Missionnaires d'Afrique
Pays-Bas

Hans Peters M.Afr.
Heythuysen,

L’inspiration d’une statue makonde

Il n’y a pas longtemps, j’ai hérité d’une statue laissée par un confrère décédé. J’aime bien l’art des Makonde, un peuple établi dans la région sud-est de la Tanzanie et au nord-est du Malawi. Cette statue représente un chef de clan, entouré de sa progéniture qui le serre de toutes parts, comme pour se protéger.

J’ai accordé une place privilégiée à cette statue, dans mon magnifique salon, opposé à l’est. Tôt le matin, au lever du soleil, le visage de ce chef est tout rayonnant, avec ses yeux grands ouverts, perdus dans la contemplation, et ses mains levées en signe de prière. Cela me rappelle le passage de cette belle prière de Zacharie : “… grâce à la tendresse et à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en-haut”.

La statue makonde, très symbolique, me fait penser à la vocation missionnaire qui est celle d’être le père spirituel des enfants du Père. Lorsque des Africains visitent notre cimetière à Heythusen, ils sont souvent surpris de découvrir les noms des 300 confrères enterrés ici ou ailleurs en Europe et en Afrique. « Ils étaient nos pères ! », disent-ils. Je me souviens encore de la visite d’un confrère français : très impressionné par ce qu’il venait de voir, il s’empressa d’aller chercher sa caméra pour prendre des photos. Il voulait que ses catéchistes en prennent connaissance et était persuadé qu’ils reconnaîtraient certains de ces confrères pour avoir travaillé avec eux dans leurs communautés. Les Africains ont du respect pour leurs aînés !

Cette statue m’invite à prier tous les jours pour ‘nos enfants’. Dans mes lettres, je ne cesse de leur répéter que nous les portons dans nos cœurs et que rien ne pourra jamais nous séparer, même pas les énormes distances. Le lien qui nous unit est si fort : il s’est tissé au fil des années. Souvent, tout commence par le catéchuménat, suivi de six semaines d’instruction au baptême et de la préparation à la confirmation. Un peu plus tard, nous organisons des sessions et des retraites pour le temps de carême. Combien d’entre eux rencontrons-nous régulièrement dans nos réunions de petites communautés de base ou de mouvements pour laïcs engagés ? Il me semble qu’une telle statue mérite une place de choix dans les chapelles de nos maisons de retraite.

Missionnaires, nous le resterons jusqu’à notre dernier soupir. N’est-ce pas notre devoir d’intercéder pour nos frères et sœurs, de prier pour le synode africain – qui traitera des questions relatives à la réconciliation, à justice et paix – sans oublier de prier également pour le Chapitre en union avec Notre-Dame d’Afrique ? Il nous faut apprendre à “perdre notre temps” avec les gens, d’une part, et avec Dieu, de l’autre. Notre système auditif décline, la vue baisse, notre mobilité est réduite et la mémoire nous fait défaut. Mais ce sont là des avantages ! Désormais, plus que jamais, nous pouvons écouter, regarder et marcher avec notre Père céleste et nous n’oublierons jamais son Amour.

Calvaire du cimetière des Pères à Heythuysen

Hans Peters M.Afr.
Heythuysen,


Tiré du Petit Echo N° 1005 2009/9

 

 


 

Missionaries of Africa
Netherlands

Hans Peters M.Afr.
Heythuysen,


The inspiration of a Makonde statue

Some time ago, I was given a statue, left by a deceased confrere. I love the art of the Makonde, who live in the southeast of Tanzania and the northeast of Malawi. This statue represents the father of a clan; his offspring is clasping him on all sides, holding fast to him for protection. You find it in different sizes.

I have given him a predominant place in my beautiful sitting room, facing east. In the early morning sun, his face radiates! His eyes wide open, lost in contemplation, his hands raised in prayer. Then, I think of the passage in the prayer of Zechariah, “…the loving kindness of the heart of our God, who visits us like the dawn from on high.”

It is full of symbolism! It reminds me of the vocation of missionaries, to be the spiritual father of the children of the Father. When Africans visit our graveyard at Heythuysen, they are amazed by the names of the 300 confreres buried here or elsewhere in Europe or Africa. They say, “These were our fathers!” I remember the visit of a French confrere; he was very much impressed by the sight and rushed off to fetch his camera, for the catechists should know about this! They would surely remember some of them; they had been working with them in their communities. Africans respect their forebears!

This statue stirs me to pray daily for our children. In my letters, I keep telling them that they are not forgotten. We carry them in our hearts. Nothing will separate us, even great distances.

Such is the bond between us, which has been growing over the years. It starts at the catechumenate, the intensive Baptism course of six weeks, and the preparation for Confirmation. Afterwards come the different seminars and the retreats in Lent. How many of them do we regularly come across in the meetings of the small Christian communities and the lay movements? Such a statue deserves a place in the chapels of our retirement communities.

We remain missionaries to the very end of our lives. Is it not our duty to intercede for our brothers and sisters, to pray for the African Synod, which will deal with reconciliation, justice and peace, to pray for the Chapter, together with Our Lady of Africa? We had to learn to ‘waste our time’ with people. Now we also have got to learn to ‘waste our time’ with God. Our hearing capacity is diminishing, our eyesight is fading, and our mobility is limited. We lose our memory. These are advantages! Now, more than ever, we can listen to, look at and walk with the Heavenly Father and shall never forget his Love.


Shrine at the White Fathers’ cemetery at Heythuysen

Hans Peters M.Afr.
Heythuysen,

From Petit Echo n° 1005 2009/9