Missionnaires d'Afrique

Fr. Clenerius M. Chimpali M.Afr.

Les Frères, des hommes de tous les métiers 

J’ai grandi à Kayambi là où les premiers Missionnaires d’Afrique sont arrivés et ont construit le premier poste de mission en Zambie. Nous les connaissions en tant que Pères Blancs, le nom qui leur est encore attribué aujourd’hui. Naturellement, on me trouvait souvent près de l’église en train de jouer avec des amis et ce fut mon premier contact avec les Missionnaires d’Afrique. J’étais trop jeune pour me rappeler beaucoup de choses, mais je me souviens du Père Bernhard Pehle, parce qu’il avait une personnalité bien à lui; et d’un Frère qui construisait et avait l’habitude d’aider les gens de multiples façons, par exemple en vendant les petits poissons qu’on appelle kapenta, et le sel à très bon marché.

Bien que j’aimais et admirais les Missionnaires d’Afrique, personne ne pensait que j’en serais un plus tard. Le Frère était renommé à cause de son bon cœur pour les gens, mais son rôle n’était pas clair pour nous. Nous pensions qu’il était l’assistant du prêtre ou quelque chose du genre. Ce n’est donc pas surprenant si, le jour où j’ai senti en moi l’appel à devenir frère, j’ai pensé d’abord aux Frères du Sacré Cœur qui étaient à Malone, dans le nord de la Zambie. J’ai correspondu avec eux et j’ai même participé à deux de leurs sessions « Viens et vois » à Lusaka. Mais quand on m’a dit qu’ils se vouaient surtout à l’enseignement, je ne voulais sûrement plus me joindre à eux. Fils d’un enseignant, je ne me voyais pas passer ma vie à enseigner dans une classe. Mais je me rappelle leur esprit fascinant qui donnait l’impression qu’ils se caractérisaient par leur sincérité, leur bonté et leur patience. Cette expérience ressemblait à mes premiers contacts avec les Missionnaires d’Afrique. Je les aimais et les admirais, mais sans penser un jour faire partie de leur congrégation.

Coup de foudre
Quand j’étais à l’école secondaire, j’ai eu la chance d’accompagner un ami qui correspondait avec les Missionnaires d’Afrique en vue de se joindre un jour à eux. Je ne savais même pas qu’il y avait des Missionnaires d’Afrique à Ndola où nous nous rendions ni ne connaissais l’intention de mon ami. Pendant notre séjour là-bas, mon ami s’est retiré pour avoir une discussion privée avec l’animateur vocationnel, le Père Jean Flies. Pendant qu’ils causaient, j’ai commencé à lire un magazine. J’y ai vu la photo d’un Frère qui réparait une voiture et sous laquelle il était écrit : « Nous sommes des hommes de tous les métiers ». C’est à partir de cette lecture que la semence a commencé à germer et à grandir en moi.

On m’avait dit que je ferais ma première étape à Arusha en Tanzanie. Mais trois semaines avant mon départ, on m’informe que je ne vais plus à Arusha, mais qu’on a décidé de m’envoyer à Jinja en Ouganda, parce que j’avais exprimé le désir de devenir Frère. Là-bas, je devais trouver un programme spécial pour les Frères. Mais à mon arrivée à Jinja, je me suis aperçu qu’il n’y avait rien de la sorte de mis en place. J’ai rencontré trois autres candidats Frères (James Ndibo, Prosper Hibrahim and Peter Nsubuka) qui étaient aussi surpris que moi. Par chance, le directeur des études, le Père Mark De Wulf, faisait partie de la Maison Lavigerie et était un homme compréhensif et serviable. Même si la plupart du temps nous avions tendance à contester, je me sentais à l’aise parce que le directeur était prêt à nous écouter. A certains moments, je sentais que nous étions surchargés de matières philosophiques et de plusieurs autres sujets de science sociale. Deux de mes amis ont quitté pour des « raisons personnelles », mais je devine qu’ils sont partis parce que leurs attentes n’avaient pas été comblées. En effet, en lisant entre les lignes, on peut en déduire qu’il y a de fortes chances qu’ils auraient continué s’il y avait eu un programme mieux adapté pour les Frères.

Durant l’Année spirituelle, j’ai vécu comme le reste de mes confrères et je pense que tout s’est bien passé. Même chose durant mon stage : je me sentais vraiment à ma place et encouragé.

