DOSSIER FIDES

AFRIQUE : POURQUOI LES RICHES SONT-ILS PAUVRES ?


LES TRÉSORS DE L'AFRIQUE

· GAZ ET PÉTROLE EXPORTÉS DANS LE MONDE ENTIER
· LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
· UN IMMENSE POTENTIEL AGRICOLE
· LE TOURISME
· LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT PROGRESSE, MAIS PAS SUFFISAMMENT

LES CHIFFRES DE LA PAUVRETÉ

· DES CONDITIONS DE VIE À LA LIMITE DE LA SURVIE
· LANTERNE ROUGE DE LA PLANÈTE
· L'URGENCE SANITAIRE
· LE DRAME DE LA FAIM

POURQUOI LES RICHES SONT-ILS SI PAUVRES ?

· LE CERCLE VICIEUX DU SOUS-DÉVELOPPEMENT
· LE PROBLÈME DE LA DETTE EXTÉRIEURE
· L'INTERNATIONAL FINANCE FACILITY
· RÉSOUDRE LES CONFLITS OUBLIÉS

CONFRONTATION ENTRE DEUX CAS :

LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO ET L'AFRIQUE DU SUD


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DOSSIER FIDES

AFRIQUE : POURQUOI LES RICHES SONT-ILS PAUVRES ?

LES TRÉSORS DE L'AFRIQUE

Un immense trésor, fait non seulement de matières premières, mais aussi d'énergies renouvelables, eau, ressources agricoles, tourisme, main d'œuvre, grands marchés pour les investissements étrangers. C'est de l'Afrique que nous parlons : pas seulement du populeux Maghreb, mais de tout le continent, y compris l'Afrique subsahariennes. Pour une fois, essayons d'invertir la perspective : au lieu de partir de la description des maux qui affligent l'Afrique, nous allons en énumérer les richesses. Nous découvrirons que cette liste est étonnamment longue.
Fournisseur traditionnel de minerais sur le marché mondial, l'Afrique subsaharienne figure, à elle seule, au premier ou au deuxième rang mondial pour une longue série de matières premières : antimoine, bauxite, chromite, cobalt, diamants, or, manganèse, platine, titane et vanadium, dont elle détient de 23% à 89% des réserves mondiales. Si les grandes réserves minières sont situées en Afrique du Sud, il faut cependant y ajouter aussi la Guinée, riche en bauxite, la République Démocratique du Congo et la Zambie pour le cobalt, le Niger pour l'uranium, l'Angola, le Botswana, la Namibie et encore la République Démocratique du Congo pour les diamants.

gaz et pétrole exportés dans le monde entier

Le continent africain recèle en outre dans son sous-sol de 6 à 8% des réserves mondiales de charbon, gaz naturel et cuivre, et près de 20% des réserves utilisables d'uranium. L'Algérie, à elle seule, est le cinquième producteur et le quatrième exportateur mondial de gaz naturel. Mais d'autres pays d'Afrique sont également très actifs dans l'extraction et l'exportation du gaz naturel. Sur 133,2 milliards de mètres cubes de gaz produits au cours de l'année 2002 en Afrique, 80,4 provenaient d'Algérie, 22,7 d'Égypte, 17,7 du Nigeria, 5,7 de Libye et 6,7 d'autres pays. Le nouveau gazoduc d'Afrique de l'Ouest, d'une longueur de 617 km, entre Lagos au Nigeria et Takoradi au Ghana, donnera un nouvel élan à l'exploitation des gisements de gaz naturel en Afrique subsaharienne.
Quant au pétrole, 11% de la production mondiale provient d'Afrique. D'ici 2015, les États-Unis comptent importer du golf de Guinée 25% de leur pétrole brut, contre 14% actuellement. Le golf de Guinée produit actuellement 3,5 millions de barils par jour, mais il pourrait augmenter sa production jusqu'à 6 millions de barils par jour d'ici la fin de la décennie. D'après les prévisions, d'ici 2010, dans cette seule région, les réserves de pétrole s'élèveront à 80 milliards de barils.

Les énergies renouvelables

Le continent africain est très riche aussi en sources d'énergies renouvelables. À commencer par l'eau. Un tiers des grands bassins fluviaux du monde se trouvent en Afrique : le bassin du Nil, qui traverse dix pays, celui du Volta, qui en traverse 6, le Niger, partagé entre 11 pays, le lac Tchad (8 pays), le fleuve Congo (9 pays) et le Zambèze (9 pays). Il faut y ajouter de nombreuses cascades et de cours d'eau mineurs. Ces chiffres suffisent pour comprendre que ce continent a un potentiel hydroélectrique considérable, en grande partie inexploité. Seuls 8% de cette extraordinaire source d'énergie renouvelable qu'est l'eau sont en effet utilisés pour produire de l'énergie électrique. En partie parce que manquent les ouvrages nécessaires : sur les 25.400 barrages construits dans le monde, l'Afrique n'en compte que 1272.

Un immense potentiel agricole

Cet " or bleu " est très précieux aussi pour l'agriculture, autre richesse de l'Afrique. Une meilleure exploitation de l'immense bassin du Niger pour l'irrigation multiplierait les surfaces cultivables dans la région du Sahel, ce qui ferait progresser considérablement la production. Pour le seul Mali, on a calculé que la production de riz pourrait passer de 750 mille tonnes par an à plus de 4 millions de tonnes en améliorant les ouvrages d'irrigation, puisque seuls 10% des 2,2 millions d'hectares de terres agricoles sont actuellement exploités. Au Sénégal, on estime qu'il existe 400.000 hectares potentiellement irrigables. Grâce aux pluies abondantes et bien réparties au cours de l'année, le Sahel a enregistré des récoltes sans précédent pour la saison 2003-2004 : 14,3 millions de céréales, soit 31% de plus que la moyenne des cinq dernières années. Mais l'envers de la médaille de ce résultat a été un effondrement des prix des récoltes qui a mis en difficulté les cultivateurs. En Algérie, au Maroc et en Tunisie également, des récoltes sans précédent ont été enregistrées en 2003. Au Maroc, par exemple, la production de céréales s'est élevée à 81 millions de quintaux, soit 80% de plus que la moyenne des cinq dernières années.

Le tourisme

Le tourisme, si possible dans le respect des cultures et des traditions locales et de l'environnement, est une autre grande ressource de l'Afrique qui mériterait d'être exploitée de manière plus planifiée et clairvoyante, car elle permet d'attirer de grandes quantités de capitaux de l'étranger. Mais le tourisme a besoin de sécurité et de stabilité politique dans les pays intéressés et il devrait être géré autant que possible au niveau local.

