Missionnaires d'Afrique
MalawiChristian POLEPOLE, stagiaire M.Afr.
Centre Mua Malawi
A LA REDECOUVERTE DE LA CULTURE
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Chaque année, des personnes venant de différent coins du monde viennent se réunir a Mua, au Malawi, pour différentes célébrations culturelles. Cette année, les célébrations ont eu lieu le samedi 07 août sous différents thèmes historiques. A cette occasion, on a célébré le 108e anniversaire de la présence des Missionnaires d'Afrique dans la paroisse de Mua, le 150e anniversaire de la présence du peuple Ngoni dans cette contrée du pays, le 33e anniversaire au pouvoir du chef du village Kanchamba au service de la communauté.
Dans le même contexte socio-anthropologique, la culture était alors comprise comme un ensemble comprenant la langue, les rites, les cérémonies d'initiation, les célébrations, tant celles liées à la naissance d'un enfant, au mariage, aux rites funéraires, à la manière de construire les maisons, aux danses, etc. c'est surtout ce dernier aspect qui a attiré notre attention.
En effet, par la danse, on s'attend à une sorte de mouvement cadencé selon un certain rythme et suivant une certaine mesure, traduisant, bien sûr, soit la joie comme par exemple lors de la naissance d'un enfant, lors d'un mariage quelconque, etc. ; soit au contraire la danse peut être un élément indicateur d'une atmosphère de tristesse et de douleurs lorsque par exemple on célèbre ou commémore le départ d'un être cher vers d'autres horizons.
Le peule Chewa n'en célèbre pas moins que d'autres.
Ils sont en effet pris dans le même filet. La danse chez les Chewa colore les événements joyeux autant que des événements tristes et amères.
C'est donc ce genre d'événement dont nous avons été les témoins oculaires ce samedi 07 août 2010 au centre culturel et artistique de Ku Ngoni à Mua, au Malawi, dont le père Claude Boucher, M.afr., est le responsable
Tôt le matin, des personnes venant de différents coins d'Afrique et d'ailleurs se dirigeaient vers le centre.
Journalistes, touristes, enfants et personnes âgées, classes moyennes et riches, dirigeants, chefs, religieux et religieuses, tous prenaient la même direction, celle longeant la route vers Ku Ngoni. C'est donc avec beaucoup de patience et d'attention que nous attendions de voir les miracles qui allaient se produire, comme on entendait de loin les bruits des danseurs. C'est alors que nous avons vu venir une longue file des danseurs et de célébrants se dirigeant vers le lieu soigneusement préparé la veille pour ces célébrations.Il était plus ou moins 8h30 lorsque les événements ont commencés, bien sûr, par une célébration eucharistique, présidée par le père Claude Boucher, accompagné de deux con-célébrants dont le père curé de la paroisse de Mua, le père Brenda et le père Bill Turnbull, supérieur du secteur Malawi. La célébration eucharistique était colorée par toutes les marques d'inculturation si bien que les participants étaient profondément touchés par la richesse, la beauté et la qualité des ornements. Ces ornements nous ont tous aidés à bien prier. En guise d'exemple, lors de la procession, le père Claude Boucher avait autour de sa tête, un chapeau façonné par des plumes d'oiseaux, de poules et autres volailles, mis ensemble, et cela a la manière d'une mitre. C'était la même chose pour les danseurs.
Ce qui nous émerveillait était le fait que le mixage des danseurs : enfants, adultes, personnes d'un certain âge, femmes et hommes concordait harmonieusement.
Les hommes comme les femmes étaient à moitié habillés. Cependant, les femmes avaient couvert les parties corporelles sensibles pouvant amener l'attention des spectateurs à d'autres pensées. Curieusement, personne ne semblait fatiguer ni manifester un état de dégoût.
Il y a eu plusieurs types de danses telles que les 'chisamba', 'ntheko', 'mimba 'exécutées par les femmes de Kafulama. Certaines d'entres-elles faisaient directement référence à un type d'événement comme le 'henga' et le 'masafu' ( ceremonies référant à l'union nuptiale), et d'autres faisant référence à la manière de faire taire l'enfant lorsque il pleure, à la chasse, aux mémoires des guerres ; d'autres danses, en plus de cela, faisaient référence à plusieurs types d'événements, et qui peuvent être exécutées selon les circonstances, telles que 'sikiri', 'ngoma', 'ingoma'. Certaines autres sont exécutées lorsque une femme arrive à terme et au moment de mettre au monde; la même danse se pratique lors des cérémonies d'initiation, peut-être des jeunes filles. Il y a eu aussi des danses que l'on exécute lorsque les cérémonies funéraires ont lieu.
