The problems faced by the Batwa come under three main headings: poverty, their marginalisation, and the contempt other groups have for them. The Batwa are caught in a cycle of poverty mainly because they do not own land. They find it difficult to feed and clothe themselves, to find shelter, and to receive medical attention. They are scorned by other groups who regard them as a lower social class. They do not socialise with the Batwa, nor do they eat and drink with them, marry them or visit their homes.

By being marginalized, the Batwa are excluded from all levels of society, its organisations and institutions. Previously described as a forest, primitive people, and sub-human, they never received such benefits as improved health or education for their children, and other social and political benefits. They have thus remained backward and unable to face up to the challenges of present-day realities.

This is the background of our pastoral commitment to support them in order to overcome the many problems that hold them back in regaining their dignity, as they have suffered such humiliating, marginalized and inhuman conditions for so long. Thus, we walk by their side in their quest to restore their confidence, self-respect and dignity. We become the voice of this voiceless people, when necessary, and we are ready to be counted among the Batwa if that will bring some change. We challenge anything that does not contribute to breaking down the walls of prejudice in our neighbourhood.

A Search for Liberation
The Batwa have to survive in a country that is classified as one of the poorest in the world. More than 90% of the population rely on agriculture for a living where it is difficult to find any space to cultivate. Burundi is also one of the most over-populated countries in Africa with 5 to 6 million inhabitants and a density of 270 inhabitants per square kilometre. As a result, the majority of the people of Burundi carry on a daily struggle for their survival on exhausted land. The underprivileged Batwa are unable to compete in such a hostile environment.

Because the forest has disappeared, hunting is no longer possible, and their traditional pot-making is no longer capable of supporting their needs, since modern plastic utensils have taken its place. The survival of the Batwa depends upon them changing and adapting to another way of life. In order to do this, we have supported them in various ways.

We thus insist on affirmative action in their favour as regards acquiring land, education, health, housing and civic education. We challenge other Burundi citizens to change their attitude towards the Batwa, hoping that a new social relationship between social groups in Burundi will emerge. We insist on their education, knowing that it will play a vital role in raising future generations of Batwa and helping them to integrate into society. They will have the possibility of acquiring the necessary tools to face the future with dignity and on an equal footing with others. Thanks to education, we hope that, gradually, the Batwa will be able to speak to a national audience. This is the process by which they will be able to air their problems, their aspirations, their projects, as well as finding answers. Only the people that are aware of their rights can rise to take part in their own emancipation and reach their true place in society.

We insist that a new social relationship with the Batwa must emerge if we want to help them leave their present dead-end situation. The building up of an awareness of the Batwa’s dignity must begin with the Batwa themselves. The Batwa have to overcome their inferiority complex, as the others have to do away with their superiority complex. In addition, we try to make it clear to the other sections of society that the Batwa are our fellow-citizens, with the same rights and capability as others. For us, the rehabilitation of the Batwa implies the eradication of prejudice, of beliefs and discrimination relative to this people.

‘Accompanying’ the Batwa
House-building project started on behalf of the Batwa people.Today, the Batwa are in a weak situation, on the margins of society, scorned and excluded. They have not yet acquired the tools necessary to enable them to leave this dehumanising situation. It is up to organisations to support them, to accompany them, to provide them with the tools required to begin a movement of liberation. The Action Batwa organisation has listened to this explanation. Since 1999, it has tried to live in tune with the Batwa; but we cannot forget, however, that the Batwa must make a great effort themselves. Our role is to bring Burundi society round to changing its altitude towards the Mutwa while refusing to impose our own pace of life on this people. We are not afraid to be the friends of the Batwa in their pitiable situation and to share the contempt they receive.

In this mission, we like to define our methodological approach as a continuous accompanying of the Batwa. It is based on establishing links through personal contacts in the villages. Often a simple visit to the Batwa is enough to give hope to these scorned people, while other more formal activities are also of paramount importance to help their emancipation. We visit the Batwa, enter their homes, and try as far as we can to share their lives. They trust us and know that we are their true friends, and that our mission is to work with them so that they may regain their human dignity and rights.
We give a great deal of importance to continual contact with civil society, the administration, and the ecclesiastical authorities. This is done in order to seek collaboration in the various fields and to make it possible to find solutions that are more suitable and adapted to each situation.

Hope springs eternal
A young lady goes off to sell her pottery.Though the Batwa have taken steps towards their emancipation, much remains to be done. The work to liberate these people is a long-term commitment. We need a lot of courage and hope; but there is indeed hope and we feel that things can change for the better. We are hoping that sooner or later our churches will be full of all God’s people and that the Batwa too can stand up and be counted among all these others that make up this nation, rather than on the margins of society.

Though timidly, our bishops and politicians have begun to be very conscious that it is necessary to do something with and for the Batwa. With all these efforts achieved, we now have some Batwa members in the National Parliament and Senate. The Batwa communities with whom we work have rediscovered a certain joy and hope. After so much suffering, so much marginalisation, some of our Batwa friends are ready to stand up and say, “Yes I am also human; I am a person like every one else. It is true that we still have a long journey ahead with our Batwa friends, but we are committed to continuing this Mission and with them we can change their lives so that they too may have a dignified existence.

Elias Mwebembezi, MAfr Burundi


From Petit Echo n° 1007 2010/1