Le produit intérieur brut progresse, mais pas suffisamment

Au plan macroéconomique, l'année 2004 présente de bonnes perspectives de croissance dans la région du Maghreb, à la suite des politiques fiscales appliquées en Algérie, des réformes économiques en cours au Maroc et en Tunisie, et des résultats prometteurs de la production agricole. On attend aussi à une croissance significative en Afrique occidentale et centrale, et en particulier au Nigeria, grâce à l'augmentation de la production de pétrole brut, qui est toutefois menacée par une insécurité croissante dans le Delta du Niger. En Afrique australe, le Botswana affichera probablement le meilleur taux de croissance grâce à l'augmentation de sa production minière. Dans ce pays, le revenu moyen par habitant est de 3.000 dollars, plus que ceux de l'Inde et du Maroc. La croissance devrait en revanche ralentir dans la Corne d'Afrique, où la Somalie et l'Éthiopie connaissent une situation critique, à la limite de la crise alimentaire. L'économie du Cameroun et celle de la Côte d'Ivoire sont stationnaires après la division du pays consécutive au coup d'État manqué de 2002, qui a eu des effets négatifs sur le développement.
Selon les estimations du Fonds monétaire international, le produit intérieur brut (PIB) de l'Afrique augmentera de 4,8% durant l'année 2004 (contre 3,7% en 2003). Le meilleur résultat est attendu en Angola, avec une croissance du PIB de 11,4%. Bénin, Burkina Faso, Mali, Mozambique, Sénégal, Île Maurice, Rwanda, Seychelles, Tanzanie et Ouganda devraient confirmer l'évolution positive de leur croissance économique de ces dernières années. On prévoit une croissance du PIB de 6% en Ouganda et en République Démocratique du Congo, de 6,3% en Tanzanie, de 4,4% au Cameroun, de 5% au Ghana, de 3% en Côte d'Ivoire.
Au Maghreb aussi, le PIB devrait afficher une progression, quoique plus faible qu'en 2003, avec une croissance moyenne pour toute la région de 4,8% pour l'année 2004, contre 5,7% l'année précédente. Le résultat le meilleur est attendu en Tunisie, avec une croissance du PIB de 5,8%, suivie par l'Algérie (3,8%) et le Maroc (3,4%). Malgré l'urgence alimentaire, des signaux positifs se manifestent aussi en Éthiopie (6,7%). Les problèmes politiques ne devraient pas empêcher le Soudan d'enregistrer une croissance de 6,5% de son PIB, malgré la crise humanitaire au Darfour qui pèse sur la situation économique générale du pays. Moins importante, mais toujours positive, sera la croissance économique au Kenya (2,6%), qui souffre d'une baisse du tourisme due à la crainte du terrorisme.


LES CHIFFRES DE LA PAUVRETÉ

Malgré ses nombreuses richesses en matières premières, énergie, terres cultivables et tourisme, l'Afrique reste marquée par une pauvreté dramatique. Pour faire une comparaison, la richesse produite par tout le continent africain équivaut à celle produite par les Pays-Bas. Un continent de 830 millions d'habitants produit autant de richesses qu'un pays de 20 millions de personnes.
Pourtant, la croissance économique africaine se poursuit à un rythme plus élevé que celle de l'Occident, mais pas suffisant pour permettre à la plupart des pays de ce continent d'atteindre les taux de développement établis par les " Objectifs du Millénaire " afin de vaincre la pauvreté d'ici l'an 2015. La croissance économique en Afrique subsaharienne devrait en effet augmenter de 7% par an de plus que son niveau actuel, en considérant que le taux de croissance était de 5% durant la dernière décennie.

Des conditions de vie à la limite de la survie

Pour une grande partie de la population africaine, les conditions de vie sont extrêmement précaires ; près de la moitié de la population subsaharienne vit en effet avec moins d'un dollar par jour, 450 millions de personnes n'ont pas un accès suffisant à l'eau potable, 4 enfants sur 10 ne vont pas à l'école. À ce propos, les chiffres cités par l'économiste Ferruccio Marzano, professeur d'économie du développement à la Faculté d'économie et commerce de l'Université La Sapienza de Rome sont significatifs : " Alors que le revenu réel par habitant est de 25.500 dollars dans les pays riches - observe Ferruccio Marzano - à égalité de pouvoir d'achat il est d'environ 500 dollars en l'Afrique subsaharienne (dont fait aussi partie l'Afrique du Sud) ". Cela signifie que entre les revenus européens et les revenus africains, le rapport est de 50 à 1.
" Toujours d'après les données fournies par la Banque Mondiale - dit encore l'économiste - nous constatons un niveau de pauvreté très élevé dans les pays d'Afrique subsaharienne : la pauvreté absolue (pourcentage de la population qui vit avec moins d'un dollar par jour) concerne plus de 46% des habitants, tandis que la pauvreté relative (pourcentage de la population qui vit avec moins du tiers du revenu moyen par habitant) concerne plus de 50% d'entre eux ". En réalité, toutes ces personnes et leurs familles survivent uniquement grâce à l'autoconsommation.
Un autre paramètre important indiqué par Ferruccio Marzano est l'indice du développement humain, calculé d'après les données fournies par le Programme des Nations Unies pour le Développement : " Alors que cet indice est de 0,920 pour les pays riches, il est de 0,464 dans les pays d'Afrique subsaharienne ". Cela signifie que ces pays ont un rythme de développement réel plus lent, qui équivaut à la moitié de celui des pays les plus avancés.

Lanterne rouge de la planète

L'Afrique reste à la traîne non seulement par rapport aux pays développés, mais aussi par rapport aux pays en développement. En effet, alors que les pays en développement dans leur ensemble voient augmenter le niveau de leurs exportations, celui des pays africains diminue. Le pourcentage des exportations marchandes mondiales de l'Afrique est descendu du 2,8% entre 1988 et 1990 à 2,1% dix ans plus tard, dans la période 1998-2000. Une diminution analogue a été constatée dans les importations, passées de 2,7 à 2,1%. Ce déclin contraste très nettement avec la croissance générale des exportations des pays en développement, passées de 22,7% à 28,1% dans le même temps.
En 2000, le revenu réel par habitant en Afrique subsaharienne (en excluant, cette fois, l'Afrique du Sud) était inférieur d'un tiers à celui de l'Asie du Sud, ce qui fait de cette partie de l'Afrique la région la plus pauvre de notre planète. En 1990, la production moyenne par habitant à prix constants y était inférieure à celle enregistrée trente ans plus tôt. Et dans les 15 prochaines années, on prévoit que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté la plus absolue en Afrique subsaharienne passera de 315 à 404 millions. L'aide financière internationale publique, durant ces mêmes années, est restée stationnaire ou a diminué dans de nombreux cas. En revanche, les investissements étrangers directs (IED) progressent, encouragés par les privatisations. En 1999, l'Angola et le Niger ont reçu 56% de l'ensemble des IED en Afrique pour un montant de 7,1 milliards de dollars. Les flux de capitaux vers les pays avancés, comme ceux du Mozambique, de l'Ouganda, de la Tanzanie et de l'Éthiopie ont atteint 1 milliard de dollars en 1999.