Et enfin la fameuse " Gule wa Mkule " ou ' la grande danse' est apparue. C'est la danse générale qui se performe à toutes les occasions, cependant elle s'adapte aux circonstances.
Par la " Gule wa Mkule ", les Chewa croient être en communication directe avec leurs ancêtres. Ils communiquent avec eux et partagent avec eux toute forme d'événement que le peuple est en train de connaître. C'est pendant l'exécution de cette danse que les esprits des ancêtres reviennent sur terre parmi les leurs pour se réjouir ou, au contraire, pleurer avec eux. Lors de l'exécution de cette danse, on voit apparaître plusieurs formes d'êtres que toute personne non initiée ne peut comprendre : comme par exemple le train qui roule en forme de danse dans différentes directions, l'apparition des lions qui dansent sans faire de mal à personne. On voit aussi apparaître d'autres formes des bêtes à tour de rôle pour la même cause, être avec les siens, etc.
Toute question que l'on pose pour connaître davantage ces êtres mystérieux ne trouve aucune réponse, comme pour dire, 'tu veux en savoir d'avantage, alors il faut suivre le processus d'initiation.'
La foi en tout cela est si forte chez les Chewa que l'on pourrait se demander comment ils arrivent à faire la différence entre cela et le christianisme. Ayant donc été des témoins oculaires, nous avons vu que nombre de gens parmi les Chewa ont su vivre cette combinaison sans aucune difficulté ni tentation de détournement de l'un ou de l'autre. Cette danse, chez les Chewa, est considérée la plus importante. Elle couvre tous les secteurs de la vie humaine. On l'appelle autrement " Nyau dance ".
Lorsque toutes ces danses étaient en train d'être exécutées, nous avons vu, par moment, suite a une excitation incroyable causée par une extrême joie, des chefs se lever et rejoindre les danseurs au milieu des danses. Cela était regardé avec beaucoup de joie et de respect.
Certains touristes et autres spectateurs non africains qui étaient parmi nous exprimaient joyeusement leurs sentiments par rapport à cet événement, et témoignaient de la grandeur, de la beauté mais aussi de la qualité de ces manifestations. Ils émettaient en fait leur souhait de voir cela se continuer indéfiniment.
Quant à nous, ces événements ont laissé des traces indélébiles dans notre cur et dans notre esprit. Nous étions ému de voir comment ces événements, mis ensemble, grâce a l'effort de plusieurs tribus différentes, telles que les Chewa, les Ngoni, les Yao, etc. pouvaient être une nouvelle façon d'affermir davantage l'unité entre elles. Par la, nous avons vécu ce que communément on appelle 'l'unité dans les diversités' du peuple malawite.
C'est cela même qui nous a, encore une fois, aidé à comprendre de mieux en mieux pourquoi notre fondateur, le cardinal Charles Lavigerie insistait beaucoup sur la connaissance de la culture. Il aimait répéter à ses fils, que nous sommes aujourd'hui, qu'ils avaient le devoir de connaître la culture des peuples avec lesquels ils vivaient, de se faire l'un d'eux autant que cela soit possible, de manger ce qu'ils mangent, de danser et pleurer avec eux lorsque les circonstances le demandent ; et par-dessus tout, parler leur langue. En effet, c'est à ce point que nous sommes, nous même, pour le moment en apprenant la langue, le chichewa.
A travers ces célébrations, nous avons découvert une autre voie d'évangélisation par le dialogue interreligieux, la rencontre avec l'islam mais aussi la rencontre avec les religions traditionnelles africaines, car en fait, tous étaient présents, et participaient activement aux différentes activités qui prenaient place.
Pour tout dire, nous sommes reconnaissants envers les organisateurs de tout ceci. Notre message des félicitations s'adresse donc aux organisateurs et aux conservateurs du patrimoine du centre culturel et artistique de Mua, et en fait, aux Missionaries d'Afrique qui ont la charge de ce centre, Ku Ngoni. Les manifestations ont commencé autour de 8h30 et se sont clôturées vers 17h. Il y a eu environ 70 manifestations.
Par Christian POLEPOLE, stagiaire.
Voir aussi : MUA Malawi : Technologie et Tradition. Le Centre KuNgoni par Gary Morgan (Nov 2007)
Un Centre culturel pour mieux comprendre notre foiNote : Mua est proche de Lilongwe