Missionnaires d'Afrique

Fr. Jérôme Kodjo M.Afr.

Recommencer tous les jours avec le Christ


Je vis ma vocation comme un chrétien baptisé et confirmé. Je suis conscient que je ne suis pas parfait. Je connais mes faiblesses qui sont des portes ouvertes pour accueillir la miséricorde du Dieu d’amour de Jésus Christ.

Vous me demandez de vous envoyer des photos pour illustrer mon propos. Eh bien, je suis allé sortir mes albums de photos. Elles étaient au fond d’une cantine. En les regardant les unes après les autres, oh ! que ça faisait longtemps, elles me rappellent des souvenirs heureux et moins heureux, des responsabilités occupées ou que j’occupe encore, des temps de formation ici et ailleurs, des moments de convivialité et enfin quelques photos des membres de ma famille. Je m’arrêterai sur deux aspects : mon arrivée au Burkina Faso et les leçons tirées des responsabilités que j’ai occupées ou occupe encore aujourd’hui.

Serment perpétuel en octobre 1996Les plus vieilles de mes photos ont quinze ans. Pourquoi ? Il y a quinze ans, je quittais en catastrophe le pays des milles collines. C’était la désolation, l’échec, où je faisais mienne, et encore aujourd’hui, la prière du psaume 85 dont le titre est : « La plainte dans la souffrance et la persécution : Écoute, Seigneur, réponds-moi car je suis pauvre et malheureux… Je te rends grâce de tout mon cœur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ; il est grand, ton amour pour moi, tu m’as tiré de l’abîme de la mort… »

Jérôme a été économe à la Maison Lavi­gerie de Ouagadougou. De g. à dr.: François de Gaulle, Apollinaire Chishugi, Marc De Vos, Juan M. P. Charlin et Jérôme.Combien de fois l’échec m’a permis de poser un regard de miséricorde sur moi-même et sur les autres? C’est un appel au quotidien à tendre vers ce « Soyez parfaits comme votre Père est parfait » ou « Porte ta croix pour Me suivre », aujourd’hui, sans raccourci, même si je suis tenté d’en prendre un de temps en temps. Bref, c’est un appel à recommencer tous les jours avec Jésus Christ. Ici, le tremplin pour moi est la prière personnelle et l’Eucharistie de chaque jour.

Jérôme assemblait des lampes avec de petits panneaux photovoltaïques à Tchonkuy, dans le diocèse de Dé­dougou.Par la grâce de Dieu, j’ai eu le courage de repartir ou de renaître au Bur­kina Faso, en août 1994, dans le diocèse de Dédougou. C’était la joie et l’appréhension de retrouver une communauté qui allait m’accueillir. La première année, je me suis adapté au climat, à la nourriture et à l’environnement. Cette communauté m’a redonné le goût de donner le meilleur de moi-même à l’aumônerie des collèges et lycées, dans les ateliers de formations artisanales des élèves catéchistes et dans d’autres petits projets. J’ai eu la grâce de prononcer mon serment missionnaire dans la cathédrale de Dédougou en octobre 1996. Je garde un bon souvenir de collaboration, de partage, d’amitiés au cours de mon travail apostolique dans ce diocèse.

Quelques photos m’ont rappelé les responsabilités qui ont été miennes. Je les assume simplement, dans la mesure de mes capacités et avec la grâce de Dieu. Ma responsabilité d’aujourd’hui (économe provincial) a sa rigueur et la discrétion est plus qu’une obligation. Je suis heureux de pouvoir rendre ce service pour un temps bien limité.

J’apprends à être patient avec moi-même et avec les autres. Je porte mon travail dans ma prière tous les jours. Ce qui me fâche ou me fait rigoler, des fois, c’est ce que j’appelle la persécution–suspicion de la part de certains bénéficiaires, confrères et non confrères, impatients. Elle se manifeste dans le langage, le courriel, le téléphone, etc. Après avoir fourni les pièces justificatives, je pose la même question non confiante à l’intéressé qui se confond en excuses par après. Là où la confiance s’en est allée, l’impatience surgit et le vis-à-vis est traité de tous les gentils noms. Que Dieu nous pardonne.

Fr. Jérôme Kodjo M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

Br. Jérôme Kodjo M.Afr.


To start every day anew
with Jesus Christ

I live my vocation as a baptised and confirmed Christian. I am aware that I am not perfect. I know my weaknesses. They are so many open channels to receive the mercy of the loving God of Jesus Christ.

You asked me to send you some photos to illustrate my subject. Well, I took out my photo albums. They were at the bottom of my tin trunks. Looking through them one after the other from oh so long ago, they reminded of happy and not-so-happy memories. They brought back scenes of my responsibilities, some of which are still mine today, times of Formation here and there, times of conviviality and finally, some photos of my family. I will deal with two aspects: my arrival in Burkina Faso and the lessons learned from these responsibilities, then and now.

Perpetual Oath in October 1996The oldest photos are from fifteen years ago. It was then I fled in panic from the country of a thousand hills. It was desolation and failure. Then as now, I made my prayer from Psalm 86 whose title is, ‘Lament in suffering and persecution: Listen to me, Yahweh, and answer me, poor and needy as I am; (…) I thank you with all my heart, Lord my God, I glorify your name for ever, your love for me has been so great, you have rescued me from the depths of death.’

How many times failure has enabled me to look with compassion on myself and others. It is a daily call to reach out towards this ideal of Jesus: ‘Be perfect as your heavenly Fa­ther is perfect’, or ‘Take up your cross and follow me’, today without shortcuts, even if I am tempted to take one from time to time. In short, it is a call to start every day anew with Jesus Christ. Here, the springboard for me is personal prayer and the daily Eucharist.

Jérôme was Bursar of Maison Lavigerie at Ouagadougou. L.-r.: François de Gaulle, Apollinaire Chishugi, Marc De Vos, Juan M. P. Charlin and Jérôme.By the grace of God, I had the courage to begin again and be reborn in Burkina Faso, in August 1994, in the diocese of Dédougou. I had mixed feelings of joy and apprehension in finding the community that would receive me. During the first year, I adapted to the climate, the food and the environment. This community restored in me the urge to give the best of myself to the chaplaincy of colleges and secondary schools, in the craft workshops for apprentice catechists and in other small projects. I had the grace of taking my Missionary Oath in Dédougou Cathedral in October 1996. I have good memories of working together, sharing and friendships in the course of my apostolic work in this diocese.

Jérôme assembled lamps with small photovoltaic panels at Tchonkuy, in Dédougou Diocese.Some photos reminded me of my responsibilities. I simply take them on to the extent of my capabilities and with the grace of God. My responsibility today (as Provincial Treasurer) has its demands and discretion is more than an obligation. I am happy to be able to provide this service for a well-determined time limit.

I learn to be patient with myself and with others. I bring my work into daily prayer. What annoys me or makes me laugh at times is what I call persecution – suspicion on the part of various beneficiaries, confreres and others, who are impatient. It shows in the language, the email, the telephone, etc. After providing proofs, I ask the same suspicious questions of the person concerned who gushes with excuses later on. Wherever trust is eroded, impatience rises up and the other person is called all the names under the sun. Lord, have mercy on us!

Br. Jérôme Kodjo M.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6