Missionnaires d'Afrique
Srs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique
Tandale, Tanzanie
Un même monde et
une même vision
Une route moins fréquentée
Lorsquil nous a été demandé d'écrire ensemble un article sur la collaboration M.Afr - Smnda, nous n'avons pas hésité à répondre. Nous y étions tous préparés, mais, en même temps, nous avons pensé que loccasion était propice non seulement pour raconter de belles histoires concernant notre collaboration, mais également pour faire ensemble une évaluation approfondie et sincère de notre travail. Pour ce faire, nous avons pris ce quil conviendrait dappeler la "route la moins fréquentée". Consacrant une journée entière, loin de nos activités quotidiennes, nous avons réfléchi en tant que communautés, partagé ouvertement et en vérité. Ce qui suit est le fruit de cette mise en commun que nous tenons à vous présenter.
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De g. à d. : Maria del Carmen Ocon, Yago Abelado, Jocelyne Morin (provinciale dAfrique)
et Vickness Muleya Nangogo.
Lhistorique de notre collaboration
Tout a commencé au début de 2005. La paroisse de Tandale (Saint Charles Lwanga) apparaît comme une nouvelle réalité. La paroisse est située dans un contexte missionnaire duswahilini, de ghetto, marqué par la pauvreté et une majorité de la population à prédominance musulmane. Nous avons connu des débuts très difficiles à tous points de vue, mais notre collaboration était spontanée, guidée par les besoins et les exigences de la population. Pendant deux ans, la communauté MAfr a vécu au milieu de l'ushwahilini, dans une maison louée aux musulmans. Quant aux Smnda, elles faisaient des navettes quotidiennes pour atteindre Tandale. Rien nétait vraiment organisé entre nous, chacun devait chercher où aider. Toutefois, nous étions tous animés dune même compréhension naturelle de développer les services sociaux dans le cadre de notre ministère paroissial. Parmi les premiers projets entrepris, citons les cours d'alphabétisation, une bibliothèque, une école de couture, les cours danglais, un orphelinat.
Avec lajout progressif dautres projets, tels le PAM, linformatique, une école maternelle, le Centre prit le nom de TASODEC (Tandale Social Development Centre). Nous avons élargi graduellement notre champ de partage à d'autres activités pastorales plus liées au ministère traditionnel paroissial. Tous les jours, pendant deux ans, nous avons partagé les repas ensemble, et nous nous sommes entraidés pour répondre à la demande locale. Avec les Surs vivant maintenant dans lenceinte de la paroisse, notre collaboration a été renforcée. Nous sommes conscients que nous n'avons pas encore atteint le but souhaité, mais il est vrai que nous avons franchi une étape importante en nous rapprochant les uns des autres, afin de pouvoir travailler véritablement en équipe pastorale, partageant non seulement le travail, mais aussi la vie en général. Nous organisons des réunions pastorales mensuelles et, de temps en temps, des réunions de famille dans l'une ou lautre communauté, ou ailleurs. Chaque jour, nous nous retrouvons pour partager nos expériences sur le travail ou autre sujet.
Être heureux dans un univers de différences
Dans tout cela, nous vivons certainement des moments de joie, de tristesse et de frustration. Nous rencontrons des défis qui, une fois résolus, deviennent des possibilités de croissance individuelle et communautaire comme frères et surs. Dautre part, nous reconnaissons nos différences, celles d'être des hommes et des femmes, des Prêtres, des Surs et des Frères, davoir suivi une formation différente, de cultures et de personnalités différentes. Loin de constituer des barrières entre nous, ces différences sont acceptées comme complémentaires dans le travail de chacun. Avec joie, nous nous soutenons mutuellement en nous épaulant les uns les autres, en apprenant de l'autre et en admirant les dons de l'autre.
Pour nos deux communautés, le soutien reçu de nos Provinciaux et des membres de nos Conseils généraux respectifs a également été une source de joie et d'encouragement. Leurs visites ici à Tandale nous ont rassurés qu'ils croient en ce que nous faisons ensemble, quils ont vu les besoins des gens que nous servons, et savent que nous répondons à ces besoins, conformément à notre charisme missionnaire.
Se sentir à laise dans un univers de difficultés
En tant quêtres humains se côtoyant, il arrive parfois des malentendus, suite à un manque de communication. On peut ne pas toujours comprendre les motivations derrière les actes de lautre, et cela peut engendrer un blocage dans la relation. Après avoir identifié ensemble les moments concrets où cela pouvait se produire, nous avons jugé utile d'améliorer nos façons de communiquer, principalement sur des questions relatives à nos différents apostolats. Nous croyons quil est impératif de se sentir à laise les uns avec les autres, afin de pouvoir se dire mutuellement ce que nous sentons et pensons, sans crainte dune possible rupture dans la relation. Exercée avec humilité, cette liberté peut servir de base solide dans notre volonté commune de travailler comme une équipe pastorale soudée !
