Missionnaires d'Afrique

André Schaminée, M.Afr.

La vocation et la formation des Frères M.Afr.


Depuis le tout début de notre Société, notre charisme missionnaire a toujours été exprimé de deux manières égales : à travers le ministère sacerdotal et à travers la vocation de Frère. Mais la seconde forme a souvent été regardée, et l’est encore par plusieurs aujourd’hui, comme inférieure à la première, en fait, comme la meilleure alternative pour ceux qui ne pouvaient pas devenir prêtres.

En théorie, la politique officielle est bien sûr de considérer la vocation de Frère comme égale à celle de prêtre, mais permettez-moi de demander combien d’entre nous considèrent vraiment la vocation de Frère comme étant une forme désirable de devenir missionnaire dans l’Église et le monde d’aujourd’hui? J’ose suggérer une très infime minorité ! A ma connaissance, dans nos diverses provinces, il y a peu ou pas du tout de réflexion sur la façon de préparer et de mettre en valeur cette vocation. Je soupçonne que les quelques personnes qui font quelque chose en faveur de cette vocation le font surtout en théorie et du bout des lèvres (par respect pour nos Frères?). Quelles démarches pratiques ont été proposées ou entreprises par les Chapitres précédents et les Assemblées post-capitulaires pour créer des conditions favorables à l’enracinement de la vocation de Frère dans nos différentes régions?

Le Ghana, il y a quelque vingt ans, était un chef de file dans ce domaine. En tant que « vrais séminaristes », nos candidats à la prêtrise étaient les bienvenus pour entrer au séminaire, mais nos candidats Frères n’avaient pas leur place dans ce contexte clérical. Le Ghana devait trouver une solution pratique à cette situation. Et nous l’avons fait! La Province a eu l’audace d’établir une maison spécifique et appropriée pour la formation des Frères. Cette maison de formation a produit une belle génération de missionnaires qui ont grandement contribué à la mission de notre Société en Afrique et ailleurs, et qui continuent de le faire.

Cette expérience n’a malheureusement pas duré. En 1988, les deux maisons de formation de Tamale, celle des Frères et celles des clercs, ont été transférées au nouveau Centre de formation bilingue de Ouagadougou. Avec du recul, nous pouvons dire que cette nouvelle politique a été, pour le Ghana, le début d’une période désastreuse pour les vocations, qu’elles soient de Frère ou de Clerc, et dont nous ne nous sommes pas encore remis complètement ! Les demandes d’entrée ont considérablement diminué et cette période a pratiquement signé l’arrêt de mort de la vocation de Frère !

Cessons de nous mentir pieusement sur la vocation missionnaire à deux volets de notre Société et donnons à chaque vocation toute la place dont elle a besoin pour s’épanouir ! Ayons le courage de nous poser ces quelques questions pertinentes : Devrait-il y avoir, à un moment ou l’autre de leur formation, une maison de formation séparée pour les Frères? Ou bien (par manque de personnel) devrait-il y avoir au moins un programme de formation qui leur est propre, même s’ils vivent sous le même toit que leurs confrères clercs? Expliquez-moi, si vous le pouvez, pourquoi les candidats Frères devraient suivre des cours d’épistémologie, d’ontologie, de métaphysique, d’histoire de la philosophie, pour ne citer que ceux-là ? Pourquoi devraient-ils s’attaquer à des questions christologiques et trinitaires compliquées ou se torturer le cerveau avec du latin, du grec et de l’hébreu comme on l’exige des candidats au sacerdoce?

Que devrait ou pourrait être le contenu d’un tel programme ?
Pour répondre à cette question, je souhaite me limiter ici surtout à la dimension académique et aux quatre étapes de la formation. Comme préambule, je pense que les critères d’admission doivent être les mêmes pour tous les candidats. C’est certainement faire de la discrimination que de demander aux candidats Frères d’avoir déjà une profession avant d’entrer en formation. Pourquoi le devraient-ils alors que leurs confrères clercs peuvent entrer en ayant simplement les références et les diplômes requis ?

Quant à la première étape, au moins deux options sont possibles. Premièrement, il pourrait y avoir une maison de formation commune à tous les candidats comme c’est en fait déjà le cas. Cependant, les candidats Frères devraient suivre seulement les cours appropriés à leur vocation, comme l’introduction à la Bible, la psychologie, le développement humain, l’islam, la Rencontre, le message chrétien, la sociologie, la liturgie, l’œcuménisme, l’informatique, la dactylographie, les communications, la catéchèse, la spiritualité, etc. Ils peuvent facilement (et avec joie!) laisser Aristote et Platon, Descartes et Hegel à leurs confrères clercs ! À chaque Centre de formation de première étape, après consultation du secrétariat à la formation, la responsabilité de déterminer quels cours attribuer à chaque catégorie de candidats. Quant aux autres cours, beaucoup dépendront des besoins, des souhaits et des aptitudes des candidats. Un candidat peut être davantage attiré par la technique ou être plutôt doué pour l’administration, la construction de la communauté, l’animation de la jeunesse, etc. J’encouragerais même une formation spirituelle biblique plus poussée (en supposant qu’ils n’auront pas à suivre des cours d’exégèse en théologie), d’autres thèmes de spiritualité, des cours sur le développement humain et la catéchèse.