L'urgence sanitaire

Du point de vue de l'accès aux ressources primaires, plus de la moitié de la population africaine ne dispose pas d'une source d'eau potable et les 2/3 des habitants ne disposent pas d'un réseau d'assainissement adéquat. Du point de vue sanitaire, on enregistre une situation de grande urgence : l'Afrique compte aujourd'hui 80% des décès dus au sida et 90% des décès dus au paludisme. Plus de deux millions d'enfants meurent chaque année avant d'avoir atteint l'âge d'un an. Au milieu des années 1990, les pays africains dépensaient plus de 25 milliards de dollars par an pour le service de la dette contractée auprès des pays riches et 15 milliards de dollars seulement pour les frais de santé. Le coût économique, outre que social, de l'urgence sanitaire en Afrique est très élevé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que les pertes économiques dues à la diffusion du paludisme sur le continent africain s'élèvent à 2,2 milliards de dollars par an, alors qu'avec moins de la moitié de cette somme les décès causés par cette maladie pourraient être réduits de moitié.
Le sida est devenu, en l'espace de vingt ans, la première cause de mortalité en Afrique. Sur 42 millions de séropositifs dans le monde en 2002, 29,4 millions étaient des Africains, et sur 3,1 millions morts, 2,4 millions étaient des Africains. Sur 1,3 millions d'enfants malades du sida dans le monde, près d'un million sont africains. Dans seize pays d'Afrique, plus d'un adulte sur dix est séropositif. Dans sept de ces pays, au moins un adulte sur cinq vit avec le VIH. Au Botswana, par exemple, plus de 35% des adultes sont séropositifs. À Abidjan, en Côte d'Ivoire, le sida est devenu la première cause de mortalité. L'Afrique du Sud compte le nombre le plus élevé de séropositifs au monde : 5 millions de personnes.

Le drame de la faim

La situation alimentaire est, elle aussi, dramatique : 26% des Africains souffrent de la faim, et les besoins alimentaires augmentent au rythme d'au moins 3% par an en raison de la croissance démographique. Le cas du Sahel est emblématique de ce point de vue : dans cette région, qui aurait un potentiel agricole immense si elle était convenablement exploitée et irriguée, " un habitant sur deux vit en-dessous du seuil de la pauvreté, et un sur trois affronte quotidiennement les tourments de la faim et de la malnutrition ", observe Amadou Toumani Touré, président du Mali. Près de 40 millions d'Africains en Éthiopie, en Érythrée, au Sahel et en Afrique occidentale risquent de mourir de faim, avertit le Programme alimentaire mondial.
Face à cette situation difficile, l'amère constatation exprimée par les pères synodaux à l'occasion de l'Assemblée spéciale du Synode des Évêques pour l'Afrique (10 avril - 8 mai 1994), citée par Jean-Paul II dans l'Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa du 14 septembre 1995, reste d'une grande actualité : " Dans presque toutes nos nations, il y a une misère épouvantable, une mauvaise administration des rares ressources disponibles, une instabilité politique et une désorientation sociale. Le résultat est sous nos yeux : misère, guerres, désespoir. Dans un monde contrôlé par les nations riches et puissantes, l'Afrique est pratiquement devenue un appendice sans importance, souvent oublié et négligé par tous ".


POURQUOI LES RICHES SONT-ILS SI PAUVRES ?

Devant ce tableau en clair-obscur où de grandes ressources s'accompagnent d'urgences sociales et sanitaires dramatiques, il est inévitable de se demander pourquoi les habitants d'un continent aussi riche sont, dans leur grande majorité, aussi pauvres. Pendant longtemps, surtout dans l'opinion publique, deux lectures de ce phénomène se sont affrontées et ont parfois été opposées à dessein. L'une, que nous pourrions appeler positiviste et malthusienne, selon laquelle la difficulté de vaincre la pauvreté est due avant tout à la croissance démographique : d'après cette analyse, aucune croissance économique ne pourrait suffire à assurer la prospérité et le développement d'un continent qui, dans les 50 prochaines années, devrait passer de 830 millions à 1,3 milliards d'habitants. L'autre, de nature historique et politique, attribue principalement au colonialisme puis au néocolonialisme des puissances occidentales la responsabilité d'avoir exploité l'Afrique de façon égoïste, en l'empêchant de se développer et d'acquérir son autonomie. Cette deuxième clé de lecture a souvent été utilisée comme argument à opposer à l'inacceptable mécanicisme malthusien.

Le cercle vicieux du sous-développement

En réalité, ni la première, ni la deuxième analyse ne peut être considérée comme exhaustive, d'autant plus que, comme l'écrivait le Pape Jean-Paul II dans l'Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa du 14 septembre 1995 : " L'Afrique est un immense continent comportant des situations très diversifiées, et qu'on doit se garder de généraliser, autant dans l'évaluation des problèmes que dans la suggestion des solutions ". En réalité, l'absence de développement ou le développement insuffisant de l'Afrique est la conséquence d'une série d'éléments et de causes concomitantes auxquelles le Pape fait allusion dans ce même document : " l'urbanisation, la dette internationale, le commerce des armes, le problème des réfugiés et des personnes déplacées, les problèmes démographiques et les menaces qui pèsent sur la famille, l'émancipation des femmes, la propagation du SIDA, la survivance en certains lieux de la pratique de l'esclavage, l'ethnocentrisme et les oppositions tribales ".
Il faut en outre considérer que du point de vue économique, le sous-développement est un cercle vicieux qu'il est très difficile de rompre, comme l'explique l'économiste Ferruccio Marzano : " En réalité, pour qu'il y ait développement économique, il faut que deux conditions au moins se réalisent de façon stable et continue : qu'à un moment donné de l'histoire se forme un certain surplus entre le produit obtenu et le montant des biens nécessaires à la survie et à la reproduction d'une population donnée ; et qu'en outre, ce surplus soit investi de façon productive, autrement dit dans des conditions telles qu'un nouveau surplus puisse se dégager. On comprend dès lors que, lorsqu'on est pris dans le cercle vicieux du sous-développement, on ne parvient à obtenir aucun surplus à investir et, si on l'obtient dans certains circonstances particulières, on ne parvient pas à l'investir de façon productive ; il faut au contraire que se présentent et perdurent des conditions favorables qui permettent de rompre le cercle vicieux et d'entamer un cercle vertueux, pour que la situation se débloque et que le processus de développement puisse se poursuivre ".
Pour aider les pays africains à rompre ce cercle vicieux, le " nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique " (NEPAD) a été lancé : il s'agit d'un accord signé par la communauté internationale, qui prévoit une augmentation des financements en faveur du développement destinés aux pays qui parviennent à mettre en œuvre des pratiques de bonne gouvernance et d'assainissement économique.

