Missionnaires d'Afrique
Fr. Gornah Simon Amy M.Afr.
Appelé à vivre lAmour
Originaire du Ghana, je suis rentré chez les Pères Blancs en 1985 : cétait à Tamale, au centre de formation spéciale pour les Frères laïcs. Jy sentais de plus en plus fort lappel à devenir missionnaire. Pendant ces deux années de formation, lidée de me faire missionnaire laïc sest confirmée peu à peu et elle sest renforcée encore davantage pendant lannée spirituelle que jai vécue à Fribourg (Suisse) avec des candidats prêtres. Au noviciat, jai appris à connaître le Seigneur comme lhumble serviteur (Phil. 2, 6-11), voué à mourir, certes, mais qui a vaincu la mort par sa résurrection. Ce même Seigneur mappelait à me mettre à son service en servant les autres, quels quils soient, comme lui lavait fait.
Cest dans cette perspective que jai accepté une nomination en terre dislam, en Algérie, pour une première expérience apostolique. Pendant cette période de formation, jai fait tout un cheminement pour arriver à comprendre que je devais passer par lhumilité et labandon de moi-même si je voulais annoncer gratuitement la Bonne Nouvelle et proclamer le Royaume du Christ (Mathieu 10, 6-8). Je nétais pas le maître. Je navais pas de pouvoir. Je navais aucun disciple. Cest ainsi que jai commencé à entrer dans lesprit de la rencontre avec lautre. Et moi qui pensais a
voir tous les moyens et toutes les connaissances pour ramener le monde entier sous le toit de notre Église.
Atravers mon engagement jai fondé une bibliothèque médicale, je me suis mis au service des personnes âgées et jai travaillé à laumônerie des étudiants originaires de lAfrique subsaharienne jai découvert un Dieu qui appelle tous les hommes et toutes les femmes à faire partie de son royaume et à vivre lamour éternel par son Fils. Petit à petit, mes frères et surs musulmans ont compris que je ne venais pas les inciter à changer leur foi, mais que jétais au milieu deux pour les aider à vivre lamour de Dieu en toute liberté.
Notre mission est plus une façon dêtre quune façon de faire
Fort de cette expérience, je nai pas hésité à accepter une deuxième nomination en terre dislam, en Tunisie, à la fin de ma quatrième étape à Toulouse et après une formation professionnelle en Angleterre dans lenseignement aux déficients auditifs. Cest à partir de cette nomination que jai compris que le Seigneur continuait de mappeler. Les engagements et les nominations que mes supérieurs me proposaient, et lexemple de mes confrères de communauté plus âgés mont aidé à mûrir lidée que notre mission est plus une façon dêtre quune façon de faire. Si bien quà présent, il mest difficile de parler de mes activités.
Il me faudrait plus dun livre pour raconter mon expérience comme professeur de français et danglais dans les écoles de lÉglise avec des enfants tunisiens, comme professeur de français aux déficients auditifs dans des écoles étatiques tunisiennes, et comme bénévole dans le Bureau Caritas de Tunis pour les migrants et le réfugiés. Je vous parlerai plutôt du projet des Pères Blancs. Après délibérations, ils ont opté douvrir une nouvelle communauté à Sfax afin dêtre plus proches des Tunisiens marqués par la rupture dans la transmission des valeurs entre générations et des personnes les plus démunies de la société, les handicapés, les malades et les chômeurs.
Jai accepté de faire partie de ce projet avec une équipe Père Blanc. Nous vivons au sein dune petite paroisse dont les chrétiens sont composés aux trois-quarts détudiants originaires dAfrique subsaharienne, de quelques femmes de mariages mixtes, de religieuses, dune communauté laïque brésilienne et de quelques anciens originaires de Tunisie.
Je collabore avec plusieurs associations : lAssociation Printemps qui soccupe des handicapés psychomoteurs âgés de plus de trente ans, lAssociation S.O.S. Enfance qui soccupe des enfants abandonnés, lAssociation CHAMS qui offre accueil et soutien psychologique et pédagogique.
Mon engagement social envers les Sfaxiens se veut de plus en plus indispensable, car il existe un bon nombre de handicapés qui sont isolés par manque de moyens ou dinformation sur les alternatives daide dont ils pourraient profiter sur place. Tout en moccupant de laumônerie des étudiants originaires de lAfrique subsaharienne, jaccompagne un groupe de femmes de mariages mixtes en leur donnant des cours de Bible. Dans mes temps libres, je donne aussi quelques cours privés danglais et de français.
A travers tous ces engagements, je tente de rencontrer des hommes et des femmes de cultures et de religions différentes. Je chemine avec eux dans leur recherche de Dieu et dun monde plus juste et plus fraternel.
Cet appel à la rencontre suscite en moi le souci de la présence, de la proximité et de 1écoute en fonction des personnes, des opportunités quil faut savoir saisir et discerner, des interpellations de lÉglise locale, mais toujours avec la discrétion quimpose une possible défiance vis-à-vis de ma qualité détranger non musulman et de mon origine africaine subsaharienne.
