Interventions au Synode du le Cardinal. Gabriel ZUBEIR WAKO, Archevêque de Khartoum (Soudan) et de Mgr Daniel Marco Kur ADWOK, Évêque titulaire Mossori, Évêque auxiliaire Khartoum

Zénit, Rome, 15 octobre 2009
S. Éminence. le Cardinal. Gabriel ZUBEIR WAKO, Archevêque de Khartoum (SOUDAN)

Le plus important pour nous Africains n'est pas de nous permettre d'être convaincus, dominés et conduits par ce que les siècles les plus récents de notre histoire ont fait pour nous, du commerce des esclaves à la mondialisation ultra-libérale. Néanmoins, derrière cette évidente vérité se cache aujourd'hui un besoin radical pour tout Africain: le besoin de combattre avec toute notre force contre notre insignifiance, notre inconsistance et notre corruption ontologique, de façon à construire une nouvelle société dénuée de dictatures et d'impuissance. Tout ce dont nous avons besoin en tant qu'Africains est d'avoir le courage de croire en nous-mêmes, de nous accepter et de nous emparer du respect des nations du monde. Avant tout, c'est le courage de l' "histoire complète" nous concernant, la vision honnête de notre existence, de notre histoire et de notre réalité avec ses hauts et ses bas, dans ses moments les plus tristes et les plus heureux, qui garantit la stabilité.

Le problème entre le Sud-Soudan et le Nord-Soudan est aussi ancien que le Soudan lui-même. Ce qui est connu comme le "Problème du sud" est un ensemble de questions allant des inégalités dans le développement entre le Nord et le Sud jusqu'aux inégalités des opportunités accordées par le gouvernement central aux populations des deux portions du pays. Ces questions sont composées de différences raciales et religieuses entre les deux populations.
L'isolement du Soudan représente l'une des réalités les plus douloureuses.

La communauté internationale, les Ong et les autres pays voisins ont toujours pris position aux dépens du plus faible. L'Afrique a besoin d'un respect total et l'Afrique doit en faire de même vis-à-vis d'elle-même. La signature de l'Accord de paix en 2005 a signifié la fin du conflit au Soudan. Il a fallu beaucoup de travail pour réussir à l'appliquer. Au cours de cette période de profondes incertitudes concernant la paix si délicate au Soudan, nous avons besoin de l'intervention réciproque de la part de toutes les personnes qui aiment la paix.

La situation instable du Sud - et dans une mesure croissante celle du Nord aussi - ne permet plus un développement efficace de l'aide ni une application sûre de l'accord de paix. La communauté internationale ne peut que réagir et fournir son soutien. Le mieux que l'on puisse faire est d'essayer de gérer le conflit et d'éviter qu'il empire.

Ce synode peut réussir à tracer une authentique feuille de route pour le salut de l'Afrique.
Le dernier synode était construit sur la philosophie de la communauté africaine comme famille de Dieu. Ce deuxième synode devrait être construit sur l'ontologie africaine de la vie! Il pourrait réhabiliter le passé africain au sein du présent comme ingrédient pour la construction de la nouvelle Afrique. Jésus Christ est venu pour nous donner la vie, la vie surabondante (Jn 10,10).

- Mgr Daniel Marco Kur ADWOK, Évêque titulaire Mossori, Évêque auxiliaire Khartoum (SOUDAN)
13 Octobre 2009

Pour remplir leur mission pastorale à la recherche de la paix, les Évêques du Soudan ont mis en avant, pour eux-mêmes et pour leurs fidèles, une vision du Soudan plus humaine, dans laquelle le peuple peut vivre en harmonie et où il ne souffrira plus des guerres, de l'oppression, de la violence, des haines tribales ou ethniques, de l'injustice, de la violation des droits de l'homme et de la discrimination religieuse.

La signature de l'Accord de paix global (APG) entre le Nord et le Sud-Soudan le 9 janvier 2005 marqua un tournant important dans l'histoire tourmentée de ce pays. L'accord est jusqu'ici le meilleur accord jamais conclu entre les parties en conflit depuis l'indépendance du Soudan en 1956. L'accord répond en grande partie aux inquiétudes soulevées et proposées par ces mêmes Évêques, une vision du Soudan où tous les citoyens sont égaux sans considération de couleur, de race ou de croyance.

Étant donné la crise politique présente du pays, le Soudan a peu d'options à envisager:
- Soit une division du pays en plusieurs États, à cause de l'insistance du sceau de l'unité qui admet difficilement toute autre religion que l'islam ou tout autre culture que la seule culture arabe et le déni d'accès des droits politiques, économiques ou civils. Ce type d'unité plongera à jamais le pays dans des conflits sans fin.
- Si l'unité du pays est une meilleure option, alors le gouvernement doit sincèrement réformer sa stratégie politique en adoptant une constitution et un gouvernement séculiers pour l'État afin de permettre à chaque citoyen un sentiment d'appartenance sans aucun préjudice. Cette tentative devrait non seulement mettre fin aux tensions qu'éprouvent les non-musulmans, mais aussi englober d'autres régions telles que le Darfour, le Kordofan méridional et le Nil bleu méridional. Les musulmans prédominent dans ces trois régions qui se sentent aussi exclues que les chrétiens du sud du type d'union du gouvernement que Khartoum essaie de former. C'est cette option qui a été suivie depuis 55 ans.
[Texte original: anglais]