Le problème de la dette extérieure

Mais malgré ces initiatives de la communauté internationale, la dette extérieure continue à étrangler l'économie des pays africains, en créant une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis des pays riches. Une grande partie des ressources produites par les pays africains sont en effet " brûlées " seulement pour payer les intérêts de la dette contractée auprès des pays étrangers ou des organismes financiers internationaux. C'est une urgence commune à tous les pays en développement, et pas seulement à ceux d'Afrique, qui voient croître le montant de leur dette de façon exponentielle, comme le montre le tableau suivant :

La dette des pays en développement

DETTE EXTERIEURE TOTALE PAYS EN DEVELOPPEMENT
Dette extérieure totale des pays en développement (en milliards de dollars)
Rapport dette extérieure / PIB
Rapport dette extérieure / exportations


C'est pourquoi, à l'occasion du Jubilé de l'an 2000, le Pape a adressé à maintes reprises un appel pressant aux pays riches pour qu'ils effacent la dette des nations les plus pauvres. L'Église en Italie a répondu à cet appel en s'engageant directement pour éliminer la dette de la Guinée Conakry et de la Zambie vis-à-vis de l'Italie. Cette initiative a induit le parlement italien à approuver la loi 209/2000 qui efface tous les crédits que l'Italie pouvait avoir vis-à-vis des pays dits " IDA-only ", c'est-à-dire les pays habilités à recevoir des facilitations de crédits au guichet IDA (International Development Association) de la Banque mondiale. Il s'agit de quatre-vingt pays disposant d'un revenu particulièrement faible.

L'International Finance Facility

Pour mettre au point de nouvelles solutions concrètes destinées à financer le développement des pays pauvres, s'est tenu le 9 juillet dernier au Vatican un séminaire organisé par le Conseil Pontifical Justice et Paix, avec la participation du chancelier de l'Échiquier de Grande-Bretagne, Gordon Brown, ainsi que des représentants des Nations Unies, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Partant des thèmes de la Conférence internationale des Nations Unies qui s'est tenue à Monterrey, au Mexique en mars 2002 (" Financing for Development "), l'initiative anglaise de l' " International Finance Facility " (IFF) a été relancée : il s'agit d'un système destiné à collecter des fonds pour financer les 50 milliards de dollars par an qui manquent afin de réaliser les objectifs de développement du Millénaire d'ici 2015, grâce à l'émission d'obligations sur le marché international des capitaux.

Résoudre les conflits oubliés

Sur le succès de ces initiatives pèse la grande inconnue des conflits qui ensanglantent de nombreux pays du continent africain et qui restent l'une des principales causes du sous-développement et des urgences humanitaires. La liste serait très longue, d'autant plus que beaucoup de ces conflits ont été volontairement " oubliés " par la communauté internationale. Soudan, Angola, République Démocratique du Congo, Rwanda et Burundi, Liberia, Sierra Leone sont quelques-uns des pays marqués par les conflits, les guerres civiles ou les révoltes qui mettent l'économie à genoux, provoquent des millions de réfugiés et de déplacés, créent des urgences sanitaires dramatiques et enrichissent ceux qui spéculent sur la déstabilisation, à commencer par les marchands d'armes.
" La tragédie des guerres qui déchirent l'Afrique - écrit le Pape dans l'Exhortation apostolique post-synodale - a été décrite en des termes incisifs par les Pères du Synode : 'L'Afrique est depuis plusieurs décennies le théâtre de guerres fratricides qui déciment les populations et détruisent leurs richesses naturelles et culturelles' ". Ce phénomène douloureux, outre les causes extérieures à l'Afrique, a aussi des causes internes telles que " le tribalisme, le népotisme, le racisme, l'intolérance religieuse, la soif du pouvoir, renforcée par des régimes totalitaires qui bafouent impunément les droits et la dignité de l'homme. Les populations brimées et réduites au silence subissent en victimes innocentes et résignées toutes ces situations d'injustice. Je tiens à joindre ma voix à celle des membres de l'Assemblée synodale - poursuit le Pape - pour déplorer les situations de souffrance indicible provoquées par de nombreux conflits déclarés ou latents et pour demander à ceux qui en ont la possibilité de s'investir totalement pour mettre fin à de telles tragédies ".
Le problème des conflits a été au centre des travaux du sommet annuel de l'Union Africaine (UA) qui s'est conclu à Addis-Abeba le 8 juillet dernier, et auquel ont participé 53 chefs d'État et de gouvernement du continent. Lors de cette rencontre, a été présentée la proposition de créer une force militaire d'intervention rapide entièrement africaine, capable d'agir chaque fois que la nécessité s'en présente ; une institution qui, avec le Conseil pour la paix et la sécurité créé en mai dernier (conçu sur le modèle du Conseil de sécurité de l'ONU) devrait représenter un outil suffisamment approprié et souple pour intervenir politiquement et physiquement en tuant les conflits dans l'œuf sur tout le continent.
Un exemple de ce qui pourrait devenir cette force multilatérale africaine d'intervention est en cours d'expérimentation dans la région soudanaise du Darfour, où le sommet de l'UA a décidé de dépêcher une task-force chargée de protéger les observateurs civils. Cela pourrait être l'embryon d'un nouveau modèle pour affronter les " conflits oubliés " face à l'immobilisme et au désintérêt de la communauté internationale.