Ce même appel à la rencontre me situe à la charnière entre 1annonce du Royaume faite par Jésus et 1annonce du Christ qui est la mission de 1Église. Faire connaître les valeurs du Royaume et en témoigner, cest répondre à 1interrogation sur le sens de la vie, cest sengager positivement en faveur de la paix, de la justice et de la réconciliation, cest faire uvre éducatrice et de miséricorde.
Par mon vécu, je partage la mission des Églises dAfrique du Nord qui tracent un chemin auquel toutes les Églises sont conviées dans le contexte de la mondialisation : quitter les abstractions du dogme et reconnaître que dans la relation avec le monde musulman, la comparaison entre les contenus religieux amène à une impasse et provoque un malentendu insurmontable. Je suis donc appelé, avec tous mes confrères, à situer le centre de gravité de ma mission dans ma manière dêtre disciple, en devenant un autre Christ dans ma relation avec quiconque.
Fr. Gornah Simon Amy M.Afr.
Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6
Missionaries of Africa
Br. Gornah Simon Amy M.Afr.
Called to live Gods love
Born in Ghana, I joined the White Fathers in 1985. This was at Tamale, at the special Formation Centre for lay Brothers. I increasingly felt the attraction to become a missionary. During these two years of Formation, the thought of becoming a lay missionary gradually firmed up and was even more reinforced during the Spiritual Year I did at Fribourg (Switzerland) with priest candidates. At this novitiate, I learned to know the Lord as a humble servant (Phil. 2: 6-11), destined to die, admittedly, but who conquered death by his Resurrection. This same Lord was calling me to be at his service in serving others, whoever they may be, just as he himself did.
It was in this light that I agreed to an appointment in Islamic countries, in this case, Algeria, for an initial apostolic experience. During this period of Formation, I gradually progressed in understanding that I had to pass through humility and self-surrender if I wanted to proclaim the Good News and the Kingdom of Christ, (Matthew 10: 6-8) without personal reward. I was not in charge. I was powerless. I had no disciple. In this way, I began to enter into the spirit of encounter with others, although I had thought to have every means and knowledge required to gather everyone under the roof of our Church.
Through my involvement in founding a medical library, being of service to the elderly and at the chaplaincy for students from sub-Saharan Africa, I discovered a God who calls all men and women to become part of his Kingdom and to live the eternal love of the Son. Little by little, my Muslim brothers and sisters understood that I came not to incite them to change their faith, but that I was among them to help them live Gods love in all freedom.
Buoyed up with this experience, I did not hesitate to accept a second appointment in Islamic countries, this time in Tunisia, at the end of my Fourth Phase at Toulouse. I received professional training in England, relative to teaching those with hearing disabilities. On the basis of this appointment, I understood the Lord is always going to be calling me.
The commitments and appointments proposed by my Superiors and the example of my former confreres in community helped me to mature the idea that our mission is more a way of being than a way of doing, so much so that, at present, it is difficult to speak only of my activities.
I would need more than a book to recount my experience as a French and English teacher in Church schools with Tunisian children, as a French teacher to those with hearing disabilities in Tunisian state schools and as a volunteer worker in the Caritas Tunis Office for migrants and refugees. Instead, I will tell you about the White Fathers project. After due consideration, they opted to found a new community at Sfax, to be closer to Tunisians affected by the breakdown in the passing on of values between generations and the most deprived people in society, the disabled, the sick and the unemployed.
I agreed to form part of this project with a White Father team. We live in a small parish three-quarters composed of students from sub-Saharan Africa, some Christian wives of Tunisians, Sisters, a Brazilian lay community and some senior citizens of Tunisian origin.
I work together with several associations: Association Printemps, which looks after psychomotor disabled people over thirty, Association SOS Enfance, which looks after abandoned children, and Association CHAMS, which provides a reception facility as well as psychological and tutorial support.
My social commitment to the people of Sfax tends to be increasingly indispensable, as there are a large number of people with disabilities who are isolated through lack of means or information on available helping alternatives, from which they could benefit locally. While involved with the chaplaincy to students from sub-Saharan Africa, I assist a group of Christian wives in giving them Bible courses. In my free time, I also give some English and French private tuition.
Through these commitments, I seek encounter with men and women of different cultures and religions. I journey with them in their quest for God and for a more just and friendly world.
This call to encounter raises my concern for presence, proximity and listening to people, for opportunities that have to be seized and examined, for challenges from the local Church, but constantly with the discretion that possible distrust in relation to my status as a non-Muslim outsider and from sub-Saharan Africa imposes.
This same call to encounter places me at the crux between Jesus proclamation of the Kingdom and Christs proclamation of the Churchs mission. Revealing Kingdom values and bearing testimony to them is to reply to the question about the meaning of life, it is to become positively involved in favour of peace, justice and reconciliation, to engage in a work of education and mercy.
In conclusion, I share the mission of all the Churches in North Africa that trace a path along which all Churches are summoned in the context of globalisation: leave aside the abstractions of dogma and recognise that in relations with the Muslim world, comparisons in religious content lead to an impasse and provoke insurmountable misunderstandings. With all my confreres I am therefore called to place the centre of gravity in my way of being a disciple, of becoming alter Christus in relation to each and everyone.
Br. Gornah Simon Amy M.Afr.
From Petit Echo n° 1000 2009/6