Synode pour l'Afrique
Intervention du Rév. P. Gérard CHABANON, M. Afr., Supérieur Général des Missionnaires d'Afrique (Pères Blanc) (UNION SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX)


Vendredi 09 octobre (In English Below)

(Texte complet)

Ma communication se fonde sur les numéros 101 et 102 de l'Instrumentum Laboris. J'aimerais développer le thème du Dialogue Interreligieux comme chemin de réconciliation.

La carte de notre monde et celle de l'Afrique en particulier, est parsemée de conflits meurtriers dont certains malheureusement durent depuis trop longtemps. Je pense en particulier à la situation des pays des Grands Lacs mais aussi au Darfour. Ces conflits, presque tous, sans exception, ont une dimension et des éléments religieux.

Dans la langue chinoise, on traduit le mot conflit par deux expressions. La première signifie menace et la seconde opportunité. Car tous les conflits ne sont pas mauvais. Bien gérés, ils peuvent être à la source de progrès dans la compréhension mutuelle. Ils peuvent nous permettre de dépasser des attitudes figées et des routines paralysantes. C'est dans cette optique que je voudrais regarder le dialogue interreligieux comme source de dynamisme et chemin de réconciliation.

Quand je parle du dialogue interreligieux, je parle des religions traditionnelles Africaines et de l'Islam, bien qu'elles ne se situent pas au même niveau. Si le Christianisme et l'Islam se veulent des voies de salut éternel, toutes les religions proposent des moyens pour se préparer, dans ce monde-ci, à une vie humaine meilleure. La foi religieuse a des conséquences sur la vie morale, dans la vie privée des personnes et dans la vie publique. La religion, les religions ont donc une pertinence dans la vie sociale et publique. Mieux que cela, elles peuvent être des chemins " de réconciliation et de pardon contre la violence, le racisme et le totalitarisme " comme l'affirmait récemment, Sa Sainteté Benoît XVI à l'Angelus du 6 septembre 2009.

Le dialogue interreligieux peut prendre comme nous le savons diverses formes : du dialogue de vie à la rencontre spirituelle. C'est un chemin étroit, parfois rude et périlleux qui demande avant tout une grande confiance dans l'autre. Une confiance qui n'est pas naïveté mais désir de comprendre, de connaître, d'aimer. Il me semble que les fondements du dialogue interreligieux sont avant tout des attitudes spirituelles. Et pour cela une formation solide est nécessaire. Celle par exemple que délivre l'Institut Pontifical des Etudes Islamiques et d'Arabe (PISAI) ici à Rome. On ne se lance pas sur les pentes ardues du Kilimandjaro en escarpins ! Une préparation s'impose. Il en est de même avec le dialogue interreligieux.

Mais ce dialogue n'est pas réservé aux spécialistes. Il est dans de nombreuses grandes villes africaines, le quotidien de nombreuses familles chrétiennes qui partagent le même toit, la même cuisine que leurs frères et sœurs musulmans. Ils partagent aussi leurs fêtes et leurs deuils. Ils sont ensemble au bureau, à l'usine et dans diverses associations de quartier. Souvent ils n'ont pas d'autre choix que celui de la rencontre au jour le jour. Et que dire des nombreux mariages mixtes entre chrétiens et membres d'autres religions ? Les responsables de l'Eglise se doivent d'aider ces chrétiens, de les éclairer et de les inviter à marcher ensemble vers un avenir meilleur. Nous avons tous besoin pour cela de dépasser un certain nombre de préjudices, d'idées toutes faites et des propos alarmistes. Chaque fois que l'occasion se présente, il est bon d'inviter nos fidèles à collaborer avec leurs frères non-chrétiens pour améliorer l'environnement, pour s'asseoir à la même table de palabre, pour rechercher des solutions communes aux conflits qui éclatent. Ne faisons pas tout seul ce que nous pouvons faire ensemble. J'ai bien aimé la conclusion du Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux qui a déclaré l'autre jour : " Il y a un seul avenir, un avenir partagé.

J'aimerais en conclusion faire une proposition concrète. De nombreuses conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses ont constitué des commissions Justice et Paix. Plutôt que de créer, d'ajouter une autre commission pour le dialogue interreligieux, je suggérerais qu'à ces commissions Justice et paix déjà existantes, on adjoigne une ou deux personnes sensibles aux questions interreligieuses qui permettraient d'éclairer, d'expliquer et d'accompagner cette dimension essentielle.


Photo prise par un participant

 


SYNOD
Intervention of The Rev. F. Gérard CHABANON, M. Afr., Superior General of the Missionaries of Africa (White Fathers) (UNION OF THE SUPERIOR GENERAL)

Friday 09 October
(résumé)

I would like to develop the theme of Interreligious Dialogue as a path towards reconciliation. The map of our world and that of Africa in particular, is sprinkled with bloody conflicts which unfortunately have been going on for a long time.

I am thinking in particular of the situation of the countries of the Great Lakes but also of Darfur. These conflicts, almost all of them, without exception, have a religious dimension and elements.

Interreligious dialogue, as we know, can take on different forms: from dialogues of life to spiritual encounters.

It is a narrow path, at times harsh and perilous, which demands above all great confidence in the other. A trust that is not naivete but the desire to understand, to know, to love. It seems to me that the foundations of interreligious dialogue are above all spiritual attitudes.

But this dialogue is not reserved to specialists. It is in the numerous large African villages, the day-to-day lives of the many Christian families who share the same roof, the same kitchen as their Muslim brothers and sisters.

The people in charge of the Church must help these Christians, to enlighten them and to invite them to walk together towards a better future. We all need this in order to rise above a certain number of prejudices, preconceived notions and alarmist notions.

In conclusion, I would like to make a practical proposition. Numerous Episcopal Conferences, dioceses, and parishes have formed Justice and Peace commissions.

Rather than create, or add another commission for interreligious dialogue, I would suggest that to these already existing Justice and Peace commissions, one or two individuals be added who are sensitive to the interreligious questions who enable them to enlighten, explain and accompany this essential dimension.


Photo prise par un participant