Missionnaires d'Afrique
Mali
Laurent Balas, M.Afr.
Les camps bibliques
de jeunes de Bamako
Je voudrais ici faire écho de lexpérience modeste et enthousiasmante des camps bibliques organisés depuis deux ans pour la jeunesse du diocèse par la Commission biblique diocésaine de Bamako.
Des camps dune semaine. Quand jai parlé du projet de camps bibliques à Mgr Zerbo, lui-même bibliste, il ma demandé de les organiser en modules dune semaine. « Je veux que nos jeunes vivent une expérience humaine et communautaire riche, autour de la Parole de Dieu ». Lidée était de permettre que des liens amicaux et fraternels se tissent, et que se vive une vraie expérience dÉglise. Ces camps soudent entre eux les jeunes chrétiens qui restent très minoritaires dans leur société largement islamisée.
La pédagogie du « grin » malien. Dès le début, nous avions lidée que nos camps bibliques ne devaient pas fonctionner comme une monotone suite de conférences, mais quil fallait penser à une pédagogie interactive et participative. Il fallait permettre aux jeunes de semparer de la Parole, de la travailler par eux-mêmes. Partout au Mali, les jeunes se retrouvent ensemble, dans des groupes damis, entre 5 et 20 personnes, pour discuter et boire du thé. Ils préfèrent ces rencontres à toute autre activité. Cest vraiment une caractéristique de la société malienne actuelle, particulièrement dans les villes.
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Des animateurs du camp 2009 : devant, Pierre Konè,?séminariste; 1e rang, de g. à dr.: David Kamissoko,diacre, Lionel Robin, Fidei Donum, Jacqueline Kangang, Béatitudes, Myriam Douyon, FCIM, Jean Ronayette, Mafr; 2e rang: Salomon Hera, catéchiste, Laurent Balas, Mafr.
Nos camps bibliques essayent de reconstituer des « grin » comme méthode de travail. Pendant toute la durée du camp, les jeunes prient dans leur « grin », mangent ensemble, préparent et animent ensemble les liturgies ; surtout, ensemble, ils étudient la Parole de Dieu. Ce « grin » devient comme la communauté ecclésiale de base de référence pour la durée du camp.
Un Évangile par camp. Plutôt que daborder des thèmes bibliques, Mrg Zerbo a demandé que lon prenne un livre. « Je veux que ces jeunes repartent du camp en disant : Nous avons lu saint Jean ou saint Luc en entier, dit-il. Le camp se donne donc comme objectif de faire, en une semaine, le tour dun Évangile. Le texte est divisé en sections, et chaque jour nous lisons la section correspondante en grande assemblée, sans la commenter, comme une proclamation de la Parole. Ces temps découte de la Parole deviennent au fil des jours des temps forts de la journée, sortes de grands moments liturgiques communautaires.
Travailler en groupe et présenter à lassemblée générale son travail. La journée débute, avant le petit-déjeuner, par un temps de Lectio Divina : lidée est évidemment dapprendre à prier un texte biblique, selon une méthode simplifiée, et de faire passer la Parole de la tête au cur ; ça dure 30 à 45 minutes. Après le petit-déjeuner, tout le monde se retrouve dans la grande salle (les jeunes sont au nombre de 75) ; lun des membres du staff fait une introduction denviron 25 minutes pour situer le thème du jour, et préparer les jeunes à ce quils vont entendre. Vient alors le temps de la lecture publique : les jeunes lisent à tour de rôle, par petites sections, le texte du jour. Sans commentaire. Commence alors le temps du carrefour, qui se terminera vers 16 h 30, pour faire une restitution en assemblée générale le soir. Chaque jour, laprès- midi se conclut par la messe préparée par un groupe.
Des questions ciblées. Pour que lexpérience réussisse, il faut, bien sûr, préparer avec soin les questions que lon pose. Chaque groupe reçoit sur une feuille la péricope quil va étudier, suivie dune petite batterie de huit ou dix questions. Le tout sera partagé en assemblée générale le soir.
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Laurent Balas au milieu des participants au camp biblique 2009.
