Missionnaires d'Afrique

Fr. Joe Eberle M.Afr

Le Frère de demain : un initiateur, un animateur...


Depuis le début de la Société, les Frères ont rendu service à la mission. Mais aujourd’hui, on entend souvent la question : Est-ce que la Société a encore besoin des Frères ? Cela met mal à l’aise certains Frères qui sont encore actifs de nos jours. Pour répondre à cette question, un texte du Chapitre de 1992 peut nous aider :

« Vu les défis de la mission aujourd’hui, nous nous posons les questions suivantes : les services demandés par l’Église ou la société africaine exigeront-ils le sacerdoce dans la même proportion qu’autrefois ? N’y aura-t-il pas de plus en plus de Frères dans notre Société? L’avenir nous le dira. Quoi qu’il en soit, l’évolution en cours nous demande à chacun un changement de mentalité, afin que notre vocation missionnaire commune suscite entre nous tous une unité de plus en plus grande, au point d’absorber toute trace de malaise. » (Doc. Capit. II, 1992, p. 39, N° 3.13).

Un discernement des signes des temps et des besoins d’un monde globalisé, et en particulier de l’Afrique, met les Frères devant des défis nouveaux et des tâches nouvelles. La vocation des prêtres demeure clairement définie, et aussi celle des “spécialistes”. La vocation des Frères, par contre, a besoin d’être reconnue et redéfinie à certaines périodes. Actuellement, nous devons nous demander :

Qu’est-ce que l’Église d’Afrique demande ou attend d’un Frère aujourd’hui ? De quel genre de service a-t-elle besoin de la part d’un Frère ?

Passer une rivière pour se rendre dans une zone de construction au Mozambique.Le temps où le Frère avait le rôle d’auxiliaire ou de coadjuteur, chargé de services de tout genre, est largement passé, même s’il reste encore quelques tâches particulières où ce rôle continuera à avoir son utilité, en attendant que des autochtones puissent les reprendre.

Mon expérience personnelle est qu’après un quart de siècle de service dans l’élaboration et l’exécution de projets et de supervision d’ateliers, j’ai senti le besoin de transmettre mes fonctions à des Africains qui avaient acquis suffisamment d’expérience pratique et théorique au cours de notre collaboration. Mes confrères et les autorités diocésaines m’ont alors interpellé avec la question que je me posais moi-même:

Et maintenant ?
Il s’en est suivi un temps de réflexion, de prière, de recherche et de synthèse. J’ai commencé par me deman­der : Qui suis-je et quel est mon devoir? Petit à petit le puzzle a pris forme.

Il m’est apparu que chacun de nous est en­fant de Dieu Créateur et qu’il fait partie de son plan de Rédemption. Chacun, par conséquent, doit accepter tous les êtres humains comme étant les enfants de ce même Créateur, unis dans la fraternité, et considérer que la création tout entière a été confiée à l’humanité qui doit en prendre soin avec le plus grand respect. Une tâche combien noble ! C’est de cette vision que naît notre appel missionnaire : Montrer ce chemin au monde !

Service de prière sur un nouveau site de construction au Mozambique.On pourrait voir les Frères de demain prenant bien sûr une part active dans le travail pastoral et catéchétique, mais surtout comme des initiateurs, des animateurs ou des facilitateurs de programmes. Quel genre de programmes ? Il faudrait peut-être promouvoir, au niveau de l’Église locale, une plus grande prise de conscience de thèmes comme les suivants :

La situation sociale, les conditions de vie, les conflits tribaux, les réfugiés, la santé, les programmes communautaires et la formation des religieux locaux. Les droits de l’homme, justice et paix. La sauvegarde des ressources naturelles : la terre, les forêts, l’eau.

Pour ces thèmes, toutes sortes de programmes ont déjà été mis en route, comme l’éducation de base pour la jeunesse et les adultes, la formation technique, les premiers soins de santé, la conservation de la terre et des forêts, la prévention des inondations, les mesures contre la sécheresse, les technologies appropriées pour l’énergie hydraulique, solaire, éolienne, biogaz, les meilleures méthodes agricoles, le travail en équipe, les coopératives, etc.

La forêt détruite, la terre exploitée. Qu’apportera l’avenir à ces enfants ?Un Frère pourrait se sentir dépassé par cette montagne de thèmes, mais il s’agit bien des problèmes urgents de notre temps. Notre expérience en Afrique nous montre que certains de ces problèmes demandent une réponse urgente en vue d’une solution. Beaucoup d’expatriés et de membres d’ONG sont engagés dans plusieurs des domaines mentionnés. Nous pou­rrions simplement dire : « Laissons-les faire, pourquoi des Frères devraient-ils s’en­gager dans tout cela ? » Et, en pratique, nous n’aurions pas tort, car ces personnes ont reçu une formation appropriée et se considèrent comme des experts et des spécialistes. En réalité, il y a tout de même une différence importante : le Frère s’engage dans ces tâches avec une motivation spirituelle, qui amène souvent les gens à se demander : « Pourquoi fait-il cela? Pourquoi plante-t-il des arbres dont il ne mangera pas les fruits ? »