Au Ghana, les cours suivants ont été donnés dans les années 80 dans la maison de formation des Frères mentionnée ci-dessus : notre fondateur et la Société, l’histoire de l’Église, la vie chrétienne, la Bible, le français, les sciences sociales, la catéchèse, les « affaires courantes » et, l’après-midi, au moins une heure de formation pratique aux divers métiers (menuiserie, maçonnerie, mécanique, électricité, plomberie, etc.). Ils n’avaient pas le temps de s’ennuyer, je vous l’assure! Demandez à n’importe lequel d’entre eux!

Il y a une seconde option, plus radicale : pourquoi ne pas établir un premier cycle international de formation pour les candidats Frères avec un programme de formation adapté à leurs besoins? Il pourrait se situer à la « Maison Morin », à Tamale au Ghana, pour les candidats de langue anglaise (cette maison reprendrait ainsi la fonction qu’elle a dû abandonner lors du déménagement désastreux de 1988 à Ouagadougou). Le fait que de nombreuses congrégations de Frères aient une formation internationale au Ghana et qu’elles recrutent avec succès de nouveaux membres, montre qu’il y a une possibilité de vocations dans ce pays. L’existence d’un centre de formation destiné uniquement aux candidats Frères permettrait aussi de recommencer ce qu’on avait l’habitude de faire dans les années 80 : avoir des programmes de formation pratique dans des domaines comme la menuiserie, la maçonnerie, l’électricité, la mécanique, la comptabilité de base, l’administration et les communications.

La seconde étape, l’Année spirituelle, devrait rester la même pour les deux groupes de candidats, les aidant à discerner en profondeur l’appel de Dieu dans leur vie missionnaire. Mais que dire à propos de la quatrième étape? On devrait offrir aux Frères, même s’ils vivent avec leurs confrères clercs, un programme adapté de deux ou trois ans, avec la possibilité d’obtenir un diplôme en missiologie ou en pastorale sociale. S’il le faut, ils pourraient encore rester une courte période après leur Serment pour compléter leur formation.

Les réflexions ci-dessus, même si elles restent rudimentaires, ont été émises pour susciter débat et réflexions ultérieures au sein de la Société (ainsi qu’en vue du Chapitre de 2010) et pour faire disparaître à jamais de notre Société l’indifférence actuelle à l’encontre des Frères, qui se manifeste par une absence presque totale de politiques et d’activités précises et même, malheureusement, par un manque quasi complet d’intérêt pour cette noble vocation. J’espère de tout cœur que la Société se décidera à chercher les moyens de tout mettre en œuvre pour encourager les deux manières d’être Missionnaire d’Afrique au 21e siècle, la vocation de Frère et celle de prêtre, et qu’elle donnera aux deux orientations un statut égal et les mêmes possibilités. Et cela, pas seulement en théorie, mais en pratique!

André Schaminée, M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1002 2009/6

 


 

Missionaries of Africa

André Schaminée, M.Afr.


The Brothers of the future, Initiators, or Animators and Facilitators of programmes


From the very beginning of the Society, our missionary charism has always been expressed in two equally valid ways, through the priestly ministry and the Brother’s vocation. However, the latter has often been regarded, and is still regarded by many even today, as inferior to the former; in fact, as “second-best” for those who couldn’t become priests!

Of course, in theory the egalitarian view of the Brother’s Vocation is “official policy”, but, allow me to ask, how many of us positively consider the Brother’s Vocation as a desirable form of being a Missionary in today’s Church and world? I dare suggest just a very tiny minority! To my knowledge, in our various Provinces, there is little or no reflection on how best to propagate and enhance this vocation. I have an inkling that the few who take a positive stand do so mainly in theory and through lip-service (out of respect for our Brothers?) What practical steps have been proposed or taken by past Chapter(s) and post-Capitular Assemblies to create favourable conditions for the Brother’s Vocation to grow roots in our various areas?

Ghana, some twenty years ago, was a trailblazer in this regard. As “real seminarians” our clerical candidates were welcome to join the Seminary, but our Brother candidates “did not fit” in that clerical context. Ghana had to find a practical solution to this situation - and we did! The Province had the audacity of establishing a specific and exclusive Brother Formation House, which has produced a fine generation of missionaries, who have richly contributed, and continue to do so, to the Society’s Mission throughout Africa and elsewhere.

Unfortunately that “experiment” did not last. In 1988, both Tamale Formation Houses (Brothers and Clerics) were transferred to the newly established bilingual Formation Centre in Ouagadougou. In hindsight, this new policy initiated, for Ghana, a disastrous period regarding vocations for both Clerics and Brothers, from which we still have not fully recovered! Applications diminished considerably and for the Brother Vocation in particular, it practically signalled the death knell!

Let us stop just paying “pious lip-service” to the double-flanked missionary vocation in our Society and provide realistic and sufficient space and place for both vocations! Let us courageously ask ourselves some pertinent questions: should there be, at one time or other during their Formation, a separate Formation House for Brothers? Or (in view of personnel-shortages) should there at least be a special Formation Programme for them, even while staying together with their clerical colleagues? Explain to me, if you can, why Brother candidates should be offered courses in Epistemology, Ontology, Metaphysics, History of Philosophy, to name just these? Why should they have to tackle intricate Christological and Trinitarian questions or pain their brain with Latin, Greek and Hebrew, as may be required for candidates for the Priesthood? I fail completely to find adequate answers.

What should/could be in such a programme and when?
In these reflections, I wish to restrict myself mainly to the academic dimension and to the First and Fourth Phases of Formation. As a preliminary, with regard to admission criteria, I think these should be the same for all candidates. It is surely discriminatory to require Brother-candidates to already have a profession when entering Formation. Why should they, if their clerical counterparts can come in with just the required number of credits and a sufficient aggregate? Why must it be made more difficult for young men wishing to embrace the Brother Vocation than for the other stream?
Regarding the First Phase, there are at least two options. Firstly, there could be a joint Formation House for all candidates, as is, in fact, the case.

However, Brother candidates should only follow courses relevant to their vocation, such as Introduction to the Bible, Psychology, Human Development, Islam, Encounter, Christian Message, Sociology, Liturgy, Ecumenism, Computers, Typing, Communications, Catechetics, Spirituality, etc. They may conveniently (and happily) leave Aristotle and Plato, Descartes and Hegel to their clerical colleagues! It should be the responsibility of each First Phase Centre, in consultation with the Secretariat of Formation, to determine which courses in their respective Consortium fall in which category. Regarding other courses, a lot will depend on the needs, wishes and aptitudes of the candidate(s). He may be more technically oriented or have a charism for administration, community building, and youth leadership and so on. I would even encourage more spiritual formation in Bible (presuming that they will not take exegetical courses in Theology), other themes of Spirituality, Human Development and Catechetics.
The following courses were offered in the above-mentioned Ghana Brothers Formation House in the 80s: Founder and Society; History of the Church: Christian Living; Bible; French; Social Sciences; Catechetics; Current Affairs, and, in the afternoon, at least one hour of practical training in various professional areas (carpentry; masonry; car-maintenance; electricity, plumbing, etc). They had no time to be idle, I assure you! Ask any of them!

There is, however, a second, more radical option: what about setting up an International First Cycle Formation Community for Brother candidates with a specific Formation Programme tailored to their needs? For English-speaking candidates, it could be located in “Morin House” in Tamale (which would then resume the function it had to abandon in the disastrous 1988 move to Ouagadougou). The fact that a number of Brother Congregations have International Formation Centres in Ghana and are successfully recruiting new members, shows that there is potential in this country. Having a completely separate Centre for Brother candidates would also allow resuming the earlier practice of the 80s in running practical training programmes in areas such as carpentry, masonry, electricity, mechanics, basic accountancy, administration and communication skills, to name but these.

The Second Phase, the Spiritual Year, should remain the same for both groups of candidates, helping them to discern further in which way they feel God is calling them to be a missionary. Now, what about the Fourth Phase? Care should be taken that Brothers, though staying with their clerical colleagues, are offered a relevant programme of two-three years, possibly leading up to a diploma in Missiology or Social Ministry. If judged appropriate, there could still be a short period after their Oath to round off their Formation, so that they can be launched into full-fledged missionary activities, relevant to their own charism and vocation.

above reflections, though fairly rudimentary, are offered to engender further debate and reflections in the Society (also in view of the 2010 Chapter) and to eliminate radically the current lethargy regarding Brothers in our Society, manifest in the almost total lack of clear policies and activity and even, sadly, of concern for this lofty vocation. It is my fervent hope that the Society will creatively and courageously find ways and means to foster both forms of being a 21st century Missionary, the Brother vocation and the Priestly vocation, and give both of them equal status and opportunities, not just in theory but in practice!

André Schaminée, M.Afr.

From Petit Echo n° 1000 2009/6