Une extraordinaire expérience pastorale. Nous avons commencé le premier camp en tremblant, nous demandant si les jeunes allaient répondre présent à cette nouvelle proposition, sils allaient « mordre » à cette formule au final assez exigeante, sils allaient entrer dans cette proposition pastorale. La réponse à ces questions na pas fini de nous surprendre : les jeunes se sont inscrits massivement aux camps ; pour le dernier en date nous avons accepté 75 jeunes et dû en refuser 45, à notre grand regret, faute de place. Au fil des jours, une ambiance fraternelle, dune étonnante qualité, grandissait entre les jeunes, en même temps que se développait leur acuité à comprendre la Parole.
Le camp a lieu à lextérieur de Bamako, dans un centre de formation des catéchistes, sans réseau téléphonique ni courant électrique. Les distractions sont peu nombreuses, et lexpérience communautaire plus intense. Le plus souvent, le soir, après les activités, vers 23 heures, il nous faut intervenir pour que les participants arrêtent les discussions bibliques, les préparations de panneaux de présentation. Chaque soir, vers 20 heures, on commence les activités nocturnes par un concours biblique par équipe. Lun des jeunes lauréats du concours, un rappeur qui navait rien dun exégète, en recevant son prix le dernier jour une bible, bien sûr -, a dit en la brandissant : « Jai compris que ce livre nest pas un livre comme les autres, cest une Personne : cest Jésus Christ ! ».
Une équipe didactique pour pérenniser lexpérience. Un camp biblique demande beaucoup de travail de préparation ; il demande aussi une vraie équipe dencadrement. La nôtre se composait de 4 séminaristes, deux catéchistes permanents, trois religieuses, et quatre prêtres. On pourrait bien sûr le réussir avec un encadrement moins nombreux, mais lidée est aussi de former chez les cadres des gens qui demain pourront prendre la relève.
Dans un monde urbain assez pauvre, une condition à la réussite du projet était de rendre le prix attractif. Le diocèse a choisi de subventionner fortement les camps (via Misereor). Des jeunes des 10 paroisses du diocèse ont été invités à y participer. Les prochains camps sintéresseront aux évangiles de Matthieu et de Marc ; puis nous entrerons chez Paul, les prophètes. Le camp se déroule en français, et sadresse à des jeunes de terminale ou universitaires, ce qui permet quand même daller assez loin dans létude.
Je crois que jai vécu dans ces camps la plus belle expérience pastorale de ma jeune vie de prêtre. Je reste étonné de cet appétit des jeunes pour la Parole. Je suis fasciné aussi par lintelligence intérieure quont ces jeunes dune Parole qui nous déconcerte si souvent. Peut-être est-ce dû au fait que la culture traditionnelle du monde biblique est souvent voisine des milieux culturels traditionnels africains ? Où est-ce dû au sens religieux profond qui habite ce continent ? Ou, tout simplement, est-ce le signe que lEsprit est à luvre dans cette Parole de Vie ?
Laurent Balas, M.Afr.
Tiré du Petit Echo N° 1005 2009/9
Missionaries of Africa
Mali
Laurent Balas M.Afr.
The Bamako Bible CampsHere I would like to refer to the modest and exciting experience of Bible Camps organised over the last two years for diocesan youth by the Bamako Archdiocesan Biblical Commission.
Camp weeks: When I spoke to Archbishop Zerbo, who is a Biblicist, he asked me to organise them in weekly modules. I want our young people to have a wholesome, natural and community experience of the Word of God. The idea was to create bonds of friendship and fraternity and to live out a genuine experience of what Church means. These Camps meld young Christians together, a small minority in their largely Islamised society.
The pedagogy of the Malian grin: From the outset, we had the idea that our Bible Camps should not operate as a monotonous series of conferences, but that we needed to think of an interactive and participatory pedagogy. We had to enable young people to grasp the Word and work at it for themselves. Throughout Mali, young people meet in groups of friends, between 5 to 20 people, to chat and drink tea. They prefer these meetings to any other activity. It is truly a characteristic of modern Malian society, particularly in the town and cities.
