Missionnaires d'Afrique
Province d'Allemagne

Le Centre Afrika à Berlin

J. Rohrmayer
Par Josef E. Rohrmayer M.Afr.


Berlin est une ville multiculturelle de trois millions et demi d’habitants. 190 pays d’origine sont représentés dans la population. Les Africains sont environ vingt-cinq mille, enregistrés légalement ou encore illégaux cherchant de meilleures conditions de vie. La population musulmane est de 250 000 membres. 80 mosquées voisinent avec de nombreux et grands clochers. Voilà où nous nous trouvons, Missionnaires d’Afrique, faisant face aux défis de la vie de chaque jour. Nous sommes trois confrères avec une longue expérience au Ghana (Josef Rohrmayer), en RD Congo (Alois Schmid) et en Ethiopie (Aloysius Beebwa, originaire d’Ouganda).

Trois exemples de rencontres au Centre Afrika
entrée  1ère porte à gaucheLes élèves d’une classe d’école secondaire viennent avec leur enseignant pour une discussion informative. Leurs questions : « Pourquoi des Africains viennent à Berlin ? » « Comment s’en sortent-ils avec notre mode de vie et notre culture ? » « Qu’est-ce qu’un arbre de vie africain ? » Les jeunes ont probablement entendu parler de l’art Makonde en Afrique orientale. Nous utilisons avec eux deux magnifiques échantillons de cet art qui se trouvent au Centre. Lors de telles rencontres, nous cherchons à promouvoir une meilleure compréhension et tolérance entre Allemands et Africains, en prenant appui sur notre expérience pratique.

Un professeur (assistant ?) de la Haute Ecole de Jurisprudence de Berlin vient au Centre avec un groupe de futurs membres de la police, hommes et femmes, pour une formation interculturelle. Leur souci principal apparaît dans leurs nombreuses questions : « Si je dois confronter un homme ou une femme venant d’un pays africain, comment me comporter avec eux ? Ces personnes sont-elle fermées, ou plutôt ouvertes et honnêtes avec la police ? Souvent ces gens parlent très fort et nous pensons alors qu’ils sont agressifs. Quelle a été votre expérience en Afrique ? » Pour que nos interventions soient très réalistes, nous invitons deux ou trois Africains de l’Est et de l’Ouest à partager leur expérience personnelle de la bureaucratie et des officiels de la grande ville. Cet échange avec des personnes de différentes parties du continent peut équilibrer l’attitude des futurs membres de la police. La référence aux vues religieuses et holistiques de la vie et du monde trouvées en Afrique est également appréciée.

EntréeIl y a quelques années, des téléphones venant de Suède nous informaient, de manière inattendue, qu’un groupe d’étudiants ferait une excursion historique à Berlin et aimerait placer une soirée au Centre Afrika sur des questions de migration mais aussi de mentalité et culture africaines. Et depuis lors, deux fois par année, notre salle de conférence se remplit de jeunes intéressés à un échange d’expériences, avec un éclairage historique sérieux. Le passé impérial de Berlin garde en effet sa signification pour l’histoire de pays africains, en particulier en raison du caractère artificiel de certaines frontières. C’est ici que Bismarck a présidé la Conférence du Congo en 1884-1885 à laquelle prirent part les puissances coloniales, y compris les Etats-Unis et la Turquie. Sans consultation préalable des rois, reines ou chefs d’Afrique, le continent fut divisé artificiellement autour d’une table de conférence entre les puissances coloniales, selon leurs intérêts. L’endroit où se tint la conférence, sur la Wilhelmstrasse, fut bombardé à la fin de la deuxième guerre mondiale. Des immeubles ordinaires furent construits plus tard à cet endroit. Un monument y a aussi été érigé par une association africaine. Il rappelle aux passants où s’est tenue la fameuse conférence. Comme missionnaires, nous avons pu connaître les frontières qui en ont résulté et nous en parlons dans des causeries à des groupes paroissiaux.

De nombreuses personnes quittent l’Afrique et viennent en Europe pour fuir des situations de guerre civile, persécution politique, crises économiques et agricoles, ou encore pour étudier et se former professionnellement. En 1993, la Province d’Allemagne a cherché comment répondre, selon notre mission, à la présence africaine dans ce pays. Une recherche dans des régions ou des villes avec une certaine concentration d’Afri­cains a préparé les discussions avec les autorités diocésaines qui voyaient aussi le besoin d’un service pastoral pour ces personnes. La décision fut prise d’ouvrir une « Maison Afrique ». C’était à l’époque de la réunification de l’Allema­gne et le conseil provincial décida en 1994 de choisir Berlin pour cette maison. (A noter que, pour des raisons historiques, les Pè­res Blancs n’avaient ja­mais eu ni maison ni fondation en Allemagne de l’Est.)