Un autre aspect auquel nous avons consacré quelque temps, cest le respect de la coresponsabilité dans les différents rôles de leadership de chacun. Nous trouvons que cest un grand défi de laisser aux autres lentière responsabilité de la tâche qui leur est confiée, sans perdre de vue que cela ne signifie pas faire ce que lon veut, ni tomber dans les pièges de lindividualisme. En fin de compte, cela nous ramène au moi faisant partie d'une plus grande équipe au service d'une paroisse. Dans notre contexte concret, nous nous sommes rendu compte de la nécessité d'aider la communauté chrétienne tanzanienne à décentraliser son interprétation hiérarchique du leadership.
Cheminer dans un monde de préjugés
Nous aurions pu arrêter ici le parcours de notre collaboration mutuelle, mais nous n'étions pas entièrement satisfaits. Il nous semble, en effet, que quelque chose pollue l'air que nous, M.Afr et Smnda, respirons, et est transmis de génération en génération. Souvent, ce quelque chose semble être un véritable obstacle à notre collaboration, quel que soit lendroit où nous nous trouvons. Doù la question : comment nous percevons-nous, Smnda et M.Afr, et vice versa ? Dans nos réponses, il sest avéré qu'en effet, nous travaillons et essayons de faire beaucoup de choses ensemble, mais en réalité, nous vivons dans un monde de préjugés les uns à légard des autres. Ceux-ci sont généralement exprimés sous forme de généralisations par ceux qui ont peu d'expérience personnelle de travail en commun. On lâche des commentaires et des remarques traduisant des sentiments de prépotence, voire de complexe de supériorité ou d'infériorité. Il paraît que nous savons tout sur eux, les Smnda ou les M.Afr, alors quoi dautre ?
Si nous, missionnaires, sommes appelés à être des hommes et des femmes qui apportent aux autres la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, l'homme qui, au nom de Dieu, a aboli toutes les barrières et tous les préjugés entre les humains, et nous a partagé un seul pain à la table où tous peuvent s'asseoir, nous devrions apprendre à nous regarder comme frères et surs, avec des yeux différents. Nous pourrions être agréablement surpris par la découverte de lautre !
Notre vision commune
Nous partageons un lien commun très fort. Nous ne partageons pas uniquement le même fondateur, le cardinal Lavigerie, mais ce qui est encore plus important, la vision qu'il avait de la mission et son amour pour l'Afrique et le peuple africain. De toutes ses forces, il désirait être un homme pour tous, sans distinction aucune. Ne sommes-nous pas, ses fils et ses filles d'aujourd'hui, disposés à suivre ses traces ? En tout cas, nous, les M.Afr et Smnda de Tandale, voulons en faire une réalité !
Pour la Communauté des Smnda :
Maria Carmen et Vickness N. Muleya.
Pour la Communauté des M.Afr :
Yago Abeledo, Deogratias Ngowi, Binu Jose,
Jean-Noël Baraka et Julian Kennedy.
Tiré du Petit Echo N° 1011 2010/5
Missionaries of Africa
Missionary Sisters of Our Lady of Africa
Tandale, Tanzania
One United World
and Vision
The Road Less Travelled
When we received the invitation to write an article together about our cooperation as MAFR and MSOLA, we did not hesitate to respond. We were all ready for it, but at the same time we thought that this was a good occasion not just to say nice things concerning our cooperation, but to make a deep and sincere evaluation of our work together. By so doing, we took what we could call the road less travelled. We gave ourselves time to reflect as communities and we withdrew ourselves from our daily activities to take a full day off for sharing openly and truthfully. We still came together to approve what we wanted to present to you all.
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L.-r.: Maria del Carmen Ocon, Yago Abelado, Jocelyne Morin (Provincial for Africa)
and Vickness Muleya Nangogo.
Our History of Cooperation
First of all we would like to offer you a short insight into the history of our cooperation. How did it all begin? In early 2005, Tandale Parish, (St. Charles Lwanga) emerged as a new reality. The parish is placed in a real missionary setting, a context of local Swahili language and customs, marked by poverty and a majority Muslim population. The beginning was very demanding in all aspects, our cooperation was spontaneous, shaped by the needs and demands of the people.The MAFR community lived for two years in a house rented from a Muslim in the middle of the local Swahili scene. MSOLA Sisters travelled daily in daladala (town minibuses) to reach Tandale. Nothing was really organised among us, except for a freely offered Where can I help?
