Pères Blancs
Tunisie2 Témoignages
"Réfugiés à la frontière tuniso-libyenne."
Interview avec le P. Jonathan Bahago - PB à Sfax
Racontes-nous comment tu es entré en contact avec les réfugiés fuyant la Libye.
Le P. Dominique (prêtre diocésain) m'a dit de venir à la frontière avec lui. C'est un homme très engagé socialement et avait reçu un don pour acheter des boites de thon pour l'ONG " Bons samaritains " qui préparait des repas pour les réfugiés. Nous avons passé une journée dans le camp.Qu'as-tu vu sur place ?
D'abord beaucoup de militaires tunisiens qui encadraient parfaitement tout le monde. Le groupe le plus nombreux c'était alors les gens du Bangladesh : plus de 8.000 ! Et ensuite les Philippins et les Chinois, qui ont été vite évacués, suivis des Sri Lankais et des ressortissants africains des nombreux pays. Mais les Burkinabés et les Tchadiens ont été également vite pris en charge par leurs ambassades et évacués.Tu peux nous parler du camp ?
Une fois qu'ils quittent la Libye les personnes s'inscrivent auprès de l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) et on leur donne une tente en plastique, pour six ou sept personnes, qu'ils peuvent planter aux endroits déjà prévus et aménagés par de bulldozers. Tu reçois aussi un petit matelas et une couverture. Malheureusement il n'y avait que trois toilettes et aucune douche donc on se débrouillait comme on pouvait... Par contre la nourriture était abondante. Et ici je dois dire combien les Tunisiens, tant des individus que des associations, on été généreux non seulement en ce qui concerne les denrées alimentaires mais aussi en donnant de leur temps et en étant présents au service de tous les réfugiés...Quel était votre engagement concret ?
On logeait dans un petit hôtel à 30 km du camp. Chaque matin, à 5h, nous partions pour travailler dans l'ONG des " Samaritains " pour préparer et distribuer le petit-déjeuner. Et tout de suite après on commençait à nouveau à préparer le repas de 15h. Tu ne peux pas imaginer la quantité de carottes, oignons et riz qu'il faut préparer pour cette foule ! Sans compter le fait qu'il faut soulever des marmites immenses et les laver ! Je dois rendre hommage à Sr. Mercé et Sr. Marie Claire, des Petites Soeurs de Jésus, qui dès le début se sont impliqué à fond dans les camps.Quels autres acteurs étaient sur place ?
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l'Organisation Internationale des Migrations, les Croissant Rouge Algérien et Tunisien, une association de psychologues tunisiens, mais aussi Caritas Liban, Caritas Internationalis et Caritas France, cette dernière avec des moyens de communications pour rassurer les familles des réfugiés. Mais tous ces organismes étaient parfaitement encadrés par l'armée tunisienne, qui a été remarquable en tout point : discipline, organisation, équité... ce n'est pas facile de faire régner le calme au milieu de tensions entre migrants !Face à l'énormité de la tâche votre contribution était très modeste...
A un moment donné les volontaires ont été remplacés par des salariés. Alors nous avons pu nous consacrer à écouter ces personnes dans leur désarroi. Nous allions dans leurs tentes pour écouter leurs récits pitoyables : avant la guerre leurs salaires étaient en retard, ensuite certaines banques ont refusé de leur verser leurs économies, conduits à la frontière l'armée libyenne les a délestés de tout (portables, montres, argent...). Ils se posent beaucoup de questions et à nous aussi : " Quel avenir pour moi father ? J'ai émigré pour avoir de l'argent et à présent je suis encore plus pauvre... quelle honte ! Si jamais je dois retourner dans mon pays, jamais je n'irais dans ma ville... quelle honte ! ". Certains te disent directement : " Qu'est-ce que tu peux faire pour moi ? Tu peux m'aider à passer en Europe ? ".Mais écouter, ça sert à quelque chose ?
S'il commencent à parler, d'autres personnes arrivent et ensemble en parlant et en s'écoutant c'est comme une thérapie. J'ai trouvé des compatriotes qui m'on demandé de les aider. J'ai contacté l'ambassade du Nigeria par téléphone et j'ai même fait le déplacement à Tunis (presque 800 km) pour les pousser à agir : une semaine après 1.300 nigérians étaient évacués par l'OIM dans trois vol... Mais les réfugiés arrivent en désordre et ne partent pas tous ensemble...Que t'a frappé le plus en voyant la vie au camp ?
D'abord la condition des femmes, surtout celles avec bébés ou enceintes ! Malheureusement, je dois reconnaître que la prostitution s'était organisée dans le camp...
Ensuite la solidarité des Tunisiens qui se sont donné à fond pour aider cette foule dans le besoin, certains sont même venus s'installer à proximité des camps ils non pas uniquement donné des choses : eux même se sont donnés ! Je revois encore dans ma tête les scouts tunisiens en train de ramasser les ordures...