DEUX CAS EN CONFRONTATION :
LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO ET L'AFRIQUE DU SUD

Métaphore des contradictions africaines, voici maintenant le cas de deux pays dont la situation sociale et politique est bien différente, mais qui ont en commun les mêmes immenses richesses en ressources naturelles. Il s'agit de la République Démocratique du Congo, ravagée par de nombreuses années de guerre civile et de l'Afrique du Sud, sortie du drame de l'apartheid et considérée aujourd'hui comme l'une des démocraties les plus solides du continent.
La République Démocratique du Congo a une superficie qui est huit fois celle de l'Italie, et un nombre d'habitants assez proche de celui de notre péninsule : 50 millions. L'agriculture contribue au produit intérieur brut à hauteur de 56% (grâce notamment aux exportations de café), mais surtout, ce pays est une vraie " mine " de ressources naturelles : diamants, or, pétrole, uranium, cobalt, cuivre, zinc, étain, et le " stratégique " coltan, qui sert à optimaliser l'utilisation de l'énergie dans les téléphones portables et qui est indispensable dans la production des équipements spatiaux, airbags, avions, fibres optiques, consoles.

Malgré toutes ces richesses, en République Démocratique du Congo l'espérance de vie est de 45 ans seulement, le taux de mortalité infantile est très élevé et la pauvreté de la population est dramatique. Cette situation est due en grande partie au fait que ce pays a été ravagé par deux conflits dans les dix dernières années, dont le premier, qui a éclaté en 1996, a été qualifié de " première guerre mondiale d'Afrique ", parce qu'il a impliqué une demi-douzaine de pays et provoqué de 3 à 5 millions de morts et plus 2 millions de réfugiés et déplacés. L'enjeu ces guerres qui ont duré près de dix ans était précisément ses ressources minières : le Zimbabwe a financé son intervention armée avec les contrats sur le bois et les diamants, tandis que dans les provinces de l'est, le coltan a suscité l'intervention militaire du Rwanda. Les Ougandais ont misé sur l'or et les diamants, outre l'exploitation de la riche forêt tropicale. Les immenses richesses naturelles de la République Démocratique du Congo semblent être sa malédiction depuis le XIXe siècle, où elles suscitèrent les appétits de Léopold II, roi de Belgique, qui fit exterminer plus de cinq millions de Congolais.
L'État voisin du Congo-Brazzaville a connu destin analogue, puisque la guerre civile qui a ravagé le pays et ramené au pouvoir Denis Sassou Nguesso était liée au pétrole, dont le Congo-Brazzaville est le quatrième producteur d'Afrique. Le président Pascal Lissouba avait en effet négocié un accord cadre avec la société américaine Occidental petroleum (Oxy) pour 300 millions de dollars. Mais la française Elf, une société dominante aussi bien au Congo-Brazzaville que dans l'État voisin du Gabon, s'est immédiatement activée pour éliminer Lissouba avec l'aide de l'Angola et des milices zoulous. Au terme d'un conflit qui a fait plus de 100.000 victimes, Sassu Nguesso, bien vu par les Français mais accusé de crimes contre l'humanité, est revenu au pouvoir. Encore une fois, les puissances néo-coloniales ont " ourdit les trames " des conflits qui se déroulent sur la scène africaine.

Toute autre est la situation de l'Afrique du Sud, où se concentrent une grande partie des ressources minières du continent. C'est l'eldorado de l'Afrique, qui affiche 28% de l'ensemble du produit intérieur brut de tout le continent, plus que l'Égypte et le Nigeria mis ensemble. " L'Afrique du Sud est un pays riche. Ce sont des ouvriers noirs qui y ont construit les villes, les routes et les usines. Notre peuple a besoin de logements adéquats, et pas de ghettos comme Soweto. Les travailleurs ont droit à un salaire décent et doivent pouvoir participer aux décisions politiques qui concernent leur vie… La nouvelle Afrique du Sud doit éliminer la haine raciale et les soupçons suscités par l'apartheid, et offrir des garanties de paix, de sécurité et de prospérité à tous ses citoyens. Nous progressons. Notre marche vers la liberté et la justice est irréversible ". Ce sont là les paroles pleines d'espérance prononcées par Nelson Mandela, prix Nobel pour la paix, le 11 février 1990, lors de sa libération après 27 ans d'emprisonnement. Quinze ans plus tard, on a malheureusement l'impression que l'apartheid pour motifs raciaux a fait place à l'apartheid de la pauvreté. En se promenant dans les rues de Johannesburg et du Cap, on peut voir une succession de murs d'enceinte, fils de fer barbelés, gardes armés qui défendent les villas et les maisons fortifiées. Vols, échanges de tirs, assassinats sont à l'ordre du jour. Le chômage touche 40% de la population (sans compter les dizaines de milliers de réfugiés de la région des Grands Lacs, privés de toute assistance) et on y tue pour quelques petites monnaies. D'après Willem de Klerk, président de l'Afrique du Sud de 1989 à 1994 qui a reçu le prix Nobel pour la paix avec Nelson Mandela en 1993, " pour beaucoup, les choses n'ont guère changé : les blancs conservent de grandes maisons, les meilleurs emplois et 80% des terres cultivées. En Afrique du Sud, nous avons besoin de pourparlers, compromis et accords sur les réformes économiques et sociales, comme ceux qui ont été signés il y a dix ans en vue de la transition démocratique ". Dix ans après le " Freedom day " (27 avril 1994), malgré les réformes législatives, la population noire d'Afrique du Sud est toujours au bas de l'échelle sociale : sur les 5,3 millions de chômeurs (31,2% de la population), la plupart sont des noirs ; seuls 9% des jeunes noirs s'inscrivent à l'université et 85% d'entre eux abandonnent leurs études à la suite de problèmes économiques. La pauvreté en Afrique du Sud s'appelle aussi sida : sur 44 millions d'habitants, 5 millions sont contaminés par le virus VIH, et une grande partie d'entre eux sont des noirs. Cette situation sociale dramatique se reflète sur l'économie du pays : dans les premiers mois de 2003, l'économie n'a progressé que de 1,5% et le secteur privé à perdu 400.000 emplois en six ans. Même l'eldorado d'Afrique présente les contradictions de tout le continent africain. (I.I.)
(Agence Fides 23/10/2004)



DOSSIER FIDES


AFRICA: WHY ARE THE RICH SO POOR?

AFRICA'S TREASURES

GAS AND OIL EXPORTED ALL OVER THE WORLD

RENEWABLE ENERGY

VAST AGRICULTURAL POTENTIAL

TOURISM

NATIONAL GROSS PRODUCT GROWS BUT IT IS NOT ENOUGH

POVERTY IN FIGURES

LIVING CONDITIONS BARELY ABOVE SURVIVAL

THE LEAST ON PLANET EARTH

HEALTHCARE EMERGENCY

THE TRAGEDY OF HUNGER

WHY ARE THE RICH SO POOR?

UNDERDEVELOPMENT A VICIOUS CIRCLE

THE BURDEN OF INTERNATIONAL DEBT

INTERNATIONAL FINANCE FACILITY

SOLVING FORGOTTEN CONFLICTS

TWO DIFFERENT CASES:

DEMOCRATIC CONGO AND SOUTH AFRICA

FIDES DOSSIER

AFRICA: WHY ARE THE RICH SO POOR?


