Missionnaires d'Afrique
Afrique du Sud

Réal Doucet, M.Afr.

La mission telle que je la vois aujourd’hui

Quand je tourne mon regard vers le passé, depuis mon entrée dans notre petite Société jusqu’à maintenant, je vois un fil conducteur qui a unifié toute ma vie missionnaire dans les différents services qui m’ont été demandés d’offrir pour la gloire de Dieu et son Règne. Je crois que je n’ai eu jusqu’à date qu’une seule mission, mais plusieurs apostolats, pour ne pas dire plusieurs vocations, que ce soit en Afrique de l’Est, en Afrique de l’Ouest, en Amérique ou maintenant en Afrique du Sud. ‘J’ai roulé ma bosse’, comme dit le dicton, mais je ne l’ai pas seulement roulée. Derrière toute cette mobilité, tant physique (cinq pays où j’ai œuvré plus de 2 ans) que pastorale ( travail en paroisse, animation vocationnelle, formation des candidats, enseignant, prédicateur de retraite, etc.), je me suis toujours reconnu comme étant à l’intérieur de ‘ma mission’, comme Missionnaire d’Afrique.

Je suis entré chez les Pères Blancs, comme on les appelait dans le temps, à cause de mon attraction pour l’Afrique et la vie en communautés internationales. Le jour de mon ordination, ou plutôt lors de ma première messe comme célébrant principal, je partageais avec les personnes qui étaient présentes ma conviction que j’étais appelé à témoigner de l’Amour de Dieu en Jésus Christ pour tous les êtres humains, spécialement pour ceux et celles qui habitaient le continent africain.


Regard vers l’avenir : Evans Chama, au bord du fleuve Niger, à Gao, Mali, lors de son stage. Il termine présentement ses études à Jérusalem.

C’est surtout par l’usage de la parole que j’ai vécu ‘ma mission’ au fil des jours. Au début de la quarantaine, Jn 10,10 (« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et la vie en abondance ») a pris de plus en plus d’importance et la béatitude de la miséricorde a donné une teinte précise à ma qualité de présence dans les milieux de travail qui se sont présentés au cours des ans. Bref, mon intuition première au début de ma prêtrise s’est accentuée et maintenant que j’ai franchi le cap des 60 ans, je ne crois pas que cette mission va changer, que je dédie ou non plus de temps dans le domaine de JPIC ou du dialogue interreligieux, en pastorale hospitalière, en paroisse, ou dans une maison de formation.

Quand je prends le temps de regarder la vie de mes confrères, surtout ceux avec qui j’ai développé plus de liens pour avoir vécu sous le même toit et travaillé ensemble, je vois que plusieurs sont aussi passés par une mobilité physique et pastorale impressionnante, mais eux aussi sont demeurés ce qu’ils étaient, il y a une trentaine d’années environ. Sans doute, certains aspects de leur personnalité se sont accentués et ils sont devenus plus signes de la présence de Dieu parmi son peuple, des signes vivants que notre Dieu, le Dieu de Jésus Christ, est toujours actif parmi nous.
Ne serait-ce pas cela notre mission : être ce que l’on est, devenir davantage ce que l’on est, afin que le Seigneur se fasse présent dans le milieu où chacun respire ? Thomas H. Green écrivait que le purgatoire était le travail de purification que le Seigneur lui-même faisait en nous, pour nous rendre capables de le voir face à face. Plus il nous purifie, plus il peut se faire présent à travers nous, plus il peut se servir de nous pour toucher le cœur de ceux et celles qu’il veut toucher.

Je vois certains d’entre nous doués pour la réconciliation et le dialogue : de vrais hommes de paix ! J’en vois d’autres doués pour l’expression de la Vérité : de vrais enseignants et prédicateurs ! J’en vois d’autres doués pour les œuvres de charité, proches des pauvres, des sans-abri : de vrais saint Vincent de Paul ! J’en vois d’autres pour qui la beauté dans le chant, la peinture, les écrits en font de vrais saint Bénédict et Michael Ange ! Et chacun s’inspire de textes bibliques pour donner une teinte spéciale à ce qui unifie sa vie. Ce qui fait une différence, c’est, je crois, leur qualité de présence, que ce soit envers eux-mêmes, envers Dieu ou envers les autres et la création.

Il m’est difficile de dire aux jeunes en formation initiale que ‘notre mission comme Missionnaires d’Afrique’ s’exprime mieux dans un champ précis, comme le dialogue interreligieux ou JPIC, et moins dans la pastorale paroissiale. Par contre, je peux dire que sans doute, pour encore quelque temps, le service que nous pouvons offrir au monde comme Missionnaires d’Afrique s’exprime aisément quand nous travaillons dans ces domaines. Dans dix ou vingt ans d’ici, il est possible que notre service comme Missionnaires d’Afrique se concentre davantage dans une aide plus spirituelle où nous aurons à aider les personnes qui nous entourent à discerner davantage la présence de Dieu dans leur vie, leur milieu et leur histoire.