Et pour finir, la diversité d'organismes qui sont rapidement venus pour aider. L'ONG qui nous a accueilli est d'origine protestante, mais nous avons travaillés ensemble pour répondre à la question " Qui est mon prochain ? ".Comment va évoluer la situation ?
Déjà certaines ONG sont parties et l'afflux des réfugiés est moindre. Tout dépendra de la situation interne en Libye, car certains ne rêvent que d'y retourner vite !Après cette expérience, tu es content de ton arrivée en Tunisie ?
Je n'avais jamais pensé qu'en arrivant ici je devrais répondre à un appel aussi urgent et aussi humain. Mais je dois dire que sans le soutien de ma communauté qui s'est organisée pour y aller à tour de rôle, qui a accepté de prélever dans son budget pour aider... je n'aurais pu rien faire. Et ensuite, dès que la nouvelle de notre présence dans le camp a été connue, tous les confrères de la Province du Maghreb nous ont soutenus par la prière, en envoyant des dons, en nous téléphonant, en demandant des nouvelles...
Je dois avouer que je ne suis plus le même depuis mon passage par les camps des réfugiés : je pensais donner et j'ai beaucoup reçu, beaucoup appris sur l'esprit d'écoute, sur les raisons qui poussent les gens à partir, les itinéraires, les raisons de la migration...
J'ai senti une grande faiblesse car je ne pouvais rien pour eux qui réclamaient soit un billet d'avion pour rentrer ou un passage pour l'Europe, mais je crois que le Christ a fait quelque chose à travers moi. Je pense au jour ou j'ai passé trois heures à calmer 500 de mes compatriotes et à répondre sans cesse aux mêmes questions. En tout cas, nous y retournerons !* * *
Moïse Nacoulma, stagiaire Père Blanc burkinabè à Sfax
Mon prochain, ce réfugié.
Depuis que les immigrés sont à notre frontière d'avec la Lybie, j'ai toujours voulu y aller vu qu'une sur de la paroisse et un confrère de la communauté y allaient de temps à autre. Ce désir allait se raviver puisque un jour pendant que j'étais au café avec un ami tunisien, ce dernier me demanda ce que je fais pour mes frères et surs réfugiés à la frontière cet entretien avec cet ami tunisien fit que lorsque mon confrère Jonathan me proposa d'y aller je sautai sur l'occasion.
C'est ainsi que nous arriverons au camp des réfugiés après avoir passé la nuit à Ben Garden. Le camp est immense et les premières impressions me firent penser tout de suite à une catastrophe humanitaire. Avant de commencer nos activités, nous prenons un temps pour prier. Le texte choisi parlait du bon samaritain. Je ne sais pas si c'est le hasard ou une inspiration mais je trouvais ce texte approprié et plus encore il me montrait ma mission avec les réfugiés. Oui ils ont besoin d'un prochain et non d'un prêtre ou d'un lévite. Etant donné que le HCR(Haut commissariat des réfugiés) s'occupait de tout, nous nous divisons en deux groupes et c'est ainsi que nous commencerons à visiter et à parler avec les réfugiés. Ils étaient prêts à nous accueillir sous leur tente allant même jusqu'à nous offrir du thé ou du lait, et ensuite à nous parler de leur expérience en Lybie, leur vie dans ce camp qui n'est pas du tout facile. Certains gardant espoir de rentrer chez eux, d'autres voulant aller en Europe parce qu'ils ont tout perdu ou parce que leurs pays sont instables et d'autres voulant même retourner en Lybie ou en Europe.
On s'est senti impuissant face à ces doléances et à leurs problèmes de nourriture. On a seulement sympathisé avec eux, parlé avec eux, et resté avec eux pendant quelques temps. On a beaucoup marché dans le camp qui est très très vaste et on a parlé avec des gens de plusieurs nationalités. Naturellement pendant la prière du soir et même jusqu'à maintenant j'apporte les espoirs de ces personnes rencontrées et je demande au Seigneur de les protéger.
S'il y a une chose qui m'a marqué c'est le travail des humanitaires et des bénévoles sans oublier celui de l'armée Tunisienne. Certains ont gardé leur sourire et sympathisent avec les réfugiés malgré les conditions de vie et de climat qui sont difficiles.
A la fin de ces deux jours d'expérience, mes sentiments étaient redevenus au contact de ces réfugiés, un sentiment d'espoir comme eux, espoir des lendemains meilleurs. Et c'est avec joie que j'y retournerai, mais vu qu'il y a de nombreux volontaires, je laisse aussi l'opportunité à d'autres personnes de vivre comme moi l'expérience d'un camp de transit de réfugiés de toutes nationalités au fin fond du désert tunisien.
Textes et photos envoyés par José Cantal