On peut considérer que cet engagement du Frère est motivé par un intérêt personnel ou par un dévouement gratuit, mais cela répond à un besoin profond et général qui est une forte interpellation pour certains, une frustration pour d’autres. À des jeunes qui sentent l’appel à devenir Frères, nous pourrions poser la question : « Les jeunes d’aujourd’hui seront-ils capables d’entendre le cri des pauvres et celui d’un environnement en danger, et viendront-ils joindre leurs efforts aux nôtres ? » Il faudra une bonne dose d’idéalisme, de générosité et d’attention dans l’une ou l’autre situation. Si nous croyons que la jeunesse est encore ouverte à de tels défis, nous pourrions ensuite leur présenter, avec l’aide des médias, ces besoins urgents et préparer un programme de formation approprié pour les Frères.

Fr. Joe Eberle M.Afr


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

Bro. Joe Eberle M.Afr.


The Brothers of the future, Initiators, or Animators and Facilitators of programmes


Taking into account the history and services of the Brothers in the Society since the beginning and the now regularly asked question if Brothers are still needed in our Society at this time, even some yet active Brothers of today feel uneasy. Thus, a text of the 1992 General Chapter might help to give an answer to the question:

“Vis-à-vis the challenges of Mission today and tomorrow, we might even ask ourselves if we are not progressing towards a situation in which the services requested by the Church and the African peoples will be more of a lay nature than in the past; thus there would be an increasing number of Brothers in the Society. The future will tell. No matter what, the changes going on demand from each of us a change of mentality, so that our common missionary vocation becomes the source of a greater unity among us, to the point of absorbing any unease that might be felt” (Chapter Doc. II, 1992, pg. 39, N° 3.13).

Discerning the signs of the times, the global needs and precisely the needs in Africa, new challenges and new tasks are arising for the Brothers. The Priests’ vocation remains clearly defined, not mentioning the specialists. The Brothers’ vocation, on the other hand, needs to be identified and newly defined at certain stages. At this stage we have to ask:
What does the African Church want or ask from a Brother? What service does she truly need from a Brother?

Crossing a river to a building site in MozambiqueThe time of the ‘Auxiliary’ or the ‘Coadjutor’ or of the all-round services done by Brothers is, for the greater part, over. There may remain a few special situations where this has to continue for a while, until local persons can be entrusted with these tasks.

From my personal experience, after a quarter century of service in planning and construction projects, of looking after workshops, I felt the need to hand over to local people, who had gained enough practical and theoretical experience during the time of us working together. I was challenged by myself, by my confreres and by the diocesan authorities with the question:

‘What next?’
A time of reflection, of prayer, searching and gathering followed. Starting off the journey by the fundamental questions: ‘Who am I and what is my duty?’ In small stages, the jigsaw took shape.

Therefore, as a son of the Creator-God and in his plan of Redemption, accept all human beings as children of the same Creator, united in brotherhood, seeing the whole created universe entrusted to mankind, to be cared for with the greatest respect. A noble duty!

From this understanding derives our missionary call: ‘Show this way to the world!’

Reflection and prayer service at a new building site in Mozambique.One could see the Brothers of the future, besides taking part in pastoral and catechetical work, more as Initiators, or Animators and Facilitators of programmes. Now, which are these programmes? Is there also need to create more awareness on the level of the local Church for themes and needs such as the social situation, living conditions, tribal struggles, refugees, education, health, actively partaking in community programmes and in the training of local Religious; human rights, justice, peace; care for natural resources, i.e., the land, the forests, the water.

For these themes, a whole series of programmes has already been developed, like basic education for youth and adults, technical training, primary health care, water, land and forest conservation, flood control, finding solutions to drought situations, introducing appropriate technologies for energy, like water and solar power, biogas, wind, then better integrated farming methods, teamwork, cooperatives etc.

Youth: the forest gone, the land exploited – what will the future bring?A Brother might get overwhelmed when being confronted with such a mountain of themes, but all these are the hot global issues of our days. Our experience in Africa makes us aware that some of them have to be addressed urgently in order to find solutions. Many expatriates and NGO-people are engaged in many of the mentioned fields. We simply could say, ‘Let them carry on!’ Why should Brothers also be involved in all that? Practically speaking, this might be right, since these people have been trained and see themselves as experts and specialists, but there remains this big difference: a Brother should put his hands to a task with a spiritual motivation and conviction. Thus, people will often ask, ‘Why is he doing this?’ Why is he planting trees although he won’t benefit from his work? One may consider all this as personal interest or selfless dedication, but it is a universally felt need, very challenging and, for some, possibly frustrating. Presenting such programmes to young people who feel called to become Brothers, we could ask, ‘Will youngsters be able to respond to the cry of the poor or become more aware of the degraded environment, and then join forces with us? It will take a good dose of high ideals, generosity and awakening of concern for one or the other situation. If we believe that youth are still open to such challenges, our next step could be to present these urgent needs to them through the media and prepare an appropriate training programme for Brothers.

Bro. Joe Eberle M.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6