Franz Maurer, Hans Ide et Bernfried Müller, qui avaient travaillé respectivement au Rwanda, en Ouganda et en Zambie, fondèrent la communauté de Berlin en septembre 1994. Ils s’installèrent dans une paroisse du sud de Berlin, la paroisse des Martyrs d’Afrique. Le curé, qui allait prendre sa retraite, avait visité l’Ouganda et connaissait les Pères Blancs. Il avait aussi rencontré le P. Detlef Bartsch comme jeune missionnaire au Rwanda. L’archidiocèse appréciait cette nouvelle présence missionnaire et le travail des confrères. La communauté, après discussion avec le Vicaire général et planification des occupations avec le Conseil provincial, trouva de meilleurs bureaux au centre de la ville, à un endroit bien desservi par les transports publics. Comme il existait déjà plusieurs « Maisons Afrique » à Berlin, on adopta le nom « Afrika Center ». Le Cardinal Sterzinsky vint bénir les nouveaux locaux et nous les remit officiellement le 1er octobre 1996. C’est là que continue notre travail quotidien – pour longtemps, espérons-le.

De plus en plus de monde venant au Centre, nous nous sommes rendus compte que nous ne pourrions pas répondre efficacement à tous leurs problèmes concernant résidence, statut illégal, recherche d’emploi ou financement des études. Des couples africo-allemands cherchaient aussi de l’aide dans des situations particulières. Incompréhensions, tensions ou conflits peuvent surgir dans ces familles en raison de différences culturelles Les relations peuvent se détériorer, entraînant de sérieux problèmes hu­mains ou légaux, surtout lorsqu’il y a des enfants. Les conséquences juridiques sont souvent suffisamment compliquées pour que notre approche pastorale ne suffise plus. Mais envoyer ces personnes chez des juristes coûterait trop cher dans beaucoup de cas. Après discussion avec le Conseil provincial, une juriste professionnelle, Mme Christine Thomas-Khaled, fut engagée. Elle nous a aidés en particulier dans le groupe Pax Christi, qui utilise nos bureaux pour son service de consultation. Notre coopération avec elle dure depuis dix ans.

Clemens, Aloysius, Alois, Josef . J. Rohrmayer .A.Schmid . Christine Thomas-Khaled, conseillère juridique
Notre communauté après la prière du matin : Frs. Clemens Pfaff, Aloysius Beebwa,
Josef E. Rohrmayer, Alois Schmid et à droite Mme Christine Thomas-Khaled.

L’exemple suivant illustre la fonction de Mme Thomas-Khaled. Un jeune homme du Ghana arrive à Berlin. Il est clandestin, malade, ayant besoin d’une dialyse régulière. Un de ses amis, musicien connu, connaît bien Josef Rohrmayer et contacte le Centre. Pour éviter la déportation du malade, Christine a besoin d’informations sur les possibilités de dialyse au Ghana. Josef, qui fut autrefois en contact avec la clinique universitaire d’Accra, obtient finalement des renseignements solides par un des professeurs. Oui, il serait possible de faire une dialyse trois fois par semaine dans cette clinique, mais à un prix tel que seuls les riches peuvent y recourir. Conclusion : si le jeune homme est déporté, il ne pourra pas survivre longtemps. Forte de cette information, Christine avait de meilleures chances d’obtenir un traitement médical à Berlin et même un statut légal pour le jeune homme.

Dès le début du Centre Afrika, l’archevêque de Berlin a exprimé le souhait qu’un des confrères devienne la personne de contact pour le dialogue musulman-chrétien. Alois Schmid remplit cette fonction depuis 2003. Il prend part à des rencontres avec des musulmans dans des cercles catholiques ou luthériens, ou lors d’événements académiques et de rencontres de fondations. Il est invité par des associations musulmanes et des communautés liées à différentes mosquées. On trouve 76 mosquées à Berlin et 15 jardins d’enfants ou écoles musulmanes. Lors de la clôture du Ramadan, Alois distribue la lettre du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux et le message du président de la Conférence des évêques d’Allemagne. Le dialogue musulman-chrétien a aussi sa place dans les paroisses catholiques ou dans des groupes qui s’intéressent à l’islam, en particulier si une mosquée se trouve dans les environs. Il importe de trouver des volontaires pour mieux faire connaître les documents produits après Vatican II sur ce dialogue. Alois représente l’archidiocèse de Berlin et les Missionnaires d’Afrique dans la commission pour le dialogue musulman-chrétien de la Conférence des évêques à Francfort. Cette commission, dont le sigle est CIBEDO, a été fondée par notre confrère Hans Vöcking et elle a célébré son 30e anniversaire en janvier 2009.