Ma dernière étape à Nairobi, au Kenya, au collège Tangaza, était intéressante. Mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui disaient qu’à Tangaza il y avait un programme spécial pour les Frères, sous-entendu le cours sur « l’apostolat social et la mission ». Je crois que c’est un bon cours, mais pas spécialement destiné aux Frères. Dire que chaque Frère devrait suivre ce cours est un peu décourageant et très limitatif pour les Frères qui sont « des hommes de tous les métiers ». Est-ce que cela veut dire que ceux qui ne se sentent pas appelés à remplir ce ministère social ne sont pas faits pour être Missionnaires d’Afrique?

Durant mon parcours vocationnel, j’ai rencontré beaucoup d’opposition de la part de la société en général : amis, quelques membres de ma famille et même de la part de Missionnaires d’Afrique. Un jour quelqu’un m’a dit : « Pauvre type, au moins tu aurais pu devenir un diacre permanent ».

J’aime chercher des informations pour nourrir mon esprit et je me plais à lire le Droit Canon. Le Canon 577 est merveilleux. Il dit : « Il existe dans l’Église de très nombreux instituts de vie consacrée, munis de dons différents selon la grâce qui leur a été donnée… » Le Canon 578 continue en déclarant : « La pensée des fondateurs et leur projet, que l’autorité ecclésiastique compétente a reconnus concernant la nature, le but, l’esprit et le caractère de l’institut ainsi que ses saines traditions, toutes choses qui constituent le patrimoine de l’institut, doivent être fidèlement maintenues par tous. » Le plus grand don que Dieu m’ait jamais fait est l’opportunité de partager mon amour dans mes tâches apostoliques. Le seul fait d’accomplir cela est déjà une récompense. Quand je sers les gens avec amour, j’éprouve une sensation de reconnaissance.

Comment mettre en valeur la vocation de Frère
A partir de mon histoire, on peut déduire quelques-unes des raisons pour lesquelles la vocation de Frère dans la Société des Missionnaires d’Afrique semble être si peu attrayante. Voici ce que je propose pour essayer de contribuer à la mise en valeur de la vocation de Frère.
1. Effectuer une étude sérieuse et exiger des recommandations basées sur la réalité de la part de celui à qui on confiera cette tâche.
2. J’ai étudié avec plusieurs Comboniens et quelques SVS à Tangaza. A partir de mes relations avec eux, j’ai découvert que la formation des Frères dans une maison de formation de Frères chez les Comboniens était très attrayante, au point que leurs candidats à la prêtrise les enviaient. Nous avons peut-être beaucoup à apprendre d’eux ?
3. Continuer à présumer que les formateurs savent quoi faire dans les maisons de formation est une illusion. Un programme de formation clair et mis sur papier sera d’une aide précieuse pour éviter ce que les candidats Frères ont à subir.
4. Éliminer l’idée que quelqu’un devient Frère parce qu’il manque de capacités intellectuelles. D’ailleurs les qualifications académiques chez les candidats Frères et prêtres devraient être exactement les mêmes.
5. Beaucoup de choses ont été écrites d’un Chapitre à l’autre. Ce qui est nécessaire, ce ne sont pas des théories, mais une action basée sur des faits constatés à partir d’une recherche authentique et qu’on fait connaître en les rendant accessibles pour une critique positive.

Fr. Clenerius M. Chimpali M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

Br. Clenerius M. Chimpali M.Afr.


The Brothers,
jacks of all trades

I grew up in Kayambi where the Missionaries of Africa first arrived and built the earliest mission in Zambia. We knew them as White Fathers; the name which is common up to today. Naturally, I often found myself around the church with many other friends and that was my first contact with the Missionaries of Africa. I was too young to remember many things, but I remember Fr. Pehle Bernd, because he had a distinct personality, and a Brother who used to build and help people in many ways. He used to sell kapenta (small fish) and salt at a very low price.