We had a natural, shared understanding of developing the social services as part of our parish ministry. The first projects initiated were adult literacy classes, a library, English classes, a tailoring school, an orphanage . Eventually, it became to be known as TASODEC (Tandale Social Development Centre) as we kept including new projects like WFP, Computer School, and Nursery School Slowly, we also began sharing in other pastoral activities more related to traditional parish ministry. For two years, we shared daily meals together; we helped one another with the demands of the environment. Gradually, our cooperation began to take on other aspects and forms as the Sisters came to live in the parish compound.
We are conscious that we have not yet reached the point at which we would like to be, but the reality is that we have taken important steps to come closer to one another, aiming at working as a real pastoral team, that shares not only work, but life in a broader sense. We see the need to have monthly pastoral meetings and every now and then we try to have a social gathering in one of the two houses or elsewhere. We have personal encounters and sharing on a daily basis related to work or other matters.
Enjoying a World of Differences
In all these instances, we certainly find moments of joy, sorrow and frustration. We also encounter some challenges, which, properly addressed, are possibilities of growth for each one personally and for all of us as brothers and sisters.
We acknowledge our differences through being men and women - Fathers, Sisters and Fraters, though each having a different formation, culture and personality. However, we all experience great joy, whenever we do not erect these differences as barriers between us, but as a feature complementing each others efforts. We then rejoice in supporting and helping one another, in learning from one another or simply admiring one anothers talents.
For both communities, the support given to us by our Provincials and members of the General Councils has also been a source of joy and encouragement. Their presence through visits here in Tandale gave us the confirmation that they believe in what we do together. They have seen the needs of the people whom we serve and they have trusted that what we are doing is responding to their needs and is very much in line with our missionary charism.
Feeling at Home in a World of Difficulties
As we are human beings interacting together, there are moments when we experience misunderstandings, often due to a lack of communication. It can become difficult to understand the motivations of the others actions and it can create a blockage in relationships. While examining this together on specific occasions, we saw the need to improve our ways of communicating with one another, mainly in matters that affect our respective apostolic activities. We saw the importance of feeling at home with one another to be able to tell each other how we feel and what we think, without fearing a possible break in the relationship. Used in a humble manner, this freedom can be a very healthy foundation for our desire to work as a real pastoral team!
Another aspect to which we have dedicated some time is the issue of respecting co-responsibility in the different leadership roles we play. We find a great challenge in leaving the other fully responsible for the task entrusted, without losing the perspective that this does not mean doing what I want or falling into individualistic traps. At the end of it all, we come back to me being part of a larger team at the service of a parish. In our specific context, we realised the need to help the Tanzanian Christian community to decentralise their hierarchical understanding of leadership.
Journeying in a World of Prejudices
We could have just finished the journey of our collaboration at that point, but we were not yet completely satisfied, because we all perceive that there is something hanging in the air we breathe as MAFR and MSOLA that is being transmitted from generation to generation. This something seems to be often a real obstacle to our collaboration wherever we are. That is why we question ourselves on how we perceive one another, MSOLA to MAFR and vice versa.
In the answers we gave, we could finally point out that indeed, we work together, we try to do many things together, but within we live in a world of prejudices towards each other. These are expressed in forms of generalisations, by those who have little personal experience of working together. They come across in comments and remarks that are full of feelings of superior or inferior power complexes. It is like we know all about them, either the MSOLA or the MAFR, so what else?
If we as missionaries are called to be men and women who bring the Good News of Jesus Christ to others - the one who in Gods name broke down all barriers and prejudices among human beings and offered us the One Bread at a table where all can sit - we may have to learn how to look at each other differently, as brothers and sisters. We may be pleasantly surprised at the discoveries we can make about one another!
Our Common Vision
We share a very strong common bond and it is not only the same Founder, Cardinal Lavigerie, but what is still more important, the vision of mission he had and his love for Africa and the African people. He also strongly desired to be a man for ALL, without distinction of any kind. Are we, his sons and daughters of today, not ready to follow in his footsteps? We the MAFR and MSOLA of Tandale want to make it a reality!
Msola Community:
Maria Carmen Ocon and Vickness N. Muleya.
MAFR Community:
Yago Abeledo, Deogratias Ngowi,
Binu Jose, Jean-Noel Baraka and Julian KennedyFrom Petit Echo n° 1011 2010/5