Ce qui demeurera toujours, c’est cet appel à témoigner, par ce que nous sommes, que Christ est bien vivant et qu’il est apparu à nos sœurs et frères du monde africain.

Le reste est bien relatif et je crois que nous aurions tort de vouloir définir trop spécifiquement les champs d’apostolat pour un futur éloigné.

Bien sûr, quelques caractéristiques du missionnaire d’aujourd’hui et de demain ressortent à cause du contexte actuel : pour vivre notre mission aujourd’hui, nous avons besoin d’hommes de foi, d’hommes d’espérance, d’hommes imprégnés de l’Amour divin en eux, capables de mobilité, de souplesse et de créativité, convaincus qu’ils n’ont que peu de temps dans un endroit précis pour témoigner et laisser passer le Christ à travers eux.

Le Chapitre de l’an prochain nous aidera sûrement à donner une dimension prophétique à notre Société missionnaire qui est encore appelée à aller au-delà de ses frontières actuelles.

Réal Doucet, M.Afr.


Tiré du Petit Echo N° 1005 2009/9

 

 


 

Missionaries of Africa
South Africa

Réal Doucet, M.Afr.


Mission as I see it today

When I look back since my entry into our little Society, I see a connecting thread for my entire missionary life in the various services I have been asked to give for the glory of God and His Reign. I believe that until now I have had only one mission, but several apostolates, not to say several vocations, either in East Africa, West Africa, America or now in South Africa. As the saying goes, ‘I’ve been around a bit,’ although not aimlessly. Behind all this mobility (five countries where I worked over two years), as well as pastoral activity (parish, vocation, Formation, teaching, retreat preaching, etc.,) I have always acknowledged being within ‘my mission’ as a Missionary of Africa.

I joined the White Fathers, as it was known at the time, because of my attraction for Africa and international community life. On my ordination day, or rather at my First Mass as Main Celebrant, I shared my conviction with the people attending that I was called to bear witness to the Love of God in JC for all human beings, especially for those who live on the African continent. I lived ‘my mission’ on a daily basis principally by word of mouth.


Looking to the future: Evans Chama on the banks of the River Niger at Gao, Mali, during his apostolic practice. Currently, he is finishing his studies at Jerusalem.

In my early 40s, John 10:10 (I have come so that they may have life and have it to the full) took on greater importance and the Beatitude of mercy gave a distinct tone to the quality of my presence in the working environments that came up over the years. In short, my initial intuition at the start of my priesthood was accentuated and now that I have turned 60, I doubt if this mission is going to change, whether or not I give more or less time to JPIC, interreligious dialogue, hospital or parish ministry, or presence in a Formation House…

When I take the time to look at the lives of my confreres, especially those with whom I developed stronger bonds - having lived under the same roof and worked together with them - I see that several of them have also come through an impressive mobility and pastoral variety; however, they have also remained what they were about thirty years ago.

Undoubtedly, some aspects of their personalities have been accentuated and increasingly, they have become signs of the Presence of God among his people, living signs that our God, the God of Jesus Christ, is still active among us. Is that not our Mission – to be who we are, to become more what we are, so that the Lord may render himself present in the context of life in which they live and breathe? Thomas H. Green wrote that purgatory was a purification the Lord himself performed on us to make us capable of seeing him face-to-face. The more he purifies us, the more he can render himself present through us, the more he can use us to reach the hearts of those he wishes to touch.

I see certain people among us are gifted for reconciliation and dialogue, true men of peace! I see others gifted for imparting the Truth, real teachers and preachers! I see others gifted for works of charity, close to the poor, the homeless, real St Vincent de Pauls! I see others for whom the beauty of song, paintings and writings make them real St Benedicts and Michaelangelos! Each one of them is inspired by biblical texts to lend a special hue to what unifies their lives. What makes the difference, I think, is the quality of their presence, towards themselves, God, others or creation.

It is hard to tell young men in Initial Formation that ‘our mission as Missionaries of Africa’ is better expressed in one given area such as interreligious dialogue or JPIC than in parish work. By contrast, I can say without doubt that for some time the service we are able to offer the world as Missionaries of Africa is easily put across when we work in those areas. In ten or twenty years from now, our service as Missionaries of Africa may be more centred on more spiritual areas, where we will be helping people around us to discern better the presence of God in their lives, their surroundings and their history. What will remain is this call to bear testimony in what we are - that Christ is truly alive and that he has appeared to our sisters and brothers in the African world. The rest is quite relative and I believe that we would be wrong to seek to define too specifically the fields of our apostolate for the distant future.

Of course, some characteristics of the Missionary today and tomorrow are brought to the fore because of the current circumstances. To live our mission today, we need men of faith and hope, imbued with divine Love, capable of mobility, flexibility and creativity, convinced that they have only a short time in a specific location to bear witness and allow Christ access to others through them.

Next year’s Chapter will hopefully help us to give a prophetic dimension to our Missionary Society, still called to go beyond its current borders…

Réal Doucet, M.Afr.

From Petit Echo n° 1005 2009/9