Although I loved and admired the Missionaries of Africa in my young days, nobody would have believed that I would one day be one of them. The Brother’s role, though he was famous because of his heartfelt goodness to the people, was not clear to us. We thought he was the assistant priest or something else in that line. It was, therefore, not surprising when the day I felt that I could become a Brother, I first thought of the Sacred Heart Brothers at Malole in the northern part of Zambia. I had some correspondence with them and I even attended their ‘come and see’ sessions in Lusaka two times. I could not join them because I was told that they are mainly teachers, and as a son of a teacher, I never wished to spend all my life in a classroom. What I remember of them is their fascinating spirit, which gave me an impression that they are characterised by the spirit of sincerity, kindness and patience. This experience was similar to my first encounters with the Missionaries of Africa. I indeed loved them and admired them, but of course, never thought of becoming one of them.

Love at first sight
During my secondary school education, I had an opportunity to escort a friend who was in touch with the Missionaries of Africa, in view of joining them one day. I did not even know that we had Missionaries of Africa in Ndola; neither did I know the intention of my friend. While we were there, my friend went in to have a private discussion with the Vocation Director (Fr. Jean Flies) and when they were there, I picked up a magazine and started to read through it. I came across the picture of a Brother who was repairing a car and under that picture they wrote: “We are jacks of all trades”. Love at first sight; from that time, the seed started germinating and grew slowly up to now.

I was appointed to start First Phase at Arusha, Tanzania. Three weeks to the departure day, I was informed that I would not go to Arusha; instead, I was foreseen for Jinja in Uganda, because I expressed the willingness to become a Brother from the beginning. It was known that in Jinja there was a special programme for Brothers, but when I arrived it was a different story; nothing of the sort was in place. I met three other Brother candidates (James Ndibo, Prosper Hibrahim, and Peter Nsubuka) who expressed similar surprise. We were fortunate that the Dean of Studies was from Lavigerie House, Fr. Mark De Wulf, a flexible and accommodating man. Though we were most of the time on the bargaining side, I felt at home just because the Dean was ready to listen to us. There were times I felt we were overloaded with philosophical stuff and many other Social Science subjects. Two of my friends left for personal reasons, though partly I knew as a friend that their expectations were not fulfilled. Hence, reading between the lines, we can deduce that if there had been a well-designed programme, the likelihood of these guys continuing would have been high.

In my Spiritual Year, I lived like the rest and I think all went well. This was the same during the ‘stage’; I felt really at home and encouraged.

My last phase at Tangaza College, Nairobi, Kenya, was interesting. All the same, I would like to differ with those who have been saying that at Tangaza there is a special programme for Brothers, in reference to the course in ‘Social Ministry and Mission’. I believe it is a good course, but not designed for Brothers alone. To say every Brother should be obliged to follow that course is a bit unattractive and very limiting for the Brothers who are ‘men of all trades’. Does it mean that those who feel that social ministry is not appealing can be assessed as having no vocation as Missionaries of Africa?

My vocation journey has met with much opposition from society at large, friends, some family members and even some Missionaries of Africa. Somebody said to me once, “Hopeless guy, at least you could have become a permanent deacon”.

I love searching for information to feed my mind and I enjoy reading Canon Law. Canon 577 is just beautiful. It reads, “There are many institutes of consecrated life, with gifts which differ according to the graces given to them…” Canon 578 continues and declares, “The intention of the founder and determination concerning the nature, purpose, spirit and character of the institute…” The greatest gift God has ever given me is the opportunity to share my love in my ministries. Just doing this is already a reward. My experience is that when I serve people with love, I feel the sense of gratitude.

Proposals contributing to the promotion of the Brothers’ vocation
From my story, someone can trace some of the reasons the vocation of Brother in the Missionaries of Africa Society seems to be so unattractive. The following are my proposals to try to contribute to the promotion of the vocation of Brothers.
A serious study needs to be carried out and recommendations based on fact will be required from whoever may be given that task.
I studied with many Comboni and a few SVDs at Tangaza. From my interaction with them, I discovered that the formation for Brothers in a Comboni Brother Formation House was very attractive, which even causes their own counterparts in the Priest Candidate Formation House to envy them. Maybe we have a lot of things to learn from them?
To keep presuming that formators know what to do in Formation Houses is a mirage. A clear and well spelt out Formation programme will be of help to avoid what Brother Candidates have to endure.
The thinking that to be a Brother is because somebody lacks intellectual capacity should be eliminated. Hence, academic qualifications for both Brother and Priest Candidates should be strictly the same.
We have seen many things written in books from Chapter to Chapter; what is needed are not theories, but action based on fact established on proper research, made known and available for positive criticism.

Br. Clenerius M. Chimpali M.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6