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AFRICA'S TREASURES

A vast treasure not only raw materials but also rechargeable energy, water, farming resources, tourism, and markets for foreign investments. This is Africa and not only the populous Maghreb region but the whole continent including Sub-Saharan countries. If, for a change, we start with Africa's riches instead of its troubles, we find the list in unexpectedly longer.
Traditional supplier of minerals to the world market, Sub-Saharan Africa alone is first or second on the world's list for many resources: antimony, bauxite, chromate, cobalt, diamonds, gold, manganese, platinum, titanium and vanadium, of which it has between 23% and 89% of the world's resources. The largest reserves are found in South Africa but Guinea is rich in bauxite, Democratic Congo and Zambia are rich cobalt, Niger in uranium, Angola, Botswana, Namibia and again Democratic Congo are rich in diamonds.

gas and oil exported all over the world

African has between 6% and 8% of the world's resources of coal, natural and copper and about 20% of the reserves of workable uranium. Algeria, alone, is the world's fifth largest exporter of natural gas. Natural gas is extracted and exported by other African countries. In 2002 Africa produced 133.2 billion cubic metres of gas as follows: Algeria 80.4, Egypt 22.7, Nigeria 17.7, Libya 5.7 and other countries 6.7. New West African 617 kilometres long gas pipeline between Lagos in Nigeria and Takoradi in Ghana will facilitate exploitation of natural gas in Sub-Saharan Africa.
Africa produces 11% of the world's oil. By 2015 the United States intends to increase its import of crude oil from the Gulf of Guinea from 14% to 25%. At present the Gulf of Guinea produces 3.5 million barrels a day but production could soon rise to 6 million per day. It is estimated that by 2010 this area will have a reserve stock of 80 billion barrels.

rechargeable energy

Africa is a continent rich in sources of rechargeable energy. Water to start with. It suffices to think that one third of the world's largest fluvial basins are in Africa: the Nile basin which crosses ten countries, the Volta which crosses 6, the Niger shared by 11 countries, Lake Chad (8 countries), the River Congo (9 countries) and the Zambesi (9 countries). Africa also has many waterfalls and minor rivers. These figures make it easy to realise that Africa has an enormous hydroelectric potential still scarcely exploited. In fact only 8% of this vast supply of rechargeable energy, water, is used to produce electricity. Also because of a lack of structures: the world has 25,400 dams but only 1,272 were built in Africa.

vast agricultural potential


"Blue gold" is precious also for agriculture, another of Africa's resources. Better use through irrigation of the vast Niger basis would multiply workable land in the Sahel region and increase production enormously. In Mali alone it is estimated that rice production could increase from 750,000 tons per year to more than 4 million tons with better irrigation, seeing that at present only 10% of 2.2 million hectares of farmland are exploited. In Senegal there are an estimated 400,000 potentially irrigable hectares of land. Thanks to abundant and well-distributed rains in the 2003-2004 season, Sahel registered unprecedented harvests: 14.3 million tons of cereal, 31% more than the average in the past five years. But the underside of this result was the fall in cereal prices, which affected farmers. Also in Algeria, Morocco and Tunisia 2003 registered unprecedented harvests. Morocco, for example, produced no less than 81 million quintal, 80% more than average in the past five years.

Tourism

Tourism, if possible with respect for local cultures and traditions and sustainable from the point of view of the environment, represents another major resource for Africa awaiting exploitation in a more long term and planned manner in order to attract large amounts of foreign capital. However, tourism requires countries to be safe and politically stable and should be managed as far as possible at the local level.

Growth of national gross product but not enough

From the macro-economic point of view 2004 offers good prospects for growth in the Maghreb area, the result of policies in Algeria, economic reforms in Morocco and Tunisia and good results in agricultural production. Growth is expected in western and central Africa, in particular in Nigeria thanks to increased production of oil, affected however by growing unrest in the Niger Delta. In southern Africa Botswana is expected to register the highest growth rate thanks to increased mineral production. This country the annual income per head of 3,000 US dollars is higher than rates in India and Morocco. Growth will slow down in the Horn of Africa where Somalia and Ethiopia are in critical situations, a step away from a food crisis. Stationary economies in Cameroon and in Ivory Coast, where the division of the country after an unsuccessful coup in 2002 had negative effects on development.
According to the International Monetary Fund in 2004 the gross national product in Africa will grow by 4.8% (compared to 3.7% in 2003). The best results are expected in Angola where the GNP is expected to increase by 11.4%. Benin, Burkina Faso, Mali, Mozambique, Senegal, Mauritius, Rwanda, Seychelles, Tanzania and Uganda are expected to confirm recent economic growth. GNP growth expected as follows: 6% in Uganda and Democratic Congo, 6.3% in Tanzania, 4.4% in Cameroon, 5% in Ghana, 3% in Ivory Coast
In the Maghreb, the GNP will grow, although less than in 2003, by an average of 4.8% in 2004, compared with 5.7% in the previous year. Best result expected in Tunisia with 5.8% GNP growth, followed by Algeria (3.8%) and Morocco (3.4%). Despite a food emergency Ethiopia is expected to show growth (6,7%). Political problems should not prevent Sudan from registering a GNP of 6.5% although the humanitarian emergency in Darfur weighs on the general situation of the country's economy. Less significant, but still positive, economic growth in Kenya (2.6%), damaged by a fall in tourism because of fear of terrorism.

POVERTY IN FIGURES

Despite its wealth in raw materials, energy, workable land, tourism, Africa suffers from extreme poverty. A comparison between the wealth produced by the continent of Africa and that of one developed country, Holland for example we see the following: a continent of 830 million people produces the same wealth as a country with 20 million people.
Nevertheless African economies grow quicker than economies in the West, but not enough to permit the greater part of its countries to reach the "Millennium development goals" established to eliminate poverty by 2015. In Sub-Saharan Africa economic growth should rise by about 7% every year considering that the percentage of growth in the last decade was 5%.

