Missionnaires d'Afrique
Alfred Heintz M.Afr. Allemagne
Une communauté pilote
On nous a qualifiés de communauté pilote parce que nous sommes une communauté mixte, des filles et des fils du cardinal Lavigerie réunis pour entamer ensemble la dernière étape de leur vie missionnaire, et cela intégrés dans le Seniorenzentrum des Frères de la Miséricorde à Trier.
Notre maison se trouve pratiquement au centre de la ville. Trier est appelée Rome au nord des Alpes, la plus ancienne ville dAllemagne, truffée de vestiges romains. La ville se vante même dêtre 1 300 ans plus ancienne que Rome. Les Trévériens sétonnent dailleurs fort que les Romains de nos jours ne comprennent plus leur dialecte.
La maison a 4 étages : le rez-de-chaussée pour malades mentaux, les étages 1 et 3 sont ouverts à tous, létage 2 est réservé aux Surs Blanches et Pères Blancs. La sur la plus âgée aura bientôt 106 ans. Elle vient de fêter son jubilé de 80 ans, cas unique semble-t-il. Le plus jeune a 70 ans.
Chaque jour, nous nous retrouvons ensemble à table et à la chapelle de la maison. Notre prière est commune : laudes, vêpres et Eucharistie. La communion autour de lautel et ensuite la communion à table rythment nos journées. La prière nous fait pas mal bouger : descente par lascenseur ou escalier à la chapelle au rez-de-chaussée, puis montée à la chambre haute (réfectoire) et dans nos chambres personnelles. Nous essayons de vivre cette belle convivialité dans un esprit missionnaire. Les événements de lÉglise et du monde, surtout du monde africain, aboutissent dans nos échanges spontanés et dans notre prière. Tout en ne réalisant plus des choses fracassantes, nous ne nous sentons pourtant pas moins missionnaires.
Nous avons la possibilité de rencontrer les autres habitants de la maison par une visite, par des rencontres spontanées au café, chez le coiffeur, à la chapelle, autour de la maison, etc. Chaque étage porte le nom dun saint patron : « Notre Dame dAfrique » est notre patronne et protectrice. Chaque étage vit les fêtes et les temps forts de lannée selon la créativité des personnes.
Nous pensons aux anniversaires, à nos saints patrons, à nos jubilés, dune manière simple ou plus solennelle. Les fêtes de la maison rassemblent bon nombre dhabitants et de nombreux hôtes et amis. Des churs denfants et de policiers, des musiciens et autres artistes animent souvent ces festivités. Les confrères et les consurs des alentours nous rendent visite et nous aident en cas de besoin.
Au cours de nos conseils ou récollections, nous essayons de mettre simplement sur le tapis ce que nous vivons, nos soucis et nos joies, pour les partager dans la foi. La récréation commune du soir nous rassemble dans notre beau living autour de notre table ronde.
Nous désirons être près de nos malades et des mourants. Cela ne va pas de soi, cest une tâche à cultiver ensemble. Être près des confrères malades, les accompagner, les porter dans notre cur et dans notre prière, surtout durant les derniers jours et heures de leur vie. Voilà ce que nous vivons comme une purification et un enrichissement spirituel de notre propre vocation missionnaire.
Pour exprimer notre respect à légard de nos défunts, nous avons convenu de soigner les adieux : nous prions dabord rassemblés autour du cercueil au moment du départ à la morgue. Nous nous retrouvons un autre jour à la chapelle pour dire la prière pour les défunts et nous célébrons une Eucharistie pour le défunt avec les membres de sa famille. Nous accompagnons le cercueil jusquà lextérieur de la maison, exprès, pour sortir par la grande porte dentrée, visible à tous, et non pas par larrière-cour par où lon vide les poubelles, comme on avait lhabitude de le faire.
La présence de plusieurs frères et surs protestants nous offre la possibilité de pratiquer fraternellement lcuménisme. Laimable pasteur protestant, lui aussi arrivé à lâge de la retraite, a appris sa théologie à Bonn aux pieds dun certain Ratzinger Joseph. Nous le trouvons aussi sympathique que son illustre professeur.
Entre confrères a mûri la conviction fondamentale de ne plus garder dans notre dépôt quune petite valise. Et cela, non pas seulement parce quun confrère collectionneur passionné de timbres a besoin de cette pièce sans fenêtre, mais simplement pour nous débarrasser de bagages inutiles. Dans cette petite valise se trouve ce dont on a besoin pour entamer décemment le tout dernier safari. Ce qui me rappelle une pratique au Congo, où nous étions invités en temps de crise à mettre dans un sac à dos lessentiel pour une fuite subite en vue de sauver notre vie.