Enfin, le Centre Afrika est le lieu de rencontre régulier pour des groupes ghanéens et ougandais, pour un club sud-africain, pour des collègues juristes de Mme Christine et pour un appui scolaire à des élèves d’origine africaine. Un Conseil de chrétiens africains fut aussi fondé au Centre pour encourager un témoignage chrétien africain dans la cité berlinoise. Par ailleurs, Josef célèbre chaque mois des services de prière et rencontre des Africains dans la plus grande prison d’Allemagne, située près de l’aéroport de Tegel. Pour qui arrive en avion à Berlin, les tours jumelles de l’église sont plus faciles à repérer que les murs élevés de la prison.

Josef E. Rohrmayer


Tiré du Petit Echo N° 999 2009/3

 

 


 

Missionaries of Africa
Province of Germany


Afrika Center – Berlin

J. Rohrmayer
By Josef E. Rohrmayer M.Afr.

Berlin is a multicultural city with three and a half million inhabitants. People living here originally come from 190 countries in the world, while Africans are estimated to number about twenty-five thousand, legally or illegally searching for better conditions of life. There are also some 250,000 Muslims with about eighty mosques among the many tall church towers. It is in this situation that we find ourselves as Missionaries of Africa and facing the challenges of everyday life. We are three confreres with a long experience in Ghana (Josef Rohrmayer), D.R. Congo (Alois Schmid) and Ethiopia (Aloysius Beebwa from Uganda).

3 examples of Meetings
entrée  1ère porte à gaucheLet’s take the following examples: A secondary school class comes to the Afrika Center with their teacher for an informative discussion. They have three questions: 1) Why do Africans come to Germany? 2) How do they get on with our way of life and culture? 3) What is an African tree of life? Probably they heard of the Makonde art in East Africa.

We have two beautiful examples of this art in the Center. The purpose of such meetings for us missionaries with our practical experience is to contribute towards better understanding and tolerance between Germans and Africans.

Or again: A lecturer from the Berlin High School of Jurisprudence comes to the Center with a group of future police men and women for intercultural training. Their main concern usually is expressed in many questions: If I have to confront a man or woman from an African country how do I deal with them? How open, closed or honest are they towards police? Often they talk very loudly and we think it’s aggressiveness. What is our practical experience back in an African country? To be very realistic about such a discourse, we also invite two or three Africans from East and West Africa to share their personal experience with bureaucracy and officialdom in this big city. Sharing experiences from West, East and Southern Africa will balance the attitude of these police candidates. Needless to say, African religious and holistic views of life and the world, as well as humour and joie de vivre, are equally appreciated.

EntréeOut of the blue, years ago, we received phone calls from Sweden that a students’ group would take historical excursions to Berlin and Germany and would also appreciate an evening in the Afrika Center on questions of migration, African mentality and culture. Since then, twice a year, they fill our conference hall and we exchange experiences with interested youngsters and history must not be ignored. The imperial past of Berlin is still of significance to the history of African countries today, especially considering the artificial borders of the various countries. It is here Chancellor Bismarck chaired the so-called Congo Conference in 1884/85 of the then colonial powers, including the United States and Turkey. Without consulting any king, queen or chief, Africa was divided up artificially at a conference table between the colonial powers according to their interests. This area along the Wilhelmstrasse was bombed into ruins during the Second World War and normal houses were built there after the war. However, an African association has erected a monument there to remind passers-by of this notorious Conference. As missionaries, we knew these borders in the countries where we lived. This aspect is also part of our talks to parish groups.

On account of migration and flight from situations of civil wars, political persecution, economic and agricultural crises, as well as for study and professional training, numerous people from African countries stream into European countries. Way back in 1993, the then Provincial and confreres in Germany began thinking that our task and mission is not only on the African continent, but also for the new African presence here. After investigation in various areas and cities with a higher concentration of Africans and discussion with local diocesan authorities who also saw the need for pastoral care, a decision had to be taken for an ‘Africa House’. With the unification of Germany, and Berlin having become the new capital, the Provincial Council then decided in 1994 to opt for Berlin (for historical reasons, White Fathers never had houses or foundations in Eastern Germany before).