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The 2009 camp organisers: front: Pierre Konè, seminarian; 1st row: l.-r.: David Kamissoko, deacon, Lionel Robin, Fidei Donum, Jaqcqueline Kangang, Béatitudes, Myriam Douyon, FCIM, Jean Ronayette, MAfr;
2nd row: l.-r.: Salomon Hera, catechist, Laurent Balas, MAfr.
Our Bible Camps try to reconstitute these grin as a method of working. For the duration of the Camp, young people pray in their grin, eat together, prepare and conduct liturgies together; above all, they study the Word of God together. This grin has become like a basic Christian community reference point for them.
A Gospel per Camp: Rather than tackling Biblical themes, Archbishop Zerbo suggested taking one book. On leaving the Camp, I want those young people to say, We read the whole of St John or St Luke, he said. Therefore, the Camp has an objective to go through one Gospel within a week. The text is divided into sections, and every day we read the corresponding section in general assembly, without commenting on it, like a proclamation of the Word. Over the period, these times of listening to the Word become quality times of the day, types of major community liturgies.
Group work and reporting back to the general assembly: Before breakfast, the day begins with a time of Lectio Divina. The idea, of course, is to learn to pray a Bible text, according to a simplified method, and to have the Word move from the head to the heart; it lasts from 30-45 minutes. After breakfast, everyone comes to the main hall (the young people number 75); one of the staff members gives an introduction of about 25 minutes to give a context for the theme for the day, and to prepare the young people for what they will hear. Then comes the public reading: the young people in turn read the days text in short sections. There is no commentary. Then the meeting-point comes, which concludes at 16.30, for a repeat general assembly in the evening. Every day, the afternoon closes with Mass prepared by a group.
Targeted questions: For the success of the experience, questions naturally have to be carefully prepared. Each group receives on a sheet of paper the pericope to be studied, followed by a set of 8 or 10 questions. The whole compilation is shared at the general assembly in the evening.
An extraordinary pastoral experience: We began the first Camp in fear and trembling, wondering whether young people would respond to this new proposal - if they would take the bait of, after all, a demanding format - if they would enter into this pastoral proposal. The reply to these questions never ceased to amaze us: young people registered in massive numbers for the Camps. At the latest to date, in September 2008, we accepted 75 and had to refuse 45, regrettably, due to lack of space. From day-to-day, a friendly atmosphere increased to an astonishing degree among the youth, while they developed their perception in understanding of the Word.
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Laurent Balas in the middle of the participants at the 2009 Bible Camp.
The Camp took place outside Bamako, at the Catechists Training Centre, without telephone or electricity. There are few distractions and the community experience is more intense. More often than not in the evening, after the cessation of activities around 11pm, we have to intervene to stop participants locked in Biblical discussion or preparing presentation displays. Every evening, around 8pm, we start night-time activities with a Biblical contest by teams. One of the young winners of the contest - improbably enough a rapper in exegesis - received, naturally, a Bible as a prize. Brandishing it aloft, he declared, I have understood that this book is not like others: it is a Person it is Jesus Christ!
An educational team to perpetuate the experience: A Bible Camp needs lots of preparation; it also requires management staff. Ours was formed of four seminarians, two permanent catechists, three Sisters and four priests. It could, of course, succeed with fewer staff, but the idea is also to train people among the staff who could eventually take over. In a relatively poor urban world, one of the conditions for success was to make the cost attractive.
The diocese chose to heavily subsidise the Camps (via Misereor). Young people from 10 parishes of the diocese were invited to attend. The next Camps will be concerned with the Gospels of Matthew and Mark; then we will tackle St Paul and the Prophets. The Camp is run in French and is addressed to young people in their final year of secondary or university students, which enables us to go nonetheless quite deeply into the study.
I truly believe that in these Camps I have lived the most wonderful pastoral experience of my young priestly life. I am amazed at young peoples appetite for the Word. I am also fascinated by the innate intelligence these young people have of a Word that so often disconcerts us. Is it because the traditional culture of the biblical world is often akin to the traditional African cultural milieus? Or is it because of the profound religious sense that pervades this continent? Or, quite simply, is it the sign that the Spirit is at work in this Word of Life?
Laurent Balas M.Afr.
From Petit Echo n° 1005 2009/9