Notre maison est spacieuse et claire. Notre maison est rouge, non pas criant comme un certain moulin de Paris, mais dun rouge doux et chaud, accueillant, sans arrière-pensée. Je trouve quelle nous invite tous à être ce quelle exprime : des hommes simples, clairs et transparents, aux curs brûlants, qui découvrent, à travers les grandes fenêtres, ce quil y a au-delà : un ciel bleu pur et qui, quasiment arrivés au bout de leur pèlerinage sur cette terre, sen réjouissent, comblés de gratitude.
Alfred Heintz
Tiré du Petit Echo N° 1003 2009/7
Missionaries of Africa
Alfred Heintz M.Afr. Germany
A model community
We were classed as a model community because we are a mixed community of the daughters and sons of Cardinal Lavigerie, brought together to enter into the last stage of their missionary life. This is integrated into the Seniorenzentrum of the Brothers of Mercy at Trier.
Our house is practically in the town centre. Trier is called Rome-north-of-the-Alps, the most ancient town of Germany, crammed with Roman remains. Moreover, the town boasts of being 1,300 older than Rome. The people of Trier are besides truly amazed that the Romans of our times do not understand their dialect any more.
The house has four floors: the ground floor for psychiatric patients; the first and third are open to everyone. The second floor is reserved to White Sisters and White Fathers. The oldest Sister will soon be 106. She has just celebrated his 80th Jubilee a unique occurrence, it seems. The youngest is 70.
Every day, we come together at table and in the chapel of the house. Our prayer is in common: Morning Prayer, Evening Prayer and the Eucharist. Communion around the altar and then at table punctuates our days. Prayer moves us around: we go down by lift or stairs to the chapel on the ground floor, then up to the Upper Room (dining room) and our individual bedrooms. We try to live this lovely conviviality in a missionary spirit. Events in the Church and the world, especially the African world, end up in our spontaneous interchange and in our prayer. Even without achieving the spectacular, we nonetheless feel no less missionary.
We have the opportunity to meet the other residents of the house by visiting, off-the-cuff meetings at the café, at the hairdresser, in the lift, in the chapel or around the house. Every floor bears the name of a patron saint. Our Lady of Africa is our patroness and protector. Every floor expresses the feasts and significant periods of the year according to their individual personal creativity.
Here, we are referring to birthdays, anniversaries, and our patron saints days, our jubilees, celebrated in a simple or more solemn manner. The celebrations in the house bring together a good number of the residents and many guests and friends. Childrens choirs, as well as the Police Choir, musicians and other artists perform at these festivities. Confreres and our Sisters from the surrounding area also visit us and provide help when needed.
During our house councils and days of recollection, we try in a simple way to disclose what we are living, our worries and our joys, sharing them in faith. The shared evening recreation time brings us together in our lovely living-room around our circular table.
We like to be close to our sick and the dying. It is not so easy; it is a task to nurture together. We seek to be close to our sick confreres, keeping them company, carrying them in our hearts and in our prayer, especially during the last days or hours of their lives. This is what we live as a spiritual purification and enrichment in our own missionary vocation.
In order to express our respect in relation to our deceased, we have agreed to pay special attention to the final farewell. Firstly, we pray, gathered together around the coffin at the time it leaves for the mortuary. We then come together on another day in the chapel to say a prayer for the souls of the faithful departed and we celebrate the Eucharist for the person deceased, along with the members of the family. We accompany the coffin right outside the house, deliberately, leaving by the large entrance gate, visible to all, and not by the back yard, where the bins are emptied, as they used to do.
The presence of several Protestant brothers and sisters offers us the opportunity to practice ecumenism in a friendly way. The good-natured Protestant pastor, who has also reached retirement age, studied theology at Bonn, at the feet of a certain Joseph Ratzinger. We find him as kind-hearted as his illustrious professor.
Among confreres, the basic conviction of no longer keeping in our possession more than a small suitcase has matured.This is not only because one confrere, who is an avid stamp collector, needs that room without windows, but simply to get rid of useless baggage. This little suitcase contains all we would need to begin the very last journey with dignity. It reminded me of our practice in the Congo, when we were invited in times of crisis to pack our essentials in a haversack, so we could make a quick getaway to save our lives.
Our house is spacious and bright. Our house is red, not garish like a certain Moulin in Paris, but more of a gentle and warm russet, welcoming unreservedly. I find it invites us all to be what it expresses: simple men, clear and transparent, with hearts eager to discover through its large windows what is beyond: a pure blue sky. Then, nearing the destination of their pilgrimage on earth, they rejoice in it, filled with gratitude.
Alfred Heintz
From Petit Echo n° 1003 2009/7