Missionnaires d'Afrique
Spiritualité


Gérard Chabanon M.Afr

Proximité et hospitalité

J’aimerais développer un aspect de la vie religieuse qui concerne le style de vie et la mission des religieux, dans le contexte de cette réflexion sur la sécularisation et la nouvelle évangélisation.

Un des éléments qui me semblent importants dans notre style de vie et qui est lié au premier, c’est celui de la proximité. Pour être pertinente, la vie religieuse se doit d’être proche de celles et ceux qu’elle veut servir. Je disais que cela est lié au détachement par rapport aux biens matériels. Cela me paraît évident. Plus on thésaurise, plus on amasse des biens, des propriétés, des moyens sophistiqués, plus on construit des forteresses aux murs épais et bien gardés. La conséquence est que grandit la distance avec les gens simples et donc avec leurs questions, leurs soucis et leurs joies.

J’ai toujours été fortement frappé par ce réflexe des populations en Afrique d’aller vers les églises pour se réfugier en cas de crise grave. C’est un réflexe de grande confiance en Dieu et en ses ministres. Encore faut-il que nos portes demeurent ouvertes ! D’un autre côté, c’est un risque que de s’approcher ou de se laisser approcher par les autres. Nous savons combien certains ont payé de leur vie cette générosité.

Il est aussi important de préserver une certaine vie privée, et la communauté a là un rôle important à jouer. C’est un immense don de Dieu que nos communautés, même si parfois il nous arrive de nous mettre à rêver d’une vie d’ermite ! La communauté se doit d’être un lieu de partage et de discernement. En vivant ensemble, nous nous sentons plus forts et plus capables de faire face aux problèmes des gens. Nous pouvons nous entraider et ainsi, suivant les conseils de l’apôtre Paul, aider les plus faibles. La communauté peut aussi aider ses membres face aux pressions de la famille et du milieu.

Une des missions importantes que les religieux peuvent accomplir aujourd’hui est ce que j’appelle “ l’hospitalité de compassion”. Face aux drames vécus par des franges importantes de la population, en particulier dans les pays en guerre, il nous faut prévoir, organiser et gérer des centres d’accueil pour les blessés de la vie. Que ce soient les enfants dans la rue, les enfants sorciers, les enfants soldats, les enfants nés de viol, les petites bonnes, que ce soient les femmes victimes de violences sexuelles et toutes celles et ceux qui ont été traumatisés, pour tous ceux-là, la vie religieuse a une mission essentielle qui est d’abord d’accueillir, ensuite d’écouter et enfin d’accompagner. Là se trouve un travail important de réconciliation des personnes avec elles-mêmes, avec leur passé, avec leur famille et leurs voisins.

Remettre sur des chemins de vie celles et ceux qui ont perdu tout repère, qui ne croient plus ni en Dieu, ni dans les autres, ni en eux-mêmes. Créer des espaces où cette réconciliation sera possible me semble une mission importante pour aujourd’hui et demain. J’ai vu, à Bukavu en RDC, chez les Jésuites, de petits groupes de femmes qui venaient passer une journée de réflexion et de prière. Elles s’organisaient elles-mêmes et ne demandaient qu’une seule chose : qu’on les laisse entrer et profiter du calme de la propriété et du silence de la chapelle.

Si on veut aller plus loin, il faut aussi se former. En effet, l’écoute et l’accompagnement ne s’improvisent pas. Il existe à Montréal, au Canada, un institut spécialisé dans cette formation, l’Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal (IFHIM). Un certain nombre de consacré(e)s ont suivi cette formation. Si cela peut se développer dans d’autres pays, nul doute que l’on rendra un grand service à cette part de l’humanité qui souffre.

Gérard Chabanon M.Afr

Texte tiré d’une conférence donnée en 2010 ayant comme thème “Sécularisation, Fondamentalisme et Dialogue interreligieux”.

Tiré du Petit Echo 1020 2011/04

 


 

Missionaries of Africa
Spirituality


Gérard Chabanon M.Afr

Nearness and Hospitality

I would like to develop an aspect of Religious Life in relation to their lifestyle and mission, in the context of this reflection on Secularisation and the New Evangelisation.

One of the factors which seems important to me in our lifestyle, and which is linked to the first, is nearness. In order to be relevant, Religious Life has to be near to those women and men it seeks to serve. I said this was linked to detachment from material goods. This seems clear to me. The more we hoard, the more wealth we gather in property and in sophisticated resources, the more we build fortresses with thick, well-guarded walls. The result is that the distance increases in relation to ordinary people and therefore with their questions, their concerns and their joys.

I have always been struck by the reflex action of people in Africa to approach the churches to seek refuge in times of severe crisis. It is a reflex action of immense trust in God and in God’s ministers. However, for this to happen, our doors have to stay open! On the other hand, it is a risk to approach or allow ourselves to be approached by others. We know how many have paid with their lives for this generosity.

It is also imperative to have a certain degree of privacy in life and in this, the community has a significant role to play. Our communities are an immense gift of God, even if sometimes we allow ourselves to dream of becoming a hermit! The community has a duty to be a place of sharing and discernment. Through living together, we feel stronger and more able to face people’s problems. We can help one another and thus, following the counsels of the Apostle Paul, help the weaker ones. The community can also help its members who are confronted with pressure from the family or the surroundings.

One of the important missions that Religious can accomplish today is to exercise what I shall call the ‘hospitality of compassion’. Faced with the tragedies experienced by significant minorities of the population in particular in countries at war, we need to anticipate, organise and manage reception centres for life’s wounded. Whether it is street children, children accused of witchcraft, child soldiers, children born of raped mothers, sex hostages, or women victims of sexual violence including all traumatised women and men, Religious Life has a primary mission towards every one of these people. It is firstly about welcoming them, then listening to them and finally accompanying them. There you have a key task of reconciling people to themselves, to their past, to their families and neighbours.

Putting back on life’s track all those women and men who have lost their bearings, who no longer believe in God or in others or even themselves, creating space for this reconciliation to take place seems to me a vital mission for today and tomorrow. In the DRC, at the Jesuits in Bukavu, I saw small groups of women coming to spend a day for recollection and prayer. They organise themselves and ask only one thing: to be allowed access, and benefit from the peace of the premises and the silence of the chapel.

If we want to go further, we also need to equip ourselves with the proper skills. Indeed, listening and accompanying someone spiritually cannot be improvised. In Montreal, Canada, there is an Institute specialised in acquiring these skills: the Montreal Institute for Integral Human Formation (IFHIM). A certain number of Consecrated Religious have followed this programme. If this could be developed in other countries, there is no doubt whatsoever that it would be of incomparable service to this world of suffering humanity.

Gérard Chabanon M.Afr

From a conference given in 2010 on ‘Secularisation, Fundamentalism and Interreligious Dialogue’

From the Petit Echo 1020 2011/04