Living conditions barely above survival

Most Africans survive rather than live, with less than one dollar a day and 450 million people have no access to clean water, 4 of every 10 children do not go to school. Significant in this regard are figures given by economist Ferruccio Marzano, who teaches "economy of development" at the faculty of business studies at La Sapienza university in Rome: "Compared to income per head in rich countries of 25,500 dollars - Marzano observes - we find Sub-Saharan African including also South Africa at a level of about 500 dollars". This means a 50 - 1 ratio between European and African incomes.
"On the basis of information from the World Bank - the economist continues - we find extreme poverty in Sub-Saharan African countries: dire poverty (less than a dollar a day) more than 46% of the people; relative poverty (less than 1/3 of the average per capita consumption) about 50%". In fact all these people and their families survive thanks to self-consumption.
Another important parameter supplied by Marzano is the rate of human development calculated on the basis of data supplied by the United Nations Development Programme: "Compared to values registered in rich countries of 0.920, Sub-Saharan African countries register a value of 0.464". This means these countries develop at a rate which is half that of development in more advanced countries.

Trailing behind in last place

African countries are behind developed and developing countries. In fact while in most developing countries exports increase in African countries they decrease. The African percentage of world market exports dropped from 2.8%, registered between 1988 and 1990, to 2.1% registered ten years later 1998-2000. Imports also dropped from 2.7 to 2.1%. This decline is in contrast with the overall growth in exports of non-African developing countries which rose from 22.7% to 28.1% in the same period.
In 2000, incomes per head in Sub-Saharan African countries (this time excluding South Africa) were one third less than those in southern Asian countries making Africa the poorest part of the planet. Average production per head in the same area in 1990 was less than thirty years earlier. In the next 15 years it is estimated that the number of people in extreme poverty in Sub-Saharan Africa will rise from 315 to 404 million. International financial assistance in these years remained stationary or even diminished in some cases. While indirect investments IDE encouraged by privatisation increase. In 1999, Angola and Niger received 56% of all IDE for Africa, equal to 7.1 billion dollars. Investments in more advanced countries such as Mozambique, Uganda, Tanzania and Ethiopia reached the one billion dollar mark in 1999.

healthcare emergency

From the point of view of access to primary resources, more than half the people in Africa has no access to safe water and 2/3 people lack adequate hygiene systems. The situation at the level of health is serious: today Africa registers 80% of deaths sue to HIV/AIDS and 90% of deaths caused by malaria. Every year more than 2 million children die in the first year of life. In the mid 1990s African countries spent than 25 million dollars a year interest on debts with rich countries and only 15 million dollars for health care. The health emergency in Africa has serious social and economic effects. The World Health Organisation estimates that Malaria costs the continent 2.2 billion dollars a year, while with less than half this amount the number of deaths for malaria could be halved.
In 20 years AIDS has become the first cause of death in Africa. Out of 42 million HIV+ people in the world in 2002, 29.4 million were Africans. Out of 3.1 million who died of AIDS, 2.4 were Africans. About 1.3 million children in the world suffer from AIDS and one million of them are Africans. In sixteen African countries at least one out of ten adults are HIV+. In 7 of these countries at least one out of every five adults lives with HIV. In Botswana, for example more than 35% of the adult population is HIV+. In Abidjan, Ivory Coast, AIDS is the main cause of death. South Africa has the highest number of HIV+ people in the world: 5 million

The tragedy of hunger

The food situaiton is also tragic: 26% of Africans do not eat enough and the food demand grows at an annual average rate of 3% compared to population growth. The case of the Sahel region is emblematic. With irrigation and suitable exploitation its agricultural potential would be immense whereas instead "one out of every two people lives below the poverty line and one out of three battles with hunger and malnutrition every day", President Amadou Toumani Touré of Mali observes. About 40 million Africans in Ethiopia, Eritrea, and the Sahel region and in West Africa risk starvation according to the World Food Programme.
The observation made by the Synod Fathers during the special Assembly of the Synod of Bishops for Africa (10 April - 8 May 1994) which Pope John Paul II recalled in the post-synodal Apostolic exhortation "Ecclesia in Africa" dated 14 September 1995 is more than ever true today: "In almost all our nations, there is abject poverty, tragic mismanagement of available scarce resources, political instability and social disorientation. The results stare us in the face: misery, wars, despair. In a world controlled by rich and powerful nations, Africa has practically become an irrelevant appendix, often forgotten and neglected" (40).


WHY ARE THE RICH SO POOR ?

Faced with the picture of lights and shadows where great resources go hand in hand with serious social and health emergencies one inevitably wonders why are most of the people of such a rich continent so poor. For a long time, above all in public opinion, there were two interpretations which rarely were purposely put one against the other. One we could call positivist and Malthusian, which blamed problem of poverty on population growth: according to this analysis no economic growth could ever guarantee prosperity and development for a continent which in the next 50 years will rise from a population of 830 million to 1.3 billion. The other, political and historical, accuses Western colonialism and neo-colonialism of selfishly exploiting Africa preventing it from reaching development and autonomy. This second interpretation is often used as an argument to oppose the unacceptable Malthusian mechanism.

The "vicious circle" of under-development

In actual fact neither analysis is exhaustive, also because as Pope John Paul II writes in the post-synodal Exhortation "Ecclesia in Africa" , 14 September 1995, "Africa is an immense continent with many different situations and it is necessary to avoid generalisation when considering problems and offering solutions". In reality insufficient development in Africa is the result of a series of elements and causes which the Pope listed in the mentioned document as examples: "Urbanisation, international debt, the arms trade, the problem of refugees, population problems and threats on the family, spreading AIDS, existence in some places of the practice of slavery, ethnic-centrism and tribal conflict".
It should also be taken into account from the point of view of economy, under-development, a "vicious circle" difficult to break as the economist Ferruccio Marzano explains: "In fact for economic development there must be stability and continuity of two conditions: that at a certain point in history a surplus of the product and the amount of good necessary for survival and reproduction of a given people; and that what is more this surplus must be invested to produce, so as to produce more surplus. So e understand that in the vicious circle of under-development it is impossible to have any investable surplus and , if it is reached under certain special circumstances, it is impossible to invest it productively; whereas if the vicious circle is broken then the situation improves and development can continue".
To help African countries break this vicious circle the international community formed a New Partnership for African Development (NEPAD) to increase investments for development in countries which put into practice good government and economic reforms.

Despite these initiatives on the part of the international community, international debt which strangles the economies of African countries and produces a new form of dependence on rich countries, is a problem which remains. Most of the resources produced by African nations are used to pay interest on international debts with other countries or international financial bodies. The emergency is common to all developing countries not only in Africa whose debts increase as shown below:

Developing countries International debts

This is why, on the occasion of the Great Jubilee of the Year 2000 Pope John Paul II made repeated requests to rich countries to remit debts owed by poor countries. In response the Church in Italy worked to convince the government to cancel debts owed by Guinea Conakry and Zambia. This initiative led the Italian government to approve a law cancelling all Italy's credits with IDA-only countries, or countries which have the right to receive credit at special conditions thanks to the International Development Association of the World Bank. IDA includes about 80 low-income countries.

International Finance Facility

To find new operative solutions to finance development of poor countries, in June this year the Pontifical Council for Justice and Peace sponsored a Seminar attended by the British chancellor of the Exchequer Gordon Brown members of the United Nations , the World Bank and the International Monetary Fund. In March 2002 a United Nations international Conference on Financing for Development held in Monterrey, in Mexico re-launched a British initiative International Finance Facility, IFF a system which aims to collect necessary annual 50 billion dollars to achieve the Millennium development objectives by 2015, by issuing bonds on the international capital markets.

Solving forgotten wars

The success of this initiative depends to some extent on the numerous conflicts affecting many African countries which are the main cause of under-development and humanitarian emergencies. The list is long because many of these conflicts are purposely ignored by the international community. Sudan, Angola, Democratic Congo, Rwanda and Burundi, Liberia, Sierra Leone are only some of the countries devastated by civil war and revolts which ruin national economies, create health emergencies and make ever richer those who speculate on destabilisation, arms dealers to begin with. "the tragedy of wars which are tearing Africa apart: "For some decades now Africa has been the theatre of fratricidal wars which are decimating peoples and destroying their natural and cultural resources "This very sad situation, in addition to causes external to Africa, also has internal causes such as "tribalism, nepotism, racism, religious intolerance and the thirst for power taken to the extreme by totalitarian regimes which trample with impunity the rights and dignity of the person. Peoples crushed and reduced to silence suffer as innocent and resigned victims all these situations of injustice". I cannot fail to join my voice to that of the members of the Synodal Assembly in order to deplore the situations of unspeakable suffering caused by so many conflicts now taking place or about to break out, and to ask all those who can do so to make every effort to put an end to such tragedies" (Ecclesia in Africa 117).
The problem of wars was the main topic of the annual meeting of the African Union in Addis Ababa in July this year attended by 53 African heads of state and government. Participants were presented with a proposal to form a military force for rapid intervention in an emergency; an institution which with the Council for Peace and Security instituted in May (similar to the UN security council) should be a suitable and versatile means of political and physical intervention to nip conflicts in the bud.
An example of a multilateral intervention force is being tested in the Sudan region of Darfur, where the AU sent a task force to protect civilian observers. This could be the beginning of a new way of dealing with "forgotten conflicts" in the face of immobility and disinterest on the part of the international community.


TWO DIFFERENT CASES:
DEMOCRATIC CONGO AND SOUTH AFRICA

A metaphor of African contradictions is the case of two countries with very different social and political situations but a common immense wealth of natural resources: Democratic Congo, devastated by years of civil war and South Africa which, having found the exit to the tragedy of apartheid is now considered one of the most solid democracies on the continent.
Democratic Congo has an area which is eight times that of Italy and a population almost the same as our peninsula: 50 million. Agriculture accounts for 56% of the national gross product (coffee exports important) but what counts most is that the country is a mine of natural resources: diamonds, gold, oil, uranium, cobalt, copper zinc, tin, and "strategic" coltan (columbio-tantalio) which serves to optimise mobile telephones and for the production of space equipment, airbags, aircraft, optic fibres, play-stations.

Despite these riches, Democratic Congo registers a life expectancy of only 45 years, a very high infant mortality rate and extreme poverty of the people. One of the reasons why the country ahs been devastated by two conflicts in the last ten years, the first in 1996, called "the first African world war" because it involved half a dozen countries and caused the death of between 3 and 5 million people, more than 2 million displaced persons and refugees. The wars were precisely about mineral resources: Zimbabwe financed its military intervention with contracts on timber and diamonds, while in the eastern provinces coltan fed Rwandan war effort. Ugandan aimed for gold and diamonds as well as the exploitation of a luxurious tropical forest. So the immense natural resources of Democratic Congo seem to be its ruin since the 19th century when the attracted the appetite Leopoldo II King of Belgium who exterminated more than five million Congolese.
Similar destiny in neighbouring Congo-Brazzaville, where civil war devastated the country and restored in power Denis Sassou Nguesso, connected with oil, of which Congo-Brazzaville is Africa's fourth main producer. President Pascal Lissouba, in fact, had negotiated an agreement for 300 million dollars with the American company Occidental petroleum (Oxy). But the French Elf, dominant company in Congo-Brazzaville and in Gabon, took immediate steps to eliminate Lissouba with the help of Angola and Zulu militia. So, after a war which cost more than 100,000 lives, Sassu Nguesso, liked by the French but accused of crimes against humanity, was back in power. Once again it is the neo-colonial powers which "pull the strings" of conflicts on the scene of Africa.

The situation is different in South Africa, which has much of the continent's mineral wealth. This is the Eldorado of Africa, which produces 28% of the continent gross product, more than Egypt and Nigeria together. "South Africa is a rich country. Black workers built its cities, roads and factories. Our people needs proper housing, not ghettos like Soweto. Workers have a right to a decent wage and to take part in decision-making with regard to policies affecting their life... The new South Africa must eliminate racial hatred and suspicion caused by apartheid, and guarantee peace, security and prosperity to all its citizens. We are moving. The march to freedom and justice is irreversible", Nobel Peace winner Nelson Mandela said on 11 February 1990, when he was released after 27 years in prison. Fifteen years on sad to say one has the impression that racial apartheid has been replaced with apartheid of poverty. Walking on the streets of Johannesburg and Cape Town one notes walls, barbed wire, armed guards protecting fortified villas and houses. Robberies, shooting and murders are the order of the day. Unemployment has reached 40 % (not counting thousands of Great Lakes refugees without assistance) and people kill for a few dollars. According to Willem de Klerk, South Africa's president between 1989 and 1994 and Nobel peace prize winner in 1993 with Nelson Mandela "many things have not changed at all: whites still have big houses, the best jobs and 80% of cultivated land. In South Africa we need negotiations, compromises and agreements on economic and social reforms, like those achieved ten years ago for the transition to democracy". Ten years on from "Freedom day" (27 April 1994) despite legislative reforms, the black population of South Africa is still at the bottom of the social ladder: most of the country's 5.3 million unemployed (31.2%) are black, only 9% of young people go to university and 85% of them stop studying because of economic difficulties. South Africa's poverty is also called AIDS: five of the country's 44 million people are infected with the HIV virus and most of them are black. This dramatic situazione affects the general economy: in the first months of 2003 the economy grew only by 1.5% and the private sector cut 400 jobs in six years. So even Africa's Eldorado shares the contradictions of the entire continent. (I.I.)
(Agenzia Fides 23/10/2004)