Hence, in September 1994, the first three confreres (Fr. Maurer, H. Ide and B. Müller) arrived. They had worked before in Rwanda, Uganda and Zambia and settled into a parish at the southern end of Berlin named ‘Martyrs of Africa’. The then parish priest had visited Uganda before, knew the White Fathers and was going to retire from active parish work. He also knew the present European Provincial Fr. Detlef Bartsch, when a young missionary in Rwanda. The Archdiocese appreciated the new presence and work. In consultations with the Vicar General and planning with the Provincial Council, the confreres were successful in finding better office facilities in the centre of the city easily reached by public transport. Finally, the name ‘Afrika Center’ was adopted, as there are a number of ‘African Houses’ already in the city. Cardinal Sterzinsky, Archbishop of Berlin, then blessed the new offices and officially handed them over to us on the 1st October 1996. It is here that our daily work continues, hopefully for a long time.

As more and more people came, we realised we could not cope effectively with their problems of residence, illegal status, finding work and financing studies. Also African-German couples kept coming looking for help in particular situations. On account of the cultural differences in such families, misunderstandings, tensions and conflicts can arise. Often their relationships fail, resulting in severe human and legal problems. It is particularly difficult when children are involved. The legal implications are complicated and we missionaries, with our pastoral background, could not cope. When we referred them to lawyers, we had to realise that often they could not afford the high fees.

Hence, bringing this new situation to the knowledge of the Provincial Council, it was decided to employ the services of Mrs. Christine Thomas-Khaled, who is a lawyer by profession. She had been helping us on a voluntary basis, especially with the Pax Christi group, who used our offices for counselling. Meanwhile, our cooperation lasted 10 years. The following example may also illustrate her function: A young man from Ghana arrived in Berlin. He is illegal, sick and requires dialysis. He has a good friend here, a well known musician and is also a friend of Josef Rohrmayer. In order not be deported in this condition, Christine requires reliable information about possibilities of dialysis in Ghana. From his time there, Josef remembered the university clinic in Accra. After some complications he finally secured reliable information from one of the professors, with the result that dialysis is possible three times a week, but at costs that only rich people can afford. Hence, the young man being deported would not live long. With this information, Christine has a much better chance to secure treatment and legal status for the young man.

Clemens, Aloysius, Alois, Josef . J. Rohrmayer .A.Schmid . Christine Thomas-Khaled, conseillère juridique
Our community after Morning Prayer: Frs. Clemens Pfaff, Aloysius Beebwa,
Josef E. Rohrmayer, Alois Schmid and on the right Mme Christine Thomas-Khaled.

From the very beginning, Archbishop Sterzinky expressed his wish that one of the confreres would be his contact person for Christian-Muslim Dialogue. Since 2003, Alois Schmid fulfils this function. He meets Muslims in circles and associations of Catholics and Lutherans, at events of academies and foundations, attends Muslim associations and mosque communities. There are 76 mosques in Berlin, as well as 15 kindergartens and schools. At the end of Ramadan, he circulates the Rome letter of the Pontifical Council for Interreligious Dialogue and of the Chairman of the German Bishops’ Conference. Part of the Christian-Muslim Dialogue is also relevant in Catholic parishes and groups on Islam, especially so if a mosque is situated in the area. The purpose of this is also to find volunteers to pass on the teaching of Vatican II on Christian-Muslim Dialogue in their communities. Alois represents the Archdiocese of Berlin as well as the Missionaries of Africa in the Commission for Christian-Muslim Dialogue of the Bishops Conference in Frankfurt-am-Main. The German abbreviation is CIBEDO: the organisation was founded by our confrere Hans Vöcking and will celebrate its 30th anniversary in January 2009.

Finally, the Afrika Center is a regular meeting place for groups of Ghanaians and Ugandans, a South Africa club, lawyer colleagues of Christine and after-school tuition for pupils of African origin. The Council of African Christians was founded here with the purpose of African Christian witness in the city. Last but not least, Josef celebrates monthly prayer services and meets with Africans in Germany’s largest prison near Tegel Airport. Arriving by air, one can easily recognise the twin towers of the church, without seeing the high prison walls.

Josef E. Rohrmayer M.Afr.

From Petit Echo n° 999 2009/3