SOUDAN KENYA

GUÉRIR
LES GUÉRISSEURS

par P. Ludwig Peschen, M.Afr.
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HEALING THE HEALERS
Un programme de la Conférence des
évêques catholiques du Soudan
P. O. Box 66404, 00800
Nairobi, Kenya
Tél :** 254 020 3869957/58
Fax : ** 254 020 3873956
healers@clubinternetk.com
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Le programme Guérir les guérisseurs (HTH, Healing the Healers en anglais) a été mis sur pied en 2001 avec comme but premier de fournir une aide au personnel de l’Église et aux laïcs soudanais. Les traumatismes vécus par la plupart agents pastoraux, évêques, prêtres, frères, religieuses et laïcs, a conduit, dans certains cas, à des crises, des échecs et des dépressions. Cette expérience se reflète dans l’environnement social et les activités pastorales par une diminution de la qualité du service. Le Sud Soudan a été particulièrement affecté par la guerre et la violence continuelle.

Le programme HTH essaie d’offrir un espoir aux agents pastoraux. Depuis le début, un total de 69 prêtres, frères, religieuses et catéchistes en ont bénéficié pour rebâtir leur vie. Dans la phase initiale du projet, quelque 220 agents pastoraux et laïcs ont été formés aux techniques de thérapie, plusieurs d’entre eux au Soudan même.

Activités en cours
Au cœur du programme : un renouveau holistique pour toutes ces personnes. Une approche psychothérapeutique, spirituelle et médicale pour apprendre à gérer les traumatismes et leurs effets. En 2005, le retrait de Missio, organisme fondateur du projet, a fait fondre le nombre des participants au programme. L’année 2005-2006 en a reçu 16 : un évêque, neuf prêtres, un diacre, trois religieuses, un frère et un laïc. C’est alors que nous avons adopté une approche différente : les évêques devaient participer à la levée de fonds pour leur personnel diocésain qui avait besoin de traitement ou de formation continue. Nous voulions ainsi assurer la continuité de la réhabilitation pour des agents pastoraux. Une stratégie couronnée de succès.

Le programme a non seulement facilité le traitement et le renouveau holistique des candidats mais, en collaboration avec la Communauté Pedro Arrupe et le Centre spirituel de Mwangaza, a également assuré le renouveau spirituel des candidats, une partie essentielle du programme. Le P. Ed Brady s.j., nouveau membre de HTH, nous a apporté une aide précieuse. De plus, pour certains participants, nous avons mis sur pied un programme à la carte, suite aux propositions des évêques et selon les besoins individuels.

Formation à l’accompagnement
Ce programme vise à équiper les participants des techniques de base d’accompagnement et du traitement des traumatismes pour leur permettre de donner les services psychologiques nécessaires aux agents pastoraux et aux laïcs individuellement ou en communauté. En février 2006, le projet pilote d’un Certificat en accompagnement psycho-traumatique a démarré dans le diocèse de Rumbek, en collaboration avec l’Institut d’accompagnement professionnel du Kenya (KIPC) et Cordaid comme partenaire financier principal, ensemble avec Aktion Canchanabury (Allemagne). L’Université méthodiste du Kenya à Meru reconnaît ce Certificat.

Objectif principal
Sensibiliser les agents pastoraux, les laïcs et le public en général au psycho traumatisme et à ses effets et proposer les interventions de base nécessaires pour tenir compte et/ou réduire les réactions de stress. À cet effet, un séminaire s’est tenu pendant l’assemblée générale annuelle, du 13 au 18 février 2006, dans le diocèse de Rumbek au sud Soudan. On a invité des responsables de 12 paroisses, le personnel médical et scolaire des écoles paroissiales, pour un total de 27 participants.

Étaient présents sur place des accompagnateurs semi-professionnels en traumatismes et conflits possédant les éléments de base nécessaires pour assister les personnes et les communautés traumatisées par la guerre, les aidant à briser le cercle de la haine et de la violence. En deux blocs séparés de deux semaines, nous avons donné le cours du Certificat en accompagnement psycho traumatique.

Le premier bloc s’est tenu du 26 mars au 8 avril 2006 avec 17 participants de divers horizons sociaux et professionnels. Le deuxième, du 21 mai au 3 juin 2006, avec 13 participants puisque quatre du premier groupe ne purent poursuivre. Dans les deux cas, ils étaient assistés de deux facilitateurs du HTH et un autre de l’Institut d’accompagnement professionnel du Kenya (KIPC).
Ces trois professionnels assurèrent également deux séminaires de suivi du 31 juillet au 4 août et du 25 au 30 septembre pour traiter divers points soulevés par les accompagnateurs professionnels au cours du processus d’implantation. On porta attention à la famille et à la santé mentale des enfants.


Ludwig, une religieuse et des jeunes de la Rainbow community (La communauté Arc-en-ciel). ‘Les jeunes ont besoin d’un cadre de vie, avec des règles.’

Un projet pilote
Des expériences ci-haut mentionnées, nous avons beaucoup appris sur les possibilités d’intervention dans d’autres diocèses du Soudan. Après le deuxième bloc de séminaire, le HTH a ouvert un Centre d’accompagnement à Rumbek et a engagé M. Samuel Dut Deng, formé sur place, comme conseiller/superviseur. Enseignant, il avait déjà obtenu en 2005 le certificat d’accompagnateur du Centre d’accompagnement Amani de Nairobi. Également diplômé de notre cours de Rumbek, il était fortement recommandé par l’évêque et le principal de l’école. Il a déjà commencé ses activités dans les écoles, les hôpitaux, auprès de divers groupes communautaires de femmes et de jeunes, se rendant même dans les paroisses du sud de Rumbek. Il vise à sensibiliser et à informer les gens sur les services d’accompagnement disponibles au Centre : il accompagne à partir de notre bureau à Rumbek, organise des réunions mensuelles de supervision pour les anciens de HTH, visite les conseillers sur le terrain pour leur fournir le matériel nécessaire, les soutenir et les aider à former des groupes de soutien, enfin, il rédige les rapports mensuels des activités du Centre.

Personnel
Les personnes suivantes font actuellement partie de l’équipe :
Mgr Caesar Mazzolari, président de HTH pour la Conférence des évêques catholiques du Soudan. Il offre au programme orientation et support constants. Son leadership fut particulièrement apprécié au cours de la difficile période de transition au cours de laquelle nous avons étendu notre action vers une population plus large, en ligne avec notre vision initiale.
Le P. Ludwig Peschen, MD, MAfr, est directeur du programme au HTH depuis 2004. Au Burundi, il avait fondé Nouvelle espérance, le premier service d’Église de lutte contre le sida.
Mme Rose M. Kasina, psychologue, coordonne le projet et fait partie du personnel formateur. Elle s’est jointe au projet en mars 2006.
Le P. Ed Brady s.j. est surtout en charge du bien-être spirituel des prêtres et des religieux qui participent au programme. Depuis huit ans, il est affilié au grand séminaire St-Paul de Khartoum comme coordonnateur spirituel.
M. James K. Karaimu, administrateur et comptable, a rejoint le programme en avril 2006, après plusieurs années d’expérience dans ce domaine auprès des ONG. Il est titulaire d’un baccalauréat en économie et en sociologie. Possédant également un certificat en accompagnement, il se prépare pour un diplôme en administration.
M. Samuel Dut Deng, professeur et catéchiste, est maintenant conseiller et superviseur à Rumbek.
Situation financière

Au début, l’administration de HTH était assurée par Missio qui fournissait une partie du budget d’ensemble du programme de guérison des traumatismes pour les prêtres. Cependant, après son retrait, il a fallu chercher du financement ailleurs. En octobre 2005, HTH a sollicité Église en détresse qui a généreusement offert une subvention pour l’année financière en cours. Ainsi, nous avons pu survivre et faire avancer les projets ci-haut mentionnés dont les budgets ne couvraient cependant pas les frais d’administration. Le projet pilote, Certificat en accompagnement psycho-traumatique, a été financé par Cordaid et par Aktion Canchanabury. Au cours de l’année 2006, HTH a reçu un total de plus de cent mille euros de divers donateurs dont les Missionnaires d’Afrique.

Bureau à Nairobi
En octobre 2002, HTH a mis sur pied un bureau à Kileleshwa, Nairobi. Il permet de subvenir à certains besoins spécifiques du processus de guérison. En juillet 2006, il fut transféré à Ndemi Road, dans le voisinage de Kilimani, toujours à Nairobi. En plus de coûts réduits, il est plus accessible, plus spacieux et plus stratégique pour la collaboration et le partenariat avec d’autres organismes.


Ludwig et quelques collaborateurs de HTH lors d’une mission au sud du Soudan. Derrière, au milieu de nulle part, un village de personnes déplacées par les guerres et les rebellions qui ont traumatisé le sud du Soudan.

Le futur
À Nairobi, nous continuerons à recevoir individuellement le personnel d’Église pour la guérison des traumatismes, chaque fois que les évêques nous demanderont ce service. Ces activités devront être planifiées, mises en œuvre et budgétisées individuellement pour chaque participant. En 2007, suite à la requête des évêques et en vue de fournir des services adéquats et substantiels, le HTH a planifié un cours en vue du Certificat en accompagnement psychotraumatique dans divers diocèses du Soudan, semblable à celui de Rumbek. Pour 2007, les diocèses d’El Obeid, Yei, Rumbek (poursuite du travail commencé), Tombura Yambio, Torit et Wau nous ont approchés. A partir de janvier 2007, le diocèse de Rottenburg/Stuttgart s’est engagé à fournir les fonds nécessaires pour le diocèse d’El Obeid.
Lors de leur rencontre annuelle de juillet 2006, les évêques soudanais ont demandé à HTH d’organiser une formation de croissance personnelle par la connaissance de soi et en techniques de base d’accompagnement pour leurs séminaristes en philosophie et en théologie à Khartoum. Ce programme a pour nom : Croissance personnelle pour les séminaristes soudanais.

Lors de nos diverses visites au Soudan, nous avons évalué les demandes et les besoins pour la connaissance des techniques de base d’écoute et d’accompagnement, non seulement pour les personnes traumatisées mais aussi pour divers groupes cibles de la population. Ce serait là une contribution au retour de la paix et à sa consolidation dans le pays. Nous pensons ici au personnel médical, aux officiers de prisons, aux soldats, aux responsables de groupes de femmes ou de jeunes, aux catéchistes et tout autre groupe qui aurait besoin d’assistance.

En ligne avec les grandes orientations du synode, L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, nous sommes conscients d’un besoin général croissant d’éducation au pardon, à la réconciliation et à la paix, particulièrement au Soudan où nous avons plus d’expérience. Parfois, on peut avoir l’impression qu’à la fin d’une guerre, les divers groupes ethniques se cherchent d’autres ennemis à combattre. Dans nos sessions de formation de la base au Soudan, nous avons entendu parler de bien des problèmes de cette sorte et nous incluons des éléments d’éducation à la paix dans notre programme. En novembre 2006, les diocèses de Tombura Yambio et de Rumbek ont commencé à inviter des chefs nilotiques et bantu pour discuter ensemble de problèmes communs et chercher des solutions. Nous voulons également offrir une contribution à leurs objectifs futurs.

Éducation à la paix par le sport
L’expérience du Centre de jeunes Xavériens de Kamenge et de Bujumbura montre l’efficacité de promouvoir le sport comme éducation à la paix, particulièrement pour les jeunes de divers groupes ethniques en conflit. Les activités sportives abattent les préjugés et les antagonismes entre individus et aident les participants à cultiver respect et amitié dans une interaction pacifique. En 2002, en reconnaissance de ses activités, le Centre des jeunes de Kamenge s’est vu attribué le Right Livelihood Award, également connu sous le nom de Prix Nobel alternatif.
Suite à nos diverses expériences au Sud Soudan, nous espérons voir le sport jouer un rôle semblable. Les requêtes sont nombreuses pour des équipements sportifs et pour des programmes. Les jeunes ont besoin de cadre, de normes et de règles pour s’occuper et se mesurer de façon pacifique, au lieu de traîner oisifs pour en arriver à jouer avec des fusils et se battre.

Service communautaire volontaire
Le même Centre de Kamenge se rendit compte que le service communautaire volontaire était en mesure de produire des résultats positifs dans l’édification à la paix en impliquant des jeunes de diverses communautés ethniques hostiles. Depuis 50 ans, ce service a montré son efficacité pour la paix en divers endroits d’Europe et d’Asie du sud. HTH veut étudier dans son projet pilote de Rumbek l’efficacité d’un tel programme pour la réduction des traumatismes au niveau de la jeune population locale. Le fait d’unir les gens dans le travail manuel pour un projet commun est souvent appelé théologie de la transpiration. En travaillant ensemble, les préjugés s’estompent, les qualités réciproques apparaissent et l’image de Dieu ressort en chacun.

Endroit futur pour le bureau de HTH
Nous remarquons que plusieurs ONG et organismes quittent Nairobi pour le sud Soudan. Nous nous demandons si nous ne devons pas en faire autant.
Le premier problème tient à la difficulté d’obtenir des visas pour le Nord Soudan. La bonne volonté et l’appui des évêques n’ont pas servi à grand chose. La saison des pluies limite énormément les possibilités de transport. Puisque nos groupes cibles touchent les professeurs, nous devons faire coïncider nos sessions avec l’année scolaire.

Observations personnelles
L’année 2006 a été l’occasion d’une nouvelle dynamique pour HTH. Nous avons essayé de combiner la vocation initiale de HTH de guérison du personnel d’Église avec de nouveaux défis à l’intention de la population locale, suite au désir de la Conférence épiscopale réunie à Namugongo en 2005 et à Juba en 2006.

Des gens de tous les milieux sociaux et de tous les groupes sont représentés. Notre champ d’action a ainsi été élargi comme jamais auparavant et nous espérons le faire encore davantage.
Pour mener à bien toutes ces tâches, nous avons dû renforcer notre travail en équipe. Chacun partage son expérience propre. En plus de l’équipe nouvelle, toute l’organisation de HTH a dû être modifiée, avec de nouvelles priorités, de nouveaux partenaires financiers et même un nouveau bureau à Kilimani.
Nous avons une vocation merveilleuse : « Bénis les artisans de paix ! Ils seront appelés fils et filles de Dieu » Matthieu 5, 9.

Ludwig Peschen, MD, MAfr